@redneck
Après le scandale du Watergate, le Congrès américain a imposé
à la CIA des restrictions légales et budgétaires. Des officiers de l’Agence ont
alors créé un réseau alternatif appelé le Safari Club, du nom d’une résidence
de vacances au Kenya où ses membres se réunissaient.
Supervisé par les directeurs des services secrets français,
égyptiens, saoudiens, marocains et iraniens (alors sujets du Shah), le Safari
Club était secondé à Washington par un “réseau privé de renseignement”. Ce
réseau regroupait des officiers de la CIA tels que Theodore Shackley et Thomas
Clines, qui avaient été marginalisés ou renvoyés par Stansfield Turner. L’objectif
du Safari Club n’était pas seulement l’échange de renseignements, mais
également la conduite d’opérations clandestines que la CIA ne pouvait plus
mener directement en raison du scandale du Watergate et des réformes qui
s’ensuivirent. Ainsi fut mise en place une sorte de « deuxième CIA » hostile au
Président Carter, mais favorable à celui qui allait lui succéder, Ronald Reagan,
un farouche opposant à l’apaisement entre les États-Unis et l’URSS.
À cette époque, le Safari Club avait besoin d’un réseau de
banques pour financer ses opérations anticommunistes. Avec la bénédiction du
directeur de la CIA George Bush sénior, le chef des services secrets saoudiens
Kamal Adham a transformé la banque BCCI en une véritable blanchisserie internationale
d’argent sale. Dans les années 1980, le directeur de la CIA William Casey a pris
des décisions cruciales dans la conduite de la guerre secrète en Afghanistan, parmi
lesquelles la création d’une légion étrangère chargée d’aider les moudjahidines
afghans à combattre les Soviétiques. En clair, la mise en place d’un réseau de
soutien opérationnel connu sous le nom d’al-Qaïda
depuis la fin de cette guerre entre l’URSS et l’Afghanistan. Casey a mis au
point les détails de ce plan avec les deux chefs des services secrets
saoudiens, ainsi qu’avec le directeur de la Bank of Credit and Commerce
International (BCCI), la banque pakistano-saoudienne dont Kamal Adham et Turki
ben Fayçal étaient tous deux actionnaires. Ce faisant, Casey dirigeait alors
une deuxième Agence, ou une CIA hors canaux, construisant avec les Saoudiens la
future al-Qaïda au Pakistan, alors que la hiérarchie officielle de l’Agence à
Langley “pensait que c’était imprudent”. »
Dans les années 1990, les pétrodollars saoudiens et le
discret soutien de la CIA, du MI6 et de l’ISI ont favorisé l’émergence des
talibans. À partir de 1994 et jusqu’au 11-Septembre, les services de
renseignement militaire américains ainsi que la Grande-Bretagne, l’Arabie
saoudite et le Pakistan, ont secrètement fourni des armes et des fonds aux
talibans, qui abritaient al-Qaïda. En 1997, Amnesty International a déploré
l’existence de “liens politiques étroits” entre la milice talibane en place,
qui venait de conquérir Kaboul, et les États-Unis. (…) Sous la tutelle
américaine, l’Arabie saoudite continuait de financer les madrasas. Les manuels
rédigés par le gouvernement américain afin d’endoctriner les enfants afghans
avec l’idéologie du jihad violent pendant la guerre froide ont alors approuvés
par les talibans. Ils ont été intégrés au programme de base du système scolaire
afghan et largement utilisés dans les madrasas militantes pakistanaises
financées par l’Arabie saoudite et l’ISI (…) avec le soutien des États-Unis. »