Alors qu’en 1920, le PCF avait adhéré à la IIIe
Internationale, dont la huitième enjoignait aux partis communistes de soutenir
« non en paroles mais en actes » tout mouvement d’émancipation dans les
colonies, d’exiger « l’expulsion des impérialistes » et d’entretenir « une
agitation continue dans l’armée contre l’oppression des peuples coloniaux », sa
position n’était plus la même à la libération : parti de gouvernement associé aux fastes et
aux décisions du pouvoir, le PCF entend donner l’image d’une organisation
responsable, soucieuse de l’intérêt national et de la grandeur de la France. Il
plaide pour la cohésion de l’Union française et pour la pérennité du lien
établi entre la République et ses possessions d’outre-mer.
Puis, lors de la réunion secrète des partis communistes
européens tenue à Szklarska-Poreba, en Pologne, en 1947, le PCF se voit enjoint
d’adopter une attitude d’opposition radicale à la politique coloniale du
gouvernement français.
En 1958, sa campagne pour le « non » au référendum
s’accompagnait d’une exigence d’indépendance immédiate pour les colonies. En
Afrique, où il avait perdu son influence, le PCF s’en tint à l’accusation de «
néocolonialisme » pour définir les relations entre la France et ses anciennes
possessions.
Pendant la guerre d’Algérie, après avoir soutenu un temps
les manifestations de rappelés ou d’appelés, le Parti déconseille formellement
les formes individuelles de lutte contre la guerre insoumission, désertion ou
d’aide active au FLN. Hostile à toute initiative qui ne viendrait pas de ses
rangs, à toute manifestation dont l’appareil ne contrôlerait pas
l’ordonnancement ou les slogans, le PCF prend le risque de se couper de ses
éléments les plus jeunes et des étudiants, qui n’apprécient pas une telle
caporalisation. La poussée gauchiste de 1968 est en germe dans cette incapacité
du Parti à se départir, tout au long du conflit algérien, d’une certaine
équivoque et d’un excès de prudence. Sans doute ses virages stratégiques et ses
reculs tactiques, l’opportunisme choquant de certaines de ses positions
sont-ils dûs à des réactions aux manœuvres parisiennes pour l’évincer de la
scène politique comme l’article le montre, mais ces louvoiements incompréhensibles
pour sa baseont fini par lui coûter sa propre existence.