Je
vous retourne l’épithète... et m’engage à votre suite, et avec un peu plus de
sérieux que vous, dans le terrain historico-politico-scientifico-religieux que
vous balayez avec tant d’impudence, et une ignorance abyssale, pour révéler vos
inepties et outrages pour ce qu’ils sont.
A
quels ancêtres vous adressiez-vous ? Ceux de l’auteur ? Du traducteur ?
Des Irakiens ? Des chi’ites en général ? Je réponds anyway :
1 / que les habitants de Koufa qui se sont prétendus être les
« chi’ites » (partisans) de Hussein l’aient appelé, lui aient juré
allégeance et l’aient ensuite abandonné, puis combattu à cause de la terreur
qu’ils avaient d’Ibn Ziyad, et qu’ils comptent parmi les protagonistes les plus
condamnables de cette tragédie, c’est un fait que personne ne conteste ; mais
que le principal coupable en soit le commanditaire, à savoir le calife
usurpateur Yazid b. Mu’awiya qui, en s’installant illégitimement sur le trône,
a rompu l’accord conclu entre son père et al-Hasan (selon lequel le califat
reviendrait à Hussein à la mort de Mu’awiya), et a exigé de ses gouverneurs, de
Médine à Koufa, qu’ils obtiennent l’allégeance ou la tête de Hussein, c’est un
fait encore plus évident :
Dès la
mort de Mu’awiya, Yazid adressa ce message à Walid b. ‘Utbah b. Abi Sufyan,
gouverneur de Médine : “Seize Husayn, Abdallah b. Umar, and Abdallah b. al
Zubayr to give the oath of allegiance. Act so fiercely that they
have no chance to do anything before giving the oath of allegiance.”
(http://www.alsunnahfoundation.org/Academy/Tragedy_of_Karbala_as_Reported_by _Al_Tabari.pdf)
Avant
même qu’il ne sorte de Médine, Hussein a été soumis à une telle menace de la
part d’Al-Walid b. ’Utbah et Marwan b. al-Hakam, après cet ordre direct de
Yazid, et il a dû fuir pour sa vie :
“By God, interrupted Marwan, if al-Husayn
leaves you now without giving the pledge of allegiance, you will never have the
same power over him untill there is a great number of slain men between you and
him. Imprison the man and don’t let him leave you until he has paid homage (to
Yazid), or you have executed him.”
Ainsi,
à Médine, à La Mecque (où un détachement essaya également d’arrêter Hussein), ou
dans n’importe quel endroit de la péninsule arabique, il n’avait le choix
qu’entre l’humiliation de la soumission à un tyran illégitime qui bafouait les
valeurs de l’Islam et le renoncement à ses droits, ou l’épée (la mort), et ce
n’est donc pas son départ pour Koufa qui est la cause de sa mort. Il dit
lui-même qu’il n’avait pas le choix, et que partout où il irait, il serait
soumis à cette alternative :
“Why are you going to Kufa [o Hussein] ? You
won’t come to anything there except the points of spears and the edges of
swords.”
“Wise decisions are not hidden from me
[answered Hussein]. Yet the commands of God, the Exalted, cannot be resisted.
By God, (my enemies) will not leave me till they have torn the very heart from
the depths of my guts.”
Hussein
n’avait donc le choix qu’entre l’humiliation de la soumission (inconcevable),
une fuite perpétuelle qui se clorait, tôt ou tard, par un assassinat, et qui
aurait constitué un désaveu de sa part, car il n’aurait pas réclamé le pouvoir
qui lui appartenait (inconcevable), ou une mort significative, les armes à la
main, en réclamant son droit, ce qui aurait une influence dans le cœur des
musulmans, leur montrerait la corruption des Omeyyades et revivifierait l’Islam
authentique. Les Omeyyades furent effectivement renversés par la suite – et les
Abbassides ont a leur tour usurpé le nom de Hussein et persécuté ses
descendants, mais c’est une autre question.
Le meurtrier est bien Yazid, via ses gouverneurs et l’armée
« musulmane » de l’époque. Il n’y a que les wahhabites pour le nier
et en accuser les chi’ites.
2 /
« Nous » n’y
sommes donc pour rien dans cette tragédie, dites-vous. Votre Seigneurie est
trop bonne... Mais elle regrette déjà sa munificence quelques mots plus loin en
« nous » appelant les « assassins » de Hussein !
« Nous »
sommes coupables de « diviniser » Hussein. En quelle manière ?
En lui rendant hommage et en lui témoignant de l’amour ? Ne savez-vous pas
que c’est une obligation pour tout musulman que de témoigner de l’amour au
Prophète et à sa proche-famille, ’Ali, sa fille Fatima et ses deux petits-fils Hasan
et Hussein, d’après le consensus des musulmans sunnites et chi’ites ?
Ensuite,
qui a dit que le « pèlerinage » à Karbala remettait en question, de
quelque manière que ce soit, le Hajj à La Mecque ? Ne savez-vous pas que
pour l’écrasante majorité des musulmans, la visite des tombes, surtout celles
des Prophètes, des martyrs et des pieux (mais même celle de quiconque) et un
acte saint, louable, pour lequel il y a une grande récompense ? Il y a
certes une exception : les wahhabites, qui, à la suite de leur Cheikh Ibn
Taymiyya, ont considéré cela comme innovation et polythéisme, alors que cela
était pratiqué depuis des siècles par les musulmans. De fait, Ibn Taymiyya a fondé une
nouvelle école de l’Islam, hérétique, mais comme il ne pouvait l’affirmer
ouvertement, il s’est prétendu Hanbalite. Remarquable impudence (et même
imposture), étant donné qu’Ahmad Ibn Hanbal lui-même vantait les mérites de la
visite des tombes… Il y a bien d’autres endroits que La Mecque où on peut se
rendre et se rapprocher ainsi de Dieu et gagner Sa faveur (visiter un proche,
un malade, et même se rendre à son travail s’il est licite, etc.)...
3 / Sur le nombre des soldats face à Hussein,
les sources, sunnites comme chi’ites, divergent. D’après les estimations les
plus basses, Al-Hurr avait déjà 1 000 cavaliers, puis 4 000 soldats vinrent de
Koufa avec ‘Umar b. Sa’d à leur tête, ce qui porte le nombre minimal à 5 000 et
non 4 000. D’autres sources vont jusqu’à plus de 40 000 soldats. Tabari même
parle d’au moins 18 000 hommes à Koufa prêtant allégeance à Muslim, donc il y avait
largement autant d’hommes capables de porter les armes dans cette ville même,
sans que des renforts arrivent d’ailleurs. Mais comme vous le reconnaissez
vous-même, face à 72 combattants, même le chiffre minimal est bien assez
effarant.
4 / Enfin, sur votre fondement… pardon, je
veux dire sur le nombre de pèlerins annuel, même remarque qu’en 3 pour
commencer : avez-vous une source ? Une source sérieuse, autre que vos
ratiocinations farfelues et insensées…
Je ne
m’arrête pas sur votre aberration sur le calcul de l’eau nécessaire : à
vous croire, il n’y a pas assez d’eau sur la terre pour permettre à 20 millions
de personnes de subvenir à leurs besoins. Si vous avez un scoop sur le chiffre
réel de la population mondiale, partagez-le, la communauté Agoravox vous sera
reconnaissante...
Sans
même les regarder en détail, qui a dit que 20 millions de pèlerins arpentaient
ensemble une même route ? C’est complètement absurde. Ils proviennent de toutes
les villes d’Irak, et de tous les coins du monde (ceux qui viennent de
l’étranger vont généralement d’abord à Najaf, et se rendent ensuite à Karbala par divers moyens). Vingt millions est le nombre de pèlerins qui participent au
total à cette commémoration du Arbaeen à Karbala. Pour cette année 2014,
on retrouve ce chiffre de 20 millions sur Wikipedia (http://en.wikipedia.org/wiki/Karbala), The Independent (http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/one-of-the-worlds-biggest-and-most-dangerous-pilgrimages-is-underway-9882702.html), Al-Akhbar (http://english.al-akhbar.com/node/22299), et il est déjà question de plus de 15 millions
pour les années précédentes sur France 24 (http://www.france24.com/en/20130103-shiites-iraq-karbala-arbaeen-muslim-rituals/), Al Arabiya – comprendra qui comprendra
(http://english.alarabiya.net/articles/2012/01/14/188201.html), etc.
Conclusion : On a peut-être un nouveau record pour le
Guinness Book : la plus grande concentration d’absurdités dans un même post,
assénées avec la plus grande suffisance, etc.