@stappy
Votre réflexion est détaillée en long en large et en couleur dans le Figaro de ce jour. C’est la curée. Poutine ne devrait pas s’en relever, il est cuit.
Il faut lire l’article de JF.Colosimo dans le Figaro du 25
juin : il dit tout de l’état d’esprit occidental à propos de la Russie.
Cet intellectuel de première classe (selon nos normes occidentales),
spécialiste des religions dans les sociétés occidentales et slaves, partisan d’une
Russie occidentalisée et « démocratisée », défenseur de l’Ukraine dans
l’OTAN et l’UE (première tranche d’un monde slave occidentalisé), se lâche. Il dit
tout.
On comprend mieux, après l’avoir lu, l’état d’esprit des
Laure Mandeville et Isabelle Lasserre, journalistes du quotidien et
combattantes en 1ère ligne pour la liberté en Ukraine et en Russie,
version USA/UE.
Le premier paragraphe de son article est très bon,
remarquable. Panorama de l’histoire russe avec ses luttes pour le pouvoir qui
sèment les cadavres, d’Ivan le Terrible à Lénine. Bien vu, l’intellectuel
semble connaître son sujet.
Il plaque ensuite ce condensé de 500 ans d’histoire russe sur
le couple Poutine/Prigojine. C’est brillant,
séduisant, hollywoodien. Tout y passe, pas un cliché ne manque. Poutine le
kagébiste serait un sérial killer à la tête d’un Etat Potemkine, menacé par son
cuisinier, ce dernier suscitant la sympathie du peuple russe avec son parler
vrai. Le pouvoir en Russie : une bande de mafieux, de gangsters criminels
vieillissants. Que du pourri, en somme.
Le monde réel a quitté l’article. Que l’on puisse se
promener à Moscou sans crainte, ville relativement propre, alors qu’à Paris la
peur et la saleté s’installent, l’auteur ne le sait pas, ne le voit pas.
Conscient d’être dans le story telling, il mobilise Scorsese et Coppola.
Mais cela ne suffit pas à Colosimo, il lui faut du
lourd, taper plus fort, il faut psychiatriser non seulement le pouvoir « schizoïde » mais également le peuple « lobotomisé » dans sa version
2023 (qui refuserait même de défendre Moscou : les fantasmes WWII et
collaboration refont surface chez notre « intellectuel »), peuple mal
désoviétisé dans sa version 91.
Un peuple idiot dirigé par une bande de
gangsters : c’est la Russie de Colosimo. Dans un contexte de guerre entre
puissances nucléaires, il y a lieu de s’inquiéter de cet état d’esprit, d’un
racisme plus qu’évident et assumé. Bravo « l’intellectuel » qui
n’oublie pas sa spécialité théologiale : le couple Poutine/Prigojine, ce
sont les figures de Satan !
Il fallait un bouquet, une lueur d’espoir à ce feu d’artifice diabolique : qui va
virer Poutine ? Il y a Narychkine, le presque gentil, Setchine le
businessman qui en a ras le bol de la guerre, Patrouchev et son fils, slavophiles
pas très guerriers mais très ambitieux.
Colosimo se rassure, tous ou presque en ont marre de cette guerre, sont
moins pires que Poutine. On se demande bien comment Poutine, seul dans sa tour d’ivoire,
a pu déclencher cette guerre. Mais Prigojine lui a indiqué la porte de sortie. Colossimo ne donne pas de date, juste une lueur d’espoir dans ce monde de
cinglés, la Russie d’aujourd’hui vue par « l’intellectuel occidental ».
Je suggère à Colissimo d’écrire un scénario à partir de cet
article, et de le vendre à la Metro-Goldwyn-Mayer.