Une chose m’a fait bondir à la lecture de l’article « Qu’on le veuille ou non, la nanotechnologie arrive. Elle peut-être utile ». Cette phrase sous-entends l’inéluctabilité de tous les progrès techniques, comme s’ils avaient une autonomie propre, avec une priorité supérieure à la volonté humaine. Le progrès arriverait « ex nihilo » poussé par la « main invisible » ? C’est totalement irrecevable, la recherche est éffectuée par des hommes, avec des budgets qui sont accordés par d’autres hommes, et ceux-ci indiquent aux chercheurs la directions dans laquelle ils doivent chercher.
Une autre phrase m’a fait tiquer : « Elle présente des risques. Il faut donc se pencher sérieusement sur le problème, en discuter publiquement et agir »
D’une part le fait que cette technologie présente des risques. Je ne connais pas une technologie comportant des risques et pour laquelle ces risques ne se sont pas produits ; il est interréssant de noter que les risques à court termes, sont moins graves que ceux à long terme et qu’ils ne sont jamais pris en compte lors du lancement de ces nouvelles technologies . Quelques exemples : l"industrie chimique, les risques immédiats sont l’explosion, la pollution massive mais passagère ; ça on sait régler, on ramasse les morts et on nettoie, les risques a long termes sont la pollution à long terme des eaux potables, la destruction des sols par l’agriculture intensive chimique, la proliférations des cancers notamment de jeunes, la liste n’est pas exhaustive, et çà on ne sait pas traiter. Les exemples sont nombreux, on pourrait citer l’automobile le danger immédiat c’est les morts et les bléssés sur les routes, les effets secondaires c’est l’émision des gaz à effet de serre, le réchauffement de la planéte, et comme l’a noté Alexandre Santos, plus la technologie est puissante plus les dangers sont grands Qu’adviendra-t-il des déchets nucléaires si on se référe à l’échelle des accidents que furent Yroshima, Nagasaki et Tchernobyl, quel avenir pour les OGM ?
D’autre part le débat sérieux. Comme toujours dans ces cas là le sérieux sera inversement proportionel aux intérêts financiers en jeu. D’après ce que relatent les rares articles de presse généraliste, les enjeux seraient énormes. On peut donc penser qu’il n’y aura de débats que si le gouvernement et les industries y sont contraints, comme tentent de le faire de nombreuses organisations à propos des OGM auquelles le gouvernement et les sociétés refusent de répondre si ce n’est par la répression. Que veut dire débat public ? certainement pas un discret « débat d’experts » sur internet et en anglais, mais que l’ensemble de la population puisse décider de la voie dans laquelle elle veut s’engager, avec des arguments contradictoires, et non sur des dossiers fournis uniquement par les industriels concernés et tenus secrets (secret industriel oblige).
Le progrès n’est pas une sorte d’entité immatérielle que rien ne peut entraver (une sorte de dieu pour ceux qui ont fait de la science une religion) il n’est pas linéaire et uni-directionel, il est le résultat de choix qu’on fait certaines civilisations et dans ces civilisations certains hommes.
Hélas les conditions de la recherche dans notre société ont fait que les chercheurs ont perdu beaucoup de leur prestige et de leur crédibilité. C’est profondément regretable, mais je ne pense pas que de traiter d’enfantin et de dangereux le fait de se poser des questions sur le dernier joujou des technoscientifiques soit de nature a restaurer leur image de marque.