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Commentaire de argoul

sur La peur au ventre


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argoul (---.---.18.97) 25 novembre 2005 09:49

M. Eric de la Ville rose élargit le débat. Point ne lui sied le thème général de « la peur au ventre », il préfère couper les cheveux en quatre et contester un point de détail mineur concernant un lointain passé. Pourquoi pas ? Cela recentrera le débat concernant une soi-disant « ethnie française » gauloise comme Astérix... Dommage pourtant, car son argumentation reste pleinement « mythologique », digne des images d’Epinal ou d’une célèbre BD. J’invite tous les lecteurs à se reporter, parmi l’un des plus récents, à l’excellent ouvrage de Michel Rouche, « Les racines de l’Europe, les sociétés du haut Moyen Age 568-888 », paru chez Fayard en 2003. Il est à jour, argumenté, bourré de références. Et son chapitre II intitulé « les hommes » fait justement le point sur cette question de la démographie. Je cite : « on estime qu’il y avait vers (l’an) 400, 3.5 millions d’habitants en Italie, 5.5 millions en Gaule, 3 à 5 millions en Afrique (du nord, romaine, bien avant les invasions arabes), 6 à 9 millions en Espagne (...) Des zones vides étaient apparues. En 356-358, une tribu franque rendue à merci, les Saliens, avait été installée entre les Ardennes et la Lys. D’autres Barbares vaincus avaient été implantés avec un statut de demi-libre, les »lètes« , en Amiénois, Beauvaisis, Cambrésis, le long de la Meuse, jusqu’à Tongres. Des colonies militaires tenaient garnison au service de Rome, composées de Goths, de Taïfales, de Sarmates, d’Alains, en Italie, Illyrie, Gaule, espagne. Bref, le nombre, la répartition, la strcuture démographique doivent être appréciés en fonction du rapport entre les Romains et les nouveaux venus... » - fin de citation, les parenthèses sont de moi. Je ne poursuis pas, chacun pourra consulter le livre. Trois points : 1/ croire que les « invasions » ne concernaient que quelques milliers de cavaliers dominateurs sur des millions de Gaulois est un mythe ; 2/ la fin de l’empire romain a connu une crise démographique qui a laissé de vastes « zones vides », que la nature a remplies de « Barbares », ce fut notamment le cas de tout le nord de la France jusqu’au delà de la Loire, à l’exception de la Bretagne, de l’Aquitaine et de la Provence jusqu’à Lyon, 3/ d’autant que ceux que l’on appelle « Romains » sont pour beaucoup, sur la fin de l’empire, des « Barbares » romanisés. En bref, point de mythologie SVP, la France est une « construction historique » dont la culture vient des Gréco-Romains, du Christianisme et des coutumes germaniques ; dont le territoire est un « empire », une fédération forcée de provinces très distinctes (jusqu’à la langue, aux structure familiales et au droit) ; qui n’a véritablement émergée en tant que « nation » que lors de la guerre de Cent ans (après les pestes, avec Jean d’Arc entre autres), ne s’est affirmée que sous Louis XIV avec l’Etat central et la diffusion de la langue de cour à toute l’Europe ; qui n’est devenu Etat « moderne » qu’avec la Révolution et l’Empire, avant de stagner (saignée à blanc ?) durant tout le reste du 19ème siècle et de ne réémerger qu’après 1945. La France n’est pas une « ethnie » gauloise, Michel Rouche, entre autres auteurs, le montre parfaitement, distinguant une Europe nordique (allant des Pictes et des Scots aux vikings et aux Germains de l’actuel nord de Allemagne) et une Europe romanisée, christianisée plus tôt, dont les structures d’Etat étaient déjà pré-modernes. Pour le reste, migrations, citoyenneté, mariages, épidémies, ont modelé la démographie européenne très fortement durant le premier millénaire.


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