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Une importante littérature existe sur les aspects géopolitiques des
opérations secrètes de la CIA menées depuis l’Université de Hawaii ; il
n’en est pas de même pour les éléments les plus inavouables de la
collecte de renseignements et des opérations de type MK-ULTRA, qui n’ont
pas été associées de manière systématique à l’Université de Hawaii.
Plusieurs notes déclassifiées de la CIA, datées du 15 mai 1972, font
référence à l’implication du département de la Défense ARPA (Advanced
Research Projects Agency) et de l’Université de Hawaii dans un programme
d’études comportementales de la CIA. Ces mémos furent rédigés par
Bronson Tweedy, alors directeur-adjoint de la CIA, le directeur du PRG
(Program Review Group) de l’US Intelligence Community et le directeur de
la CIA, Robert Helms. Ces mémos ont pour thème « les recherches menées par l’ARPA concernant le renseignement. »
La note provenant du directeur du PRG aborde une conférence à laquelle
participa le Lieutenant-colonel Austin Kibler, le directeur des études
comportementales de l’ARPA, le 11 mai 1972. Kibler supervisait les
recherches de l’ARPA sur les modifications comportementales et la
surveillance à distance. Les mémos du directeur du PRG évoquent
plusieurs hauts-responsables : Edward Proctor, le directeur-adjoint en
charge du renseignement à la CIA, Carl Duckett, le directeur-adjoint en
charge des sciences et des technologies à la CIA et John Huizenga, le
directeur de l’Office of National Estimates [7].
En 1973, après que James Schlesinger, alors directeur de la CIA,
ordonna une enquête administrative sur tous les programmes de la CIA,
l’Agence produisit un éventail de documents sur divers programmes,
désigné par l’expression « bijoux de famille. » La plupart de ces
documents furent publiés en 2007 ; en même temps, on apprenait que Helms
avait donné l’ordre au Docteur Sidney Gottlieb de détruire les
documents portant sur les recherches qu’il menait ; ce dernier était le
directeur du projet MK-ULTRA, un programme de recherche de la CIA sur
les modifications comportementales, le lavage de cerveau et l’injection
de drogues. Dans un mémo rédigé par l’agent de la CIA Ben Evans et
adressé à William Colby, le directeur de la CIA, daté du 8 mai 1973,
Duckett confiait son avis : « Il serait mal venu que M. le Directeur se déclare au courant de ce programme », désignant les expérimentations menées par Gottlieb pour le projet MK-ULTRA.
Après la publication des « bijoux de famille », plusieurs membres de
l’administration du Président Gerald Ford, dont le chef de cabinet de la
Maison Blanche, Dick Cheney, et le secrétaire à la Défense, Donald
Rumsfeld, s’assurèrent qu’aucune révélation ne soit faite à propos des
programmes de modifications comportementales et psychologiques, parmi
lesquels figuraient les projets MK-ULTRA et ARTICHOKE.
Plusieurs mémos du 15 mai 1972 font référence au projet SCANATE,
initié la même année. Il s’agit de l’un des premiers programmes de
recherche de la CIA sur la guerre psychologique, en particulier, sur
l’utilisation de psychotropes à des fins de surveillance à distance et
de manipulation psychologique. Y sont mentionnés Kibler de l’ARPA, et
« son sous-traitant » ; plus tard, on apprendrait qu’il s’agissait du
Stantford Research Institute (SRI), situé à Menlo Park en Californie.
Helms adressa un mémo à, entre autres, Duckett, Huizenga, Proctor et
au directeur de l’Agence pour le renseignement militaire (Defence
Intelligence Agency, DIA) — ce dernier hériterait par la suite du projet
de la CIA « GRILL FLAME » concernant la surveillance à distance. Helms
insistait sur le fait que l’ARPA soutenait « depuis un certain nombre d’années » les recherches sur le comportement et les applications potentielles dont le renseignement pourrait bénéficier, « avec
la participation du M.I.T., de Yale, de l’Université du Michigan, de
l’UCLA, de l’Université de Hawaii et d’autres institutions ou groupes de
recherche. »
La collaboration de l’Université de Hawaii avec la CIA dans le
domaine de la guerre psychologique se poursuit encore aujourd’hui. Le
Docteur Susan Brandon, l’actuel directeur du programme d’études
comportementales mené par le Centre de contre-espionnage et de
renseignement (Defence Counterintelligence and Human Intelligence
Center, DCHC) au sein de la DIA, a obtenu son doctorat de Psychologie à
l’Université de Hawaii. Brandon aurait été impliquée dans un programme
secret, issu de la collaboration de l’APA (American Psychological
Association), de la RAND Corporation et de la CIA, destiné à « améliorer les procédés d’interrogatoire » ;
l’objet de ses recherches portait sur les privations de sommeil et de
perception sensorielle, la soumission à des douleurs intenses et
l’isolation complète, des procédés mis en œuvre sur les prisonniers de
la base aérienne de Bagram en Afghanistan et d’autres prisons secrètes [8].
Brandon fut également l’assistante du directeur du Département des
sciences sociales, comportementales et éducatives au Bureau des sciences
et des technologies dans l’administration de George W. Bush.
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Ainsi, les liens
entre la CIA et l’Université de Hawaii ne s’érodèrent pas à la fin des
années 1970 ; l’ancien président de l’Université de Hawaii entre 1969 et
1974, Harlan Cleveland, fut invité à donner une conférence au quartier
général de la CIA le 10 mai 1977. Avant de prendre ses fonctions à
l’Université de Hawaii, Cleveland fut secrétaire du Bureau pour les
affaires liées aux organisations internationales (Bureau of
International Organization Affairs) de 1965 à 1969.
Un mémo du directeur de la formation de l’agence, daté du 21 mai
1971, indique que la CIA recruta un officier de la Marine qui entamait
le deuxième cycle de ses études à l’Université de Hawaii.
La famille Obama et la CIA
De très nombreux documents sont disponibles au sujet des liens de
George H. W. Bush avec la CIA et des activités de son père et de ses
enfants, dont l’ancien Président George W. Bush, pour le compte de la
CIA. Barack Obama, quant à lui, a réussi à dissimuler les traces de ses
propres liens avec l’Agence, tout autant que ceux de ses parents, de son
beau-père et de sa grand-mère (très peu de choses sont connues à propos
de son grand-père, Stanley Armour Dunham ; il est sensé avoir dirigé un
commerce de meubles à Hawaii après avoir servi en Europe pendant la
Deuxième guerre mondiale). Les Présidents et les vice-présidents des
États-Unis ne sont soumis à aucune enquête sur leurs antécédents avant
leur prise de fonction, à la différence des autres membres du
gouvernement fédéral. Ce travail de vérification est laissé à la presse.
En 2008, les journalistes ont lamentablement failli à leur devoir
d’information en enquêtant trop superficiellement sur l’homme qui allait
entrer à la Maison Blanche. Les liens de ses parents avec l’Université
de Hawaii et le rôle de cette université dans les projets MK-ULTRA et
ARTICHOKE invitent à ce questionnement : « Que cache encore Barack
Obama ? »