Une actualité chasse
l’autre et déjà on parle beaucoup moins de Chypre dans les médias. On
cherche même à nous faire croire que le gros de la crise est passé parce
qu’il n’y a pas eu de bank run lors de la réouverture des banques.
Evidemment, puisque les restrictions sont maintenues ! Pas la peine de
courir à sa banque si les retraits restent de toute façon limités à 300
euros par jour et par personne ! Le bank run est simplement remis à plus
tard, car bien sûr, de nombreux investisseurs veullent quitter
définitivement l’ile.
La confusion ne fait même que s’accroître sur place puisque la taxe
sur les comptes de plus de 100.000 euros pourrait atteindre 60% ! En
fait on ne sait même pas, il faut attendre, la banque centrale a indiqué
que la décision finale serait prise "dans pas plus de 90 jours après la
fin de l’évaluation"… Et le solde ne sera pas à la disposition de
l’épargnant, il sera placé sur un compte bloqué pendant six mois pour
les empêcher de retirer leur argent. Mais en fait on ne sait pas
vraiment car de nombreuses entreprises locales ne survivraient pas à de
telles dispositions.
Dans le même temps on apprend que de nombreux Chypriotes bien
informés ont sorti leur argent dans les jours qui ont précédé la crise
(mais le président de la république garantit une enquête exemplaire, on
est rassuré), et que les clients de la filiale britannique de la banque
chypriote Laïki, dont les comptes ont été transférés chez sa concurrente
Bank of Cyprus, ne seront pas touchés. Les Russes sont tous des évadés
fiscaux, les Anglais sont tous d’honnêtes retraités, bien sûr.
Mais il y a surtout une idée que les autorités européennes et les
médias ont instillé dans l’esprit des Européens et à laquelle il faut
faire un sort, c’est la garantie des dépôts inférieurs à 100.000 euros. A
Chypre, effectivement, ceux-ci ne seront pas touchés. Mais pour quelle
raison ? Parce que l’Europe et le FMI ont apporté 10 milliards d’euros !
Les besoins de l’ile se montent à 17 milliards, il lui faut donc
trouver 7 milliards, d’où la taxe sur les « gros » comptes, mais sans ces
10 milliards, tous les comptes auraient subi une ponction.
Si une crise bancaire d’une ampleur équivalente se produisait, par
exemple, en Espagne, ce n’est pas 10 milliards qu’il faudrait mettre sur
la table mais plusieurs centaines. Autrement dit, impossible. Le
président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a parlé de « modèle » à
propos de la restructuration de Chypre. Le « modèle », en l’occurrence,
c’est le financement des pertes bancaires par les déposants, pas la
garantie des dépôts de moins de 100.000 euros ! D’ailleurs, on le
rappelle, dans la première version du plan de restructuration, ceux-ci
subissait une ponction (de 6,75%).
Ce serait une lourde erreur, pour l’épargnant, de s’accrocher à ce chiffre de 100.000 euros et de se croire à l’abri.
Goldbroker.com Philippe Herlin.