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Commentaire de eddofr

sur Stretch Working : la vérité sur le temps de travail effectif en France


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eddofr eddofr 10 septembre 16:43

Il y à bien pire !

Il y a les gens qui travaillent 8 heures par jour, qui méritent leur salaire, au sens propre du terme, puisqu’il font très exactement et consciencieusement ce qu’on leur demande de faire, et qui savent pertinemment que ce qu’ils font ne sert strictement à rien !

Pour ma part, je consacre 38% de mon temps de travail (j’ai mesuré) à pondre des rapports qui ne sont lus qu’une fois sur cent, et pas par le destinataire, mais par ma hiérarchie, pour vérifier que je fais mon travail. Ces rapports là sont totalement inutiles, demandés par « La Direction » sur un coup de tête ou par lubie et aussitôt oubliés, demandés « pour le cas où » il faudrait justifier une décision ou un achat, demandés pour prouver qu’on sert à quelque chose et qu’on a un pouvoir (puisqu’on demande des rapports).

Je consacre également 20% de mon temps de travail (j’ai mesuré aussi) à pondre des rapports dont seule la conclusion est utile (et lue par conséquent).

Pour ces rapports, l’étude statistique ou technique à proprement parler me prends 10% à 30% du temps total (après ce sont les machines qui bossent). Mais je dois perdre un temps considérable à « mettre en forme » les résultats obtenus, à les agrémenter d’explications dont tout le monde se fout et que seules une ou deux personnes dans la boite sont capables de comprendre (et ces deux là ne les lisent pas, ils savent que je connais mon boulot et n’on pas besoin de « vérifier »).

Par ailleurs, mon travail est cyclique, juste avant les grandes échéances, j’ai un monceau de rapports à rendre en un minimum de temps. Juste après les échéances, j’ai strictement rien à faire. Entre les deux « ça ronronne ».

Donc, il arrive que je sois saturé de travail et que je doive « choisir où je vais échouer », choisir quel rapport je ne vais pas pouvoir rendre à temps.

Et bien devinez lequel je sacrifie ?

Celui qui est utile évidemment !

Si je ne rends pas le rapport utile, je peux tout de même fournir ma conclusion, et c’est ce qui compte vraiment. On pourra toujours produire la justification après, si on nous la demande ...

Par contre, pour le rapport totalement inutile, comme, soit personne ne sait à quoi il sert, soit celui qui l’a demandé serait « décrédibilisé » s’il ne le réclamait pas, si je ne le rends pas, c’est un scandale et ma prime en prends « un bon coup dans la gueule ».

Donc je finis systématiquement les rapports inutiles en priorité.

Quand on parle « de perte de sens au travail » je ne vous dis pas comment ça craint pour moi.

Et pourtant les études que je mène me passionnent.J’aime étudier, comparer, explorer, comprendre, analyser et tirer du sens du chaos des données brutes.

Il n’empêche qu’il y a des matins, quand je sais que je vais travailler sur des rapports inutiles, où il me faut bien du courage pour venir au travail ...


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