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Commentaire de attis

sur La CIA à Hollywood


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attis attis 9 juillet 2016 20:03

Tant que j’y suis, je souhaite émettre quelques réserves à propos des travaux de Tricia Jenkins. Il faut garder à l’esprit qu’elle ne s’appuie que sur des documents, des ouvrages plus ou moins académiques, et des témoignages d’agents de la CIA ou de membres de l’industrie du spectacle. Ce que je comprends parfaitement : elle est professeur d’université et ne peut se laisser aller à la spéculation débridée.
 
Moi qui porte une girafe sur la tête, je ne suis pas soumis aux mêmes limitations, donc allons-y.
Prenons l’exemple d’Alias. Plus loin dans le livre, Tricia Jenkins nous dit que la CIA a « créé » cette série pour faciliter son processus de recrutement : l’héroïne est une bombasse qui mène des missions excitantes dans des lieux exotiques et dans des boîtes de nuit branchées, qui se promène en vêtements de marque, qui fait mumuse avec des gadgets dernier cri, qui tombe amoureuse d’un bel agent de la CIA, etc. Il s’agissait d’attirer le jeune public dans les filets de l’agence. Jennifer Garner (la star de la série et épouse de Ben Affleck, cité dans l’article) a d’ailleurs tourné une vidéo promotionnelle de recrutement pour le compte de la CIA, vidéo qui a fait le tour des lycées et universités américains. Jenkins nous dit également que la série a pris le parti de soutenir les méthodes musclées adoptées par la CIA suite au 11 septembre (enlèvements, incarcérations illégales, torture, etc.).
 
Mais elle s’arrête là. Il y a pourtant beaucoup d’autres choses à dire sur cette série, qui est donc intégralement une oeuvre de propagande de la CIA. Je vais me limiter à deux des intrigues principales : la machine de Rambaldi, et les relations entre Sydney (Jennifer Garner) et son père.
 
Pour ceux qui n’ont pas vu la série, Rambaldi est un personnage fictif ayant vécu au 15ème siècle, mélange entre Léonard de Vinci et Nostradamus, qui a construit une machine mystérieuse aux propriétés merveilleuses et qui a pondu tout un tas de prédictions affectant les personnages de la série. L’intrigue de la machine de Rambaldi est significative d’une tendance lourde des agences de renseignement, qui poussent à la diffusion de l’ésotérisme et de la pseudo-science dans la population. Là encore, il s’agit de faire perdre ses repères à la population, lui faire perdre tout esprit critique pour pouvoir la manipuler plus facilement.
 
L’intrigue des relations entre Sydney et son père est plus intéressante. Le père de Sydney, lui aussi agent de la CIA, a conditionné sa fille dès le plus jeune âge pour en faire un super-agent secret, en utilisant des techniques que certains sites « alternatifs », s’appuyant sur les écrits de John D. Marks - ancien haut finctionnaire au département d’état - dans The Search for the Manchurian Candidate (1979), qualifient de « contrôle mental traumatique », et qui auraient été utilisées dans le cadre de MKULTRA. Il faut se demander pourquoi la CIA ferait la promotion de pratiques aussi répugnantes dans une de ses opérations de propagande. Pourquoi la CIA chercherait-elle à salir sa propre réputation ? La réponse est simple : il s’agit de cacher la véritable nature de MKULTRA, en donnant un os à ronger aux « complotistes ». Il s’agit de faire croire que MKULTRA se limitait au contrôle mental individuel, alors qu’il s’agissait en fait d’un programme d’ingénierie sociale. Tous les délires sur le pseudo-programme MKMonarch (fabrication à la chaîne d’esclaves sexuels, de super-soldats, de robots humains totalement contrôlés par je ne sais quel « maître ») sont des dérivés de la propagande de la CIA qui, comme un magicien qui fait sortir son lapin du chapeau, détourne l’attention des gogos pour réussir sa manoeuvre d’enfumage.
 
On peut néanmoins remercier Tricia Jenkins pour son boulot. Ce type de travaux permet de poser des bases solides qui facilitent les délires spéculatifs des cerveaux malades dans mon genre...


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