Puisque mon article, depuis ce début de matinée, est simultanément apparu sur d’autres plateformes et a suscité des commentaires et témoignages très intéressants, j’aimerais ici préciser pour le public d’Agoravox… Ce que certains décrivent comme une lente dérive est déjà ancré dans nos chairs, dans nos gestes quotidiens, dans le silence de nos renoncements.
Au-delà des chatbots que l’on pourrait encore écarter d’un sursaut de volonté, il y a ces signes avant-coureurs, discrets, implacables : bientôt, toute tâche complexe — imbroglio administratif, juridique, diagnostic de santé — sera confiée, que nous le voulions ou non, à la gestion des IA. Elles sont brillantes, rapides, se trompent parfois, mais moins que l’humain. Petits singes en perdition, nous n’aurons plus d’autre choix : suivre le troupeau ou rompre — et consolider ce que l’on appelle déjà la fracture numérique. Je repense à ces objets du passé — cabines téléphoniques, pièces de monnaie, tickets de métro — disparus sans bruit, sans qu’on ose protester.
Aujourd’hui, on nous dit que les cartes bancaires deviendront obsolètes, que l’argent liquide s’éteindra, qu’il nous faudra un smartphone connecté, en permanence, comme une laisse numérique.
C’est imminent.L’IA, comme la dématérialisation, la surveillance douce, l’impôt à la source, les codes à six chiffres pour respirer, contribue à notre asservissement docile, imposé dans le silence, sous prétexte de fluidité, de sécurité, de félicité technologique.
Alors tant que nous le pouvons, j’ai tenté, dans cet article, d’exprimer ce qui fait de nous des souffles, pas des flux : le doute, l’effort, la lenteur, le tremblement de la main qui crée, qui doute, qui refuse. Cette « fracture numérique » est-elle inéluctable ?
Y a-t-il une place pour une résistance collective, ou ne reste-t-il que des refus individuels et marginaux ?
Comment préserver notre « souffle » humain sans sombrer dans le rejet pur et simple du progrès ?