La raffinerie d’Abqaiq est
située à 60 km au sud-ouest du siège social d’Aramco, à Dhahran.
Elle traite le brut provenant du plus grand champ pétrolier « conventionnel »
du monde, le supergéant Ghawar, et exporte vers les terminaux Ras Tanura, le
plus grand terminal pétrolier en eaux profondes au monde. Elle constitue le
pivot de l’infrastructure pétrolière et gazière de l’Arabie saoudite.
Abqaiq transforme chaque jour 6,8 millions de barils de
pétrole brut. Plus des deux tiers de toute la production de pétrole et de gaz
saoudiens y transitent.
La seconde cible était une usine de traitement située près
de Khurais, à 190 km au sud-ouest, dans le deuxième plus grand gisement de
pétrole du pays. Les deux installations sont situées à plus de 1 000 km du
Yémen.
On pourrait en conclure que l’Arabie Saoudite n’avait pas
mis en place de défense aérienne pour protéger ses installations pétrolières,
un peu comme les centrales nucléaires survolées par des drones intempestifs (mais
non armés) dans d’autres pays, mais il
est également possible que la taille réduite et les matériaux composites des
drones aient permis d’éviter leur détection : les PAC-2 sont de vieux
systèmes de défense aérienne de fabrication américaine qui ne peuvent pas
« voir » de petits drones ou des missiles de croisière.
L’Arabie Saoudite a perdu la guerre au Yémen. Elle n’a
aucune défense contre les nouvelles armes utilisées par les Houthis au Yémen.
Mais même si les Saoudiens disposaient d’une centaine de
systèmes de défense antiaérienne Pantsyr-S1 et BUK de fabrication russe qui seraient
nécessaires pour protéger les installations pétrolières saoudiennes, il n’y
aurait toujours aucune garantie de sécurité absolue.
Mieux, il se peut que les drones aient été lancés depuis
l’intérieur de l’Arabie saoudite et que leur point de lancement ait été
beaucoup plus proche de la cible qu’on ne le suppose publiquement.
La guerre contre le Yémen, lancée par Mohammad bin Salman en
2015, a coûté plusieurs milliards de dollars par mois à l’Arabie saoudite. Le
déficit budgétaire saoudien a encore augmenté cette année et devrait atteindre
7% de son PIB. Le pays a besoin d’argent frais ou de prix du pétrole beaucoup
plus élevés.
L’Arabie saoudite a récemment renouvelé son projet de cession
d’une partie de son conglomérat pétrolier national Aramco, et le mois dernier,
le ministre saoudien de l’Énergie, Kalid al-Falih, a été démis de ses fonctions
et remplacé par Abdulaziz bin Salman, demi-frère de MbS.
La destitution de Kalid al-Falih a mis fin à la résistance
nationaliste contre la vente d’Aramco, mais qui achètera une partie de la
société maintenant que l’on sait que ses principales installations ne sont pas
sécurisées et subissent de graves attaques ?
MbS devra faire la paix avec le Yémen avant de pouvoir
vendre les actions Aramco à un prix raisonnable. Il devra débourser plusieurs
milliards en paiement de réparation au Yémen et à son peuple avant que les
Houthis soient disposés à faire la paix.
Mercredi Wall Street Journal indiquait que le gouvernement
américain se préparait à entamer des négociations avec les rebelles Houthi « soutenus
par l’Iran » (sic) dans le but de mettre fin à la guerre civile qui a duré
quatre ans au Yémen. Ol s’agirait de convaincre l’Arabie saoudite de prendre
part à des pourparlers secrets avec les rebelles à Oman afin d’aider à négocier
un cessez-le-feu dans le conflit, qui est devenu une ligne de front de la
guerre par procuration entre Riyad et Téhéran.