@Daniel PIGNARD
Bonjour et merci pour votre visite.
« ...des Français dont le comportement n’est pas exemplaire.Vous oubliez simplement, écrivez-vous, de dire qui sont ces »Fwançais" dont le
comportement n’est pas exemplaire. Êtes -vous contre les statistiques
ethniques ? Si oui, alors vous pouvez remiser votre programme aux
oubliettes.«
Je suis pour l’établissement et la mise à jour de statistiques ethniques pour une raison très simple : il est anormal que l’on ne sache pas dans un pays qui est qui, qui fait quoi, d’où viennent les gens qui vivent sur le territoire.
https://www.inegalites.fr/Faut-il-des-statistiques-ethniques
»Avant de se demander si on a besoin des statistiques ethniques, il
faut bien comprendre de quoi on parle. Mais au fait, de quoi s’agit-il ?
Ces statistiques n’ont rien de réellement « ethnique » ! Il ne s’agit
pas de mesurer les populations selon leur « ethnie » d’appartenance, le
concept d’ethnie renvoyant à des groupes de populations partageant une
culture commune (notamment une même langue). Ces statistiques cherchent
en fait à mesurer les populations en fonction de facteurs de
discriminations, notamment la couleur de la peau."
/Précisément, il s’agirait de mesurer les populations selon leur « ethnie » d’appartenance,
sachant qu’il est anormal que ce type d’information demeure caché, occulté.
Les partisans de ce type de données soulignent que mesurer un
phénomène permet d’avoir un débat informé, de le rendre concret pour
attirer l’attention de l’opinion publique. Grâce à ces statistiques, on
pourrait par exemple connaître le taux de chômage des Noirs par rapport
aux Blancs, indépendamment de leur nationalité, de leur niveau de
diplôme ou de leur expérience. Cela permettrait de montrer s’il existe
ou non des discriminations.
/ Pourquoi toujours effectuer cette différenciation entre « Noirs par rapport aux Blancs ? » Que je sache, en France, il existe aussi des Asiatiques de couleur blanche, brune, jaune, dont on ne parle jamais et qui ne se plaignent pas de ’discriminations".
Certes, il existe des opérations dites de « testing »,
réalisées à partir de candidatures similaires (pour un emploi, un
logement, etc.), qui ne diffèrent que par l’origine supposée des
candidats. Elles dévoilent l’existence de discriminations dans un
secteur et à un moment donnés. Mais elles ne permettent pas d’obtenir de
données globales, ni de suivre l’évolution du phénomène dans le temps.
Certains chercheurs utilisent le prénom et le nom de famille comme
marqueur de l’origine, mais une part d’imprécision demeure.
/ Plaisanterie. Les noms parlent et signifient : N’guyen, Miyamoto, Satyajit, Suharto, Xi Jinping, Fahrzad, Ben Ali, N’krumah, Ahidjo, Boulgakov, Diehl, Johanson, Di Marco, Martin, Crawley, Gomez etc. renseignent parfaitement sur les origines.
Ces statistiques pourraient contribuer à faire la part des choses, à
remettre à sa juste place la question de la discrimination par rapport à
d’autres formes d’inégalités dont sont victimes les étrangers ou les
immigrés (précarité, moindre qualification, etc.). On peut tout à fait
imaginer d’ailleurs que ces données relativisent l’ampleur du phénomène.
Disposer de statistiques ethniques ne se limite pas à un besoin de
connaissance. Elles ont pour objectif de renforcer l’efficacité des
politiques de lutte contre les discriminations en pointant les points
les plus problématiques. Elles peuvent par exemple servir de base à la
mise en place de politiques de « discrimination positive [1] ».
/ Pourquoi toujours pointer cette lutte contre les discriminations ?
Les opposants aux statistiques ethniques soulignent de leur côté que
la couleur de la peau n’est pas une information objective comme l’âge ou
le genre. Ce facteur s’avère particulièrement difficile à apprécier. À
partir de quel degré une peau est-elle « blanche » ou « noire » ?
Suffit-il de se sentir soi-même « noir » ou « blanc », ou bien doit-on
utiliser un critère objectif ? Comment traite-t-on des populations
métisses ? On comprend que l’opération est difficile : on risque vite de
multiplier les catégories.
/Et alors ?
Pour ceux qui sont contre, les statistiques ethniques conduiraient en
outre à penser la société à travers des communautés « culturelles » ou
religieuses. En cela, elles pourraient avoir un effet
« auto-réalisateur », c’est-à-dire contribuer à faire émerger des
groupes qui n’existent pas en tant que tels. Les opposants à ce type de
statistiques soulignent aussi que la condition des personnes
discriminées n’est pas meilleure dans les pays qui les utilisent : elles
ne semblent guère utiles concrètement. Selon eux, pouvoir mesurer n’est
pas l’essentiel : il faut surtout agir concrètement pour faire
respecter l’égalité des droits.
/ Toujours et encore le même mantra.
Enfin, le principal argument des opposants aux statistiques dites
« ethniques » est qu’il existe un risque de dérapage dans la
constitution et le traitement des fichiers. En effet, en cas de
généralisation, il y aurait de grands risques d’utilisation à des fins
néfastes envers les populations déjà victimes de discrimination. Ces
données peuvent se retourner contre ceux qu’elles doivent servir. Le
sort des populations juives en particulier, lors de la Seconde Guerre
mondiale, reste présent dans les mémoires.
Comment trancher ? En France, les statistiques ethniques restent
interdites. Toute donnée n’étant pas bonne en soi, il faut effectivement
mesurer les risques de chaque opération statistique. Aujourd’hui, les
partisans des statistiques ethniques ne revendiquent d’ailleurs pas la
constitution de fichiers administratifs ou d’entreprise, conscients des
risques que cela pourrait avoir. En revanche, la Commission nationale
informatique et libertés (Cnil) peut autoriser l’utilisation de données
de ce type dans le cadre de travaux de recherche.
Si ces données n’existent pas, c’est aussi que les chercheurs ne
disposent que de peu de matériau, que les données sont compliquées à
obtenir et qu’il n’existe pas au fond une grande mobilisation sur ce
sujet. Une grande enquête menée sur les trajectoires et origines des
personnes issues de l’immigration a été autorisée en 2007, mais la
question qui était prévue sur la couleur de la peau a dû être retirée
après une vive polémique. La prochaine est en cours. Il y a certainement
besoin d’en accélérer le rythme et de mettre davantage l’accent sur la
mesure des discriminations. On en est pourtant encore très loin. La
société française demeure très frileuse dans ce domaine : les opposants
aux statistiques ethniques ont, pour l’instant, remporté la partie.
/Il faudra quand même savoir qui sont les gens qui se promènent dans le palace Hôtel.
Renaud Bouchard
[1] Discrimination
positive : action publique qui consiste à favoriser une catégorie de
population que l’on juge structurellement discriminée.