Voici un article qui témoigne d’une belle vitalité critique. Il est possible qu’il aille cependant un peu loin en matière de pessimisme lorsqu’il suggère quelque chose comme la perte d’un idéal régulateur qui n’est autre que la vocation d’intérêt général de l’Etat. Il suggère aussi, pour reprendre le thème désormais familier sur Avox d’une grande confusion, une pente à la réduction de la culture à la mode, et, de ce fait, un renforcement de la tendance à exclure du débat public les enjeux des grands textes : religieux, philosophiques, etc. Tout cela à cause... du Gestell heideggerien ? Il n’est pas inutile de se poser la question. Si vous vous êtes livré à l’exercice qui consiste à passer de Heidegger en VO à ses traductions, vous savez nécessairement que cette notion de Gestell est souvent rendue de manière assez insatisfaisante. Allons-y donc de manière hardie. Tiens, je vous propose une traduction de mon cru. Le Gestell correspondrait à un dispositif d’asservissement qui tend à se poser comme un, et qui serait simultanément l’envers (au sens de l’antithèse) :
- de l’idée de République une et indivisible
- de la notion de l’Un selon le monothéisme
Ces histoires d’endroit/envers peuvent bien sembler vues et revues, mais n’oublions pas qu’il y a aussi beaucoup de la figure de Janus chez Martin Heidegger. D’une part, il ne s’est pas privé de ne pas résister à l’envie de ne pas résister, à certaines heures de l’histoire particulièrement ténébreuses. D’autre part, il a laissé, dans son oeuvre, des éléments de réflexion susceptibles d’être utilisés afin de mettre durablement en échec tout ce qui ressemble de près ou de loin à la « langue du troisième reich ». Cette langue là, elle n’hésitait d’ailleurs pas à procéder à de multiples emprunts parcellaires et littéraux à un paganisme hindouiste archaique, aux tonalités d’ailleurs plus que sadiennes. A toutes fins utiles, Le Monde diplomatique de ce mois ci présente, outre quelques bons articles sur des questions d’actualité diverses et variées, une réflexion de Charles Mallamoud à propos du racisme. La mythologie indo-européenne s’y trouve déconstruite comme il se doit.
Pour conclure, je dirais que le « gestell » ne peut avoir de prises que chez ceux dont l’esprit se sera absenté, tant et si bien qu’ils en seraient devenus, sans conditions, les relais du discours d’un autre.
Il me semble que l’éducation et la culture ont pour objectif de contenir de tels débordements.
Cordialement.
Le pingouin