@Francis
Vous pointez là un splendide paradoxe, troublant et révélateur de la nature humaine ! Ces outils faciles et intuitifs présentés comme des « facilitateurs de dialogue » et de « compréhension mutuelle » semblent effectivement bien en réalité provoquer l’effet inverse. Et ce surtout en amplifiant le biais de confirmation de chacun, ils fragmentent encore et encore davantage qu’ils ne rassemblent.
Et votre observation sur le « diviser pour régner » est bien connue, répétée mais encore et toujours touche juste : cette confusion généralisée est, je crois, orchestrée à dessein, les concepteurs ne peuvent pas ne pas en être conscients, ce n’est peut-être pas un bug mais une faille préméditée aux impacts réels, nourrissant la désinformation. Des citoyens perdus, bouleversés, incapables de se mettre d’accord sur les faits de base, sont donc des citoyens plus facilement gouvernables.
L’ironie cruelle, c’est que nous demandons, même conscients de leur défaillance, à ces machines de nous « éclairer », de nous réconforter, presque d’abonder dans notre sens alors qu’elles nous enferment, nous cloisonnent chacun dans notre propre caverne de Platon algorithmique. Chacun reçoit « sa » vérité personnalisée, distille sa raison, s’installant dans le déni, persuadé de ses convictions parfois sensées, parfois odieuses et le débat public devient impossible. À quoi bon converser avec ceux qui relèguent leur humanité dans l’arrière-salle de leur conscience ?
Reste à savoir si cette dérive était calculée ou si c’est la conséquence imprévue d’une course technologique aveugle... Dans les deux cas, le résultat est le même : la fragmentation de toute intelligence collective. Tant mieux diront les élites : si le peuple s’agite, il n’a pas le temps de penser !