@charlie :
Ne le prenez pas de si haut, vous risquez de vous faire mal en tombant.
En
opposition à notre longue tradition de pensée rationaliste, en
février 1979, 34 historiens français eurent ce que Paul Thibaud appela par la suite « un réflexe de cordon sanitaire »
; ils annoncèrent publiquement leur refus de débattre :
"Il
ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de
masse a été possible. Il a été techniquement possible puisqu’il a
eu lieu. [...] Il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de débat sur
l’existence des chambres à gaz." (Le Monde, 21 février
1979).
Dans
cette liste, on pouvait relever les noms de :
A.
Besançon, P. Chaunu, Monique Clavel-Levêque, M. Ferro (EHESS), François Furet (mort en 1997, mais revenu sur son refus de débattre en 1996),
Y. Garlan (ENS), J. Julliard (ENS), E. Labrousse, J. Le Goff (ENS),
Emmanuel Le Roy Ladurie (ENS), P. Levêque (ENS), Nicole Loraux (EHESS), R.
Mandrou, Claude Mossé, J. Néré (ENS), Cl. Nicolet (ENS), Michelle
Perrot (Paris-VII) ;
Madeleine Rebérioux (depuis opposée à la loi Gayssot ; selon cette ancienne
présidente de la Ligue des Droits de l’Homme, "le
concept de vérité historique récuse l’autorité étatique.
L’expérience de l’Union Soviétique devrait suffire en ce domaine." ; le 21 septembre 1987, Yves Jouffa, alors président de la Ligue des droits de l’homme, écrivait à Charles
Pasqua, ministre de l’Intérieur : « Nous ne pensons pas que la
modification de l’article 24 alinéa 3 de la loi du 29 juillet 1881,
tendant à créer un délit de négation des crimes contre
l’humanité, soit de nature à faciliter la lutte contre certains
écrits racistes. » Et d’ajouter : « Cela risque de poser de
sérieux problèmes tant au regard de la liberté de la presse qu’au
regard de la libre recherche universitaire ou historique. »
Maxime
Rodinson, Lucette Valensi (EHESS), J.-P. Vernant, Paul Veyne (ENS),
Pierre Vidal-Naquet (EHESS, qui a cependant débattu confidentiellement avec R. Faurisson et S. Thion par la suite),
E. Will (ENS).
Ce
refus d’examen – qui rappelle le trop péremptoire "il n’y a
pas à ouvrir le débat" de François Mauriac, à
l’occasion du tournage, en 1964, du film Les Amitiés
Particulières – n’était pas plus admissible que la répression à l’encontre d’universitaires et de professeurs du
secondaire du fait de l’application de la « loi Gayssot ».
Les historiens universitaires français compétents pour la période concernée,
notamment Maurice Agulhon, Henri Amouroux, Henri Michel et René
Rémond, qui n’étaient pas de la pétition anti-Faurisson, et les
meilleurs de leurs thésards, auraient dû clarifier, mieux que cela ne l’a été
tenté par le pharmacien de banlieue Pressac (Les Crématoires
d’Auschwitz, Paris : Presses du CNRS, 1993), les
faits en discussion. Ils ne l’ont pas fait. Cela aurait été beaucoup plus efficace que
d’interminables considérations – à la Florent Brayard ou à la Valérie Igounet – sur
les origines, motifs et réseaux réels ou supposés des révisionnistes.