(SUITE)
Signalons à ce sujet une petite erreur historique : si les anglais sont bien les responsables de la Déclaration Balfour en 1917, leur constat de l’évolution sur le terrain les ont incités à réviser leur jugement : en 1947, ils considéraient que la création d’un Etat juif était une erreur, ouvrant une plaie durable au Moyen-Orient et dans le Monde. Leur vote à l’ONU témoigne de ce revirement.
Qui habitait la Bretagne, il y a deux mille ans ? Dans l’hypothèse d’un peuple qui aurait, subitement, disparu (et, à cet égard, on néglige allègrement la proportion, certes non négligeable, de juifs convertis au christianisme, ou, plus tard, à l’islam, qui n’ont jamais quitté la Palestine), son retour aujourd’hui, revendiquant les terres des bretons contemporains, imposant à ces derniers l’exil, la condition de citoyens de seconde zone ou le parquement dans des bantoustans concentrationnaires, le concept est-il seulement envisageable (nonobstant, bien évidemment, l’argument de l’intégrité du territoire protégé par l’Etat français) ? Ah, ça ! On en verrait péter des bombes au pays ! On s’en torcherait bien dans nos campagnes d’un vote à l’ONU de ces messieurs les princes !
Poussons l’allégorie. Il ne manquerait probablement pas, en cette occurence, d’esprits suffisamment cupides pour vendre telle ou telle de leurs terres au prix fort. Du moins, dans un premier temps, la réalité du colonialisme se chargeant rapidement de modérer ces avidités. Et alors ? Où est le peuple autochtone, j’allais dire : souverain, en ces magouilles de fric ? Ce ne sont pas les hommes d’affaires qui font les kamikazes, et la légitimité du Hamas tient, tout simplement, à sa proximité réelle de la réelle souveraineté sur le sol. Le peuple ne raisonne pas le lieu, il le vit.
Quant à invoquer l’Histoire pour refuser toute comparaison, voire allégorie, entre la situation des différentes régions du Monde, c’est donner aux Etats, sur les peuples, un pouvoir exclusif qu’il n’ont, en réalité, jamais obtenu, même dans les pires cas de dictature. « Le peuple uni ne sera jamais vaincu ». La formule n’appartient pas au marxisme : elle révèle une relation organique entre le peuple et son lieu, tissée dans la continuité des siècles.
Caricature de Yaqub-Israël, le patriarche respectueux de tous, la Sionie disparaîtra, dans vingt ans, dans cinquante, inéluctablement en tous cas, parce qu’elle dénie le droit de locaux enracinés au sol depuis plus de mille ans. A sa place, un Etat fédéral, équilibrant les intérêts juifs, musulmans, chrétiens, voire athées ? La seule perspective d’une telle évolution, officiellement reconnue par le pouvoir juif actuel, semble la condition sine qua none de la prononciation par le Hamas du fameux« petit mot » de monsieur Adam. On en est là, cher voisin (j’habite moi-même en Mauritanie), tout le reste est littérature, propagande et - pardonne, saharien, cette dernière dénomination - argutie de salon.