Chaque évènement est accommodé à la sauce de celui qui parle le
dernier : ainsi ce qu’a vécu une amie en mai 1968 n’est certainement
pas ce qu’en diront les livres...
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En pénétrant dans
la faculté [de la Sorbonne] où, tout à l’heure, l’exposé
magistral auquel je dois assister va commencer, je constate qu’il
règne une animation inhabituelle. Des groupes de discussion
jaillissent un peu partout, et un important service d’ordre
circonscrit la Sorbonne ; il est quinze heures. Mon cours n’aura pas
lieu : par décision administrative, amphithéâtres et bibliothèques
sont fermés. Daniel Cohn-Bendit s’empare du micro, appelle les
participants à se mobiliser, prêche la rébellion. A l’extérieur
de la Sorbonne, les étudiants d’extrême-droite, le poil ras et la
matraque agile, cherchent visiblement à en découdre. Ils annoncent
à qui veut les entendre qu’ils ont l’intention d’attaquer
l’Université du quartier Latin. Déjà, quelques jours plus tôt,
une demi-douzaine de jeunes gens du groupe Occident ont pénétré
dans la Sorbonne, dévastant un local réservé au groupe d’études
de Lettres affilié à l’UNEF.
Aussitôt, les
forces de l’ordre se mettent en place. Prêts à riposter contre
l’agression fasciste, les étudiants démolissent plusieurs tables
afin d’utiliser les pieds et les planches en guise d’armes. La Police
bloque toutes les issues de la cour tandis que, dehors, des groupes
commencent à scander : « CRS, SS ! »