Réflexions sur une politique migratoire
Il serait intéressant de situer toute politique migratoire un tout petit peu dans une perspective historique. Car comme dit un proberbe africain : si tu ne sais pas d’où tu viens tu ne sais pas où tu vas.
Ce qu’on appelle l’immigration francophone, c’estsurtout l’immigration subsaharienne ou encore celle de l’Afrique noire francophone. Et n’ayons pas peur des mots il s’agit surtout et avant tout de l’Afrique noire.
C’est celle ci qui est visée par le concept d’immigration choisie. Et ce qui sous-tend ces termes est très simple : celui qui émet ce concept d’immigration choisie, veut par là « choisir » ceux qui immigrent en France. Cela sous-entend qu’il ne veut pas choisir les noirs. Tout simplement. Et c’est sûrement une des raisons pour lesquelles pourquoi ces termes sont ressentis de façon très violente par beaucoup d’africains des pays visés en premier lieu par ce concept. (cf Aminata Traoré (ex ministre malien de la culture) à Riposte il ya quelques semaines, cf voir les pays choisis par Sarkozy pour « vendre son concept d’immigration choisie ».
Pour mieux « démonter » ce qui se tient dans ces termes et ces concepts : tenter de lever le voile sur les imaginaires en jeu....il faut se re-situer dans une perspective historique.....
D’où vient cette immigration francophone ? cette immigration noire francophone ?
Elle est simplement une conséquence d’une autre migration : celle de la volonté de conquête des pays européens et en particulier la France vers le continent africain au 19e siècle. Cette volonté s’est concrêtisé par des conquêtes et un asservissement des pays africains aux pays européens. Asservissement et occupation sont des termes qui permettent sans doute d’approcher de façon plus précise ce que furent ces périodes historiques. Il ne s’agissait pas de démocratie mais d’Empire. Les blancs et les noirs n’avaient pas les mêmes droits. On parlait de démocratie en métropole mais pas dans la France d’outre-mer, ce qu’on appelait les colonies. Au-delà des mers, c’était l’Empire dans toute sa splendeur.
Il faut donc rappeler que les premiers à se déplacer, ce ne furent pas les noirs mais les blancs. Et que les motivations de ces mouvements migratoires n’avaient rien de généreux ni d’honorable. Ils étaient liés à des motivations économiques et se basaient sur la conception d’une supériorité des blancs sur les noirs. Supériorité rendue possible par la puissance technique et industrielle née de la révolution industrielle et du système économique libéral et capitaliste. Il faut aussi rappeler que ces conquêtes violentes de l’empire français faisaient suite à une autre période historique non moins honorable : l’esclavage.
Après les avoir asservis et conquis, la France a laissé à ces pays une indépendance mais la soumission politique a fait place à la dépendance économique : d’un asservissement à l’autre la dépendance reste un dénominateur commun fort.
Quel est l’héritage de cet asservissement (colonisation) de l’Afrique francophone par la France ? cette question mérite d’être posée non pas en termes positifs ou négatifs pour tenter de justifier ce qui ne peut se justifier au vu d’une conception humaniste de droits de l’homme dont la France se targuait d’avoir été l’initiatrice historique. Mais en terme d’héritages culturels de part et d’autre... Les pays asservis ont été déculturés et la déstructuration culturelle perdure comme un frein principal à toute prise en charge des destins africains.... La soumission qu’elle soit économique, de droit ou culturelle engendre des sentiments complexes qui oblitèrent la capacité à se concevoir autonomes. Le complexe issu de ce lien de dépendance qui perdure est un frein à la dignité africaine retrouvée et reconnue, condition sine qua none d’une réelle prise en charge économique mais aussi culturelle par les peuples africains. Ce complexe ancré donne raison aux dominateurs qui se traduit par l’idée que la supériorité économique de l’occident est synonyme de supériorité tout court et valide la conception simple qui a permi l’esclavage et la colonisation (l’occupation française en Afrique) : l’idée que la civilisation du blanc est supérieure à celles du noir.. et de là, le pas est vite franchi de l’idée de la supériorité du blanc sur le noir.
Voilà pourquoi ceux qui n’ont rien et se ressentent souvent comme inférieurs migrent vers les pays qui les ont dominés et qui n’ont pourtant plus grand chose à leur offrir. Et voilà pourquoi il est si facile pour les pays dominateurs de repousser ces migrants qui sont demandeurs et qui sont donc forcément dans une position infériosante, fragilisée et dont l’image ne peut être que le prolongement de l’imaginaire entretenu par l’histoire et les perceptions de cette histoire qui perdure et se prolonge... l’imaginaire colonial... de part et d’autre....
Motivations au départ : l’absence de toute perspective... il s’agit d’une motivation économique de subsistance. Il s’agit donc de ceux qui ont le moins de bagages en terme de métier et de compétences... Ceux qui ont les compétences (formés dans leurs pays ou en France) ont moins de motivations à quitter leur pays pour un ex pays d’occupation et d’asservissement. Peut-on aimer un ancien maître toujours dominateur en termes économiques qui de plus vous rejete jour après jour au boulo à l’école et par des politiques migratoires pour le moins ambigües ?
Le concept d’immigration choisie a pour objectif de séduire les noirs diplômés (princopalement) pour les faire venir et donc vider les cerveaux des pays qui en ont le plus besoin... Cela est une curieuse politique migratoire.... Il s’agit d’ailleurs déjà d’une tendance... une fois que les boursiers africians ont fini leurs études en France nombre d’entre eux restent ou sont tentés de le faire... Maintenant, il s’agirait de prendre à l’Afrique ceux qu’elle a formé (à un coût élevé) et qui sont de plus son seul espoir pour un avenir meilleur.....
Pourtant, on pourrait examiner ce qu’il se passe en france de façon concrête et analyser quelle sorte d’immigration la France veut réellement. L’immigration que la France a déjà choisie depuis longtemps est celle qui prolonge les différentes périodes historiques où les destins des peuples noirs et blancs ont été mêlés. L’imaginaire historique des mémoires françaises est peuplé des représentations coloniales et la place faite aux peuples d’Afrique noire est la même qu’au temps des colonies. Relégués à la périphérie des cités françaises (donc « hors de » littéralement), dans ce qu’on appelle « les banlieues ou les quartiers », tandis qu’il s’agit de « ghettos »..(les discriminations et les répartitions géographiques en fonction de la couleur créent une similutude évidente avec le régime de l’arpatheid).. leur statut de sous-citoyen perdure et est entretenu... Les seuls boulos octroyés sont ceux que les blancs ne veulent pas faire car trop déshonorants. Ceux qui ont des diplômes sont maintenus par un « plafond de verre », expression connue qui dénonce l’impossibilité d’accéder à des postes de cadres, réalité que la discrimination à l’embauche, enfin reconnue ouvertement par les médias, vient de mettre en évidence, il y a peu de temps (novembre 2005 au moment des « dites émeutes » de banlieues).
La France des employeurs (service public compris) ne veut pas des noirs diplômés ou pas. Il s’agit là de façon explicite d’une simple prolongation de l’imaginaire colonial français.
Il suffit d’analyser la place du noir français... français depuis toujours après avoir été esclave... donc depuis plusieurs siècles (bien avant que sarkosy, immigré lui aussi mais blanc ne devienne français). Les français noirs des dom tom, des îles, de l’outre mer ne sont pas considérés par les français blancs de la métropole comme des français : ils ne sont pas représentés dans les médias français... Ils n’existent tout simplement pas... ils n’ont aucune réalité tangible dans la conscience identitaire française... à part quelques journalistes, quelques acteurs et quelques reportages de temps en temps, (mis à part le sport et la musique) ils n’ont aucune représentation médiatique (reflet de la conscience identitaire française) et leur représentation en terme d’emploi de cadres est encore très faible.
La France ne peut et ne veut pas accueillir des noirs diplômés... Tout le monde le sait... alors pourquoi en faire une politique migratoire ? Ce concept est une supercherie notoire et va à l’encontre de toute politique de coopération réelle et digne de ce nom.
Il faudrait une fois pour toute affronter l’imaginaire colonial inconscient collectif qui tient lieu de mémoire historique collective de cette période occultée. Il est évident que la fuite des cerveaux ne peut être profitable à l’Afrique francophone. Il est évident que la France ne veut pas accueillir des noirs diplômés ou pas. Il est évident que le racisme ordinaire se fonde sur un racisme économique. En d’autres termes, le noir est forcément pauvre : une des raisons de l’impérialisme colonial ! une des raisons de l’esclavage... facile d’exploiter et d’asservir des pauvres.... une des raisons de la domination économique : facile d’exploiter économiquement des pays pauvres....
La supériorité économique de France a justifié ainsi une supériorité tout court. Et cette équation perdure de façon consciente ou pas, bafouant les lois de la république. Ce racisme ordinaire permet une constatation simple : le fait de penser que ces lois républicaines et la devise française (liberté,égalité, fraternité) ne s’appliquent qu’aux blancs que pour une République blanche.
Une véritable politique migratoire et une véritable politique de coopération (qui devraient être toujours liées) devraient d’abord se doter d’une véritable politique culturelle de revisitation de nos mémoires communes.
Il s’agirait d’interroger de manière croisée nos mémoires et nos imaginaires ici et là-bas, là-bas et ici , questionnements et échanges rendus possibles et grandement facilités par les multiples possibilités de communication du net : rencontres interculturelles, démultipliées... animées par des écrivains (spécialistes de l’imaginaire) des philosophes, des poètes, des sociologues, des historiens, des universitaires d’ici et de là-bas.
Aucune politique migratoire et de coopération réelle dépassant les préjugés enfouis ne pourra faire l’économie d’une revisitation croisée en profondeur de nos mémoires collectives, de nos imaginaires issus de périodes historiques occultées, enfouies, tues ici et là-bas, là-bas et ici.... mais dont les rapports économiques et donc de pouvoirs, complètement déséquilibrés, facilitent la prolongation réelle au sein de nos quotidiens.
22/05 16:00 - veronique
Réflexions sur une politique migratoire Il serait intéressant de situer toute politique (...)
18/05 15:15 - Daniel Milan
Mais je suis chez moi, en France, mon ami ! Auriez-vous l’intention de nous dire qui peut (...)
18/05 15:00 - claude
merci de vous auto-censurer, cela me permet de pouvoir lire vos interventions sans me sentir (...)
15/05 23:52 -
@ hurler de rire. Je relève au hasard : « Certes mais une fois avoir transmi la sapience (...)
14/05 15:24 - claude
désolé d’avoir « crié ». je viens d’apprendre que les textes en majuscules (...)
11/05 14:18 - claude
1 - "...Penser immigration sans penser géopolitique et prospective pour les cinquante ans à (...)
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