@Zolko
Je comprends l’intention de votre remarque : elle souligne que l’on ne peut pas appliquer un raisonnement sélectif à un seul texte religieux sans tomber dans l’arbitraire.
Cela dit, la logique d’interdiction généralisée des textes religieux pose un problème de principe majeur dans un État de droit.
En France, la liberté de conscience et la liberté de culte sont protégées par :
-
l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789,
-
la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État,
-
la jurisprudence constante du Conseil constitutionnel et de la Cour européenne des droits de l’homme.
Interdire un texte religieux qu’il s’agisse du Coran, de la Torah ou de la Bible reviendrait à rompre avec ces fondements constitutionnels.
Par ailleurs, qualifier globalement un texte religieux de « suprémaciste » pose une difficulté méthodologique :
-
Les textes religieux sont anciens, pluriels, interprétés de multiples manières.
-
Ils contiennent des passages historiques, normatifs, symboliques et théologiques.
-
Ce ne sont pas les textes en eux-mêmes qui constituent une infraction, mais l’usage qui peut en être fait pour justifier la haine ou la violence.
Le droit français ne sanctionne pas les croyances ; il sanctionne les actes et les propos qui constituent une infraction (provocation à la haine, injure raciale, discrimination, etc.).
En ce sens, votre remarque met en évidence un point important : si l’on adopte une logique d’interdiction fondée sur des lectures littérales et accusatoires, aucune tradition religieuse n’échapperait à la critique.
C’est précisément pour éviter cette dérive que la République distingue :
-
la liberté de croire (ou de ne pas croire),
-
la critique légitime des religions,
-
et l’incitation à la haine envers des personnes.
La cohérence juridique impose donc de défendre la liberté de conscience pour tous, tout en combattant fermement les discours et actes discriminatoires d’où qu’ils viennent.
C’est cette ligne d’équilibre qui protège à la fois la liberté et l’égalité.