par
Wayne Madsen
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Dans la seconde partie de son enquête, Wayne Madsen s’intéresse à la
biographie de la mère et du beau-père du Président Barack Obama. Il
retrace leur parcours en tant qu’agents de la CIA d’abord à l’Université
de Hawaii, où s’élaboraient quelques-uns des projets les plus sombres
de l’Agence, puis en Indonésie, alors que les États-Unis préparaient un
immense massacre de sympathisants communistes. Leur carrière s’inscrit
dans cette période qui vit les débuts de la mondialisation en Asie et
dans le reste du monde. À la différence de la dynastie Bush, Barack
Obama a su cacher ses propres liens avec la CIA et en particulier, ceux
de sa famille, jusqu’à aujourd’hui. Madsen conclut par cette question :
« Que cache encore Barack Obama ? »
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.publiée par Bloomberg News)
Dans la première partie de ce dossier spécial, le Wayne Madsen Report
(WMR) révélait les liens entre Barack Obama senior et le convoyage
aérien entre l’Afrique et les États-Unis d’un groupe de 280 étudiants
originaires d’Afrique du Sud et des nations d’Afrique de l’Est
indépendantes ou sur le point de le devenir. En leur attribuant des
diplômes universitaires, les États-Unis s’assuraient la sympathie des
heureux élus et espéraient contrer les projets similaires que mettaient
en œuvre l’Union soviétique et la Chine. Barack Obama senior fut le
premier étudiant étranger à s’inscrire à l’Université de Hawaii. Obama
senior et la mère de Barack Obama, Ann Stanley Dunham, se rencontrèrent
en cours de russe en 1959 ; ils se marièrent en 1961.
Le programme d’invitation d’étudiants africains était géré par le
leader nationaliste Tom Mboya ; il était le mentor et ami d’Obama
senior, et comme lui originaire de la tribu des Luo. Les documents de la
CIA cités dans la première partie de ce dossier établissaient la
collaboration active de Mboya avec la CIA dans le but d’empêcher les
nationalistes prosoviétiques et prochinois de prendre l’ascendant sur
les mouvements nationalistes panafricains dans les milieux politique,
étudiant et ouvrier.
L’un des opposants les plus acharnés de Mboya était le premier
Président de la République du Ghana, Kwame Nkrumah, renversé en 1966
lors d’une opération montée par la CIA. L’année suivante, Barack Obama
et sa mère rejoignirent Lolo Soetoro en Indonésie. Soetoro avait
rencontré Ann Dunham en 1965 à l’Université de Hawaii, alors que le
jeune Barack était âgé de quatre ans.
En 1967 donc, Barack et sa mère s’installaient à Jakarta. En 1965,
Lolo Soetoro avait été rappelé par le général Suharto pour servir dans
le haut-commandement militaire et aider à la planification, avec le
soutien de la CIA, du génocide d’Indonésiens et de Sino-indonésiens
procommunistes à travers tout le pays. Suharto consolida son pouvoir en
Indonésie en 1966, l’année même où Mboya aida la CIA à trouver les
soutiens nécessaires parmi les nationalistes panafricains pour renverser
le Président Nkrumah au Ghana.
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Ann Dunham rencontra Lolo Soetoro à l’East-West Center de
l’Université de Hawaii. Ce centre était lié depuis longtemps aux
activités de la CIA dans la zone Asie / Pacifique. En 1965, l’année où
Dunham rencontra et épousa Lolo Soetoro, un nouveau doyen fut nommé à
l’East-West Center : Howard P. Jones, qui avait été l’ambassadeur des
États-Unis en Indonésie lors de sept années capitales pour le pays entre
1958 et 1965. Jones était présent à Jakarta quand Suharto et ses
officiers agissant pour le compte de la CIA planifièrent le renversement
de Sukarno, accusé, à l’instar du PKI (le Parti communiste indonésien),
d’être allié à la Chine [1].
Le 10 octobre 1965, alors qu’il était le doyen de l’East-West Center, Jones publia un article pour le Washington Post dans lequel il prenait la défense de Suharto dans le coup d’État contre Sukarno. Le Post l’invitait à commenter ce coup d’État, décrit comme un « contre-coup d’État »
pour reprendre le pouvoir aux mains des communistes. Jones déclarait
que Suharto n’avait fait que répondre à un putsch communiste contre
Sukarno mené par le Lieutenant-colonel Untung, « un capitaine de bataillon relativement inconnu, en poste dans la garde présidentielle. »
Jones, dont les propos reflètent le contenu des rapports de la CIA
issus de l’ambassade des États-Unis à Jakarta, poursuivait son article
en affirmant que le prétendu putsch communiste du 30 septembre 1965 « était
tout près de réussir, après le meurtre de six officiers du
haut-commandement. Il aurait bien pu réussir si le ministre de la
Défense Nasution et un certain nombre d’autres généraux n’avaient pas
réagi suffisamment rapidement pour organiser un contre-putsch
spectaculaire. » Bien entendu, ce dont Jones se garda d’informer les lecteurs du Post était que Suharto avait fortement bénéficié du soutien de la CIA.
Ni Sukarno ni le gouvernement indonésien, au sein duquel siégeaient
les leaders de deuxième et de troisième rang du PKI, ne reprochèrent aux
communistes ces assassinats. On ne peut pas exclure l’hypothèse que ces
meurtres soient une opération sous fausse bannière organisée par la CIA
et Suharto, destinée à porter les accusations sur le PKI. Deux jours
après le putsch de Suharto, les participants à une manifestation
orchestrée par la CIA incendièrent le quartier général du PKI à Jakarta.
En défilant devant l’ambassade états-unienne, qui abritait également
une antenne de la CIA, ils scandaient les mots : « Longue vie aux États-Unis ! »
Untung déclara quant à lui que, lorsqu’il réalisa que Suharto et la
CIA préparaient le coup d’État pour le jour de parade de l’armée
indonésienne, le 5 octobre 1965, Sukarno et lui, suivis des militaires
leur étant restés fidèles, passèrent les premiers à l’action. Jones
répondit qu’il voyait dans cette version « la traditionnelle propagande communiste. » Suharto s’engagea contre Sukarno le 1er octobre. Jones répéta « qu’il n’y avait pas une once de vérité dans l’accusation portée contre la CIA d’avoir agi contre Sukarno. »
Les historiens ont prouvé le contraire. Jones accusait les communistes
de profiter de la santé fragile de Sukarno pour exclure tout candidat
susceptible de lui succéder. Leur but, toujours selon Jones, était
d’imposer D. N. Aidit, le chef du PKI, à la succession de Sukarno.
Sukarno ne mourut qu’en 1970, alors qu’il se trouvait en résidence
surveillée.