Je pense que pour un observateur expérimenté de notre
société comme Michel Onfray, c’est une erreur.
Michel Onfray a fait une oeuvre philosophique
conséquente et s’est donné les moyens (Université populaire de Caen) de l’éducation populaire en en
transmettant le contenu à travers une histoire de la philosophie. Ce qui était
très novateur dans le contexte et courageux. Je trouve le philosophe très
stimulant par l’ampleur du champ de son travail et son engagement personnel.Il
entend vivre en philosophe conséquent. Il aime les positions tranchées sans
échapper à l’occasion au dogmatisme et à la simplification à mon avis. Mais c’est
que je ne dois pas être d’accord avec lui sur certains points. C’est comme cela
que la réflexion avance. Il me semble aussi qu’il ne fasse pas toujours la
différence entre une conviction et une certitude mais qui d’entre nous le fait toujours
?
Pendant le mouvement des gilets jaunes, il a écrit dès
le début beaucoup de textes d’analyses et de soutien à chaud très brillants et très
courageux avec des positions fortes et sans équivoques. Il a en même temps appuyé
la défiance qui se portait sur tous les responsables politiques et syndicaux. Celle-ci,
de la part de personnes instruites par leurs expériences personnelles, la prise
de conscience de leurs capacités à se prendre en mains, le spectacle de l’impuissance syndicale et de la
langue de bois phénoménale que partagent bon nombre d’élus avec leurs relais médiatiques
est tout à fait
compréhensible mais aussi me semble-t-il un passage obligé de la construction d’une
expérience démocratique nouvelle confrontée aux ruses des pouvoirs
institutionnels. Une situation novatrice a été créée, moment important de notre
histoire sociale et des résultats ont été obtenus. Chacun a pu voir aussi l’évolution
vers l’impasse dont le pouvoir avec le contexte médiatique qui est devenu le
nôtre a tiré tactiquement parti.
Je pense que pour un observateur expérimenté de notre
société comme Michel Onfray, c’est une erreur. Et que cohérent avec lui-même,
il persiste et va persister. Qui va imaginer que pour sortir de l’emprise
progressive, résolue et déjà bien installée du néo-libéralisme sur toutes les
institutions et fonctionnements de notre société , nous n’avons pas besoin de
toutes les forces politiques et sociales unies par un projet inscrit dans une
coalition soumise au soutien, à la vigilance et au contrôle de l’ensemble de
nos concitoyens. Que seule une évolution institutionnelle pourra si ce n’est
garantir du moins permettre. Pour être clair, nous avons besoin de toute la
gauche sortie des erreurs qui l’ont disqualifiée en profondeur au détriment de
ses militants et de ceux qui pensent qu’ils n’y a pas de raison qu’une société
pacifique, apaisée, profondément démocratique soit possible. Il me semble que c’est
là que se situe le centre de gravité qui peut faire basculer les choses. C’est
l’engagement dans un projet contractuel (essentiel étant donné les trahisons et
le double langage pratiqué pendant tant d’années) qui est de nature à fonder
une coalition solide et non pas l’inverse. Sinon, nous aurons de nouvelles
aventures électorales avec promesses et bouc-émissaires de circonstances afin de remplir juste ce qu’il
faut les urnes et une robuste
abstention.