« C’est de l’intelligence humaine ou de la connerie humaine embarquée sur un support non biologique. »
Merci jjwaDal pour cette phrase d’une fulgurance implacable. Finalement, ce n’est que cela. Bien sûr, l’IA n’est ni diabolique ni miraculeuse. Elle est ce que nous en faisons. Mais dans tous les cas, elle est bien là — et cela, peu importe nos opinions. Elle s’est intégrée à nos quotidiens. C’est un piège infaillible, auquel pour la plupart nous sommes consentants. Mais si nous l’utilisons pour abdiquer — comme certains dirigeants (je pense à Merz en Allemagne, à Johnson au Royaume-Uni, qui s’en vantent même) qui confient désormais la rédaction de lois ou de réformes à des algorithmes — alors nous glissons vers une servitude docile.
Quant aux débats sur l’efficacité technique de l’IA (ChatGPT vs Google, performances comparées, etc.), je comprends l’intérêt, mais ce n’est pas le cœur de mon propos. Mon texte ne porte pas sur les performances d’un outil, mais sur notre rapport à cet outil : sommes-nous en train de déléguer notre pensée, notre doute, notre effort ? Sommes-nous des flux passifs, ou pouvons-nous rester des souffles actifs ? Et pour prolonger cette réflexion, j’aimerais ajouter une question qui m’a été posée ailleurs, et qui me semble essentielle : L’IA a-t-elle des intentions ? Ou reste-t-elle l’instrument docile de ses concepteurs, de leurs groupes financiers, qui anticipent les dérives, calculent la rentabilité, et poussent la flèche du progrès toujours plus loin, déportant la cible à l’infini ? L’emballement des concepteurs, c’est l’attrait inconditionnel pour la technologie neuve, la course sans fin — où l’on raille par habitude les conséquences dystopiques, même quand elles sont déjà en cours, prévisibles, perceptibles. Primates dociles, nous ne pourrons qu’observer.
Mais pourrons-nous encore nous déconnecter ? Existera-t-il un chemin hors des sentiers tracés, bien balisés, définis par les IA ? J’en doute. Un pas de côté — et vous tombez dans l’abîme. La question n’est donc pas : « L’IA est-elle efficace ? » mais : « Que perdons-nous en lui déléguant nos tâches complexes, nos décisions, notre pensée ? » Tant que nous pourrons encore douter, sourcer, dialoguer, résister — nous ne sommes pas perdus.