(suite et fin)
Soudain, l’Université entre en transes. Aux cris de « Libérez nos
camarades, à bas l’Etat policier ! », elle défie les CRS en
gesticulant. Une forêt de matraques et de boucliers en plexiglas
répond à la provocation verbale des étudiants. Les policiers
sonnent la charge. Le Boulevard Saint-Michel se vide. Place aux
casques !
A peine les CRS se
replient-ils, que les manifestants font leur réapparition.
Renforcés par deux ou trois cents camarades, ils conspuent les
gardiens blindés du Pouvoir. Quant à moi, sûre de mes jambes
rapides, je décide de rester au premier rang. Crâneuse et fière de
l’être. Il s’agit pour moi d’un jeu ; j’ignore encore que certains
divertissements finissent dans le sang.
Nouvelle charge des
CRS, nouvelle débandade des étudiants. Combien de temps durent ce
flux et ce reflux ? Je l’ignore. Mais bientôt la Police est
submergée par le nombre et la mobilité des manifestants.
La rébellion
s’étend, s’amplifie, s’organise ; des meneurs apparaissent. Après
avoir chargé à plusieurs reprises, les CRS dispersent les étudiants
à coups de grenades lacrymogènes ; c’est la deuxième phase du «
vendredi rouge ». Les insurgés répliquent en lançant des pavés
sur les cars de Police appelés en renfort. Je croise un journaliste
qui dissimule sa tête, ensanglantée sous un mouchoir ; la révolte
tourne à l’émeute.