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Cinéma retrouvé à Bologne

A la XXXIIIième édition du cinema ritrovato, le cinéma retrouvé, (Bologne, 22-30 juin), plus de 400 films de 250 réalisateurs ont été présentés dans 6 salles et, en soirée, sur la Piazza maggiore.

 

D’où un embarras et une frustration au moment du choix quand on ne peut en voir que quelques dizaines...

Ces films ont été réalisés entre 1896 et 2018 : courts métrages de quelques secondes du début du cinéma (dont 41 de l'année 1919, centenaire oblige), premiers films coloriés à la main, films en technicolor, longs métrages récents, quelquefois de plus de trois heures sur écran large.
Le tout présenté dans un catalogue de 400 pages.

Les films étaient regroupés suivant différents critères : ritrovati e restaurati (retrouvés et restaurés), acteurs (Jean Gabin), réalisateurs (Henry King, Edouardo de Filippo, Youssef Chahine, Buster Keaton, Felix E.Feist, Georges Franju, Musidora), pays (URSS, Corée du sud, Allemagne de l’ouest), années (1899, 1919), types de films (documentaires, cinemalibero)…

Certains films étaient présentés, en italien ou en anglais avec traduction, quelquefois en français, avant la projection. Avec en plus, onze lezioni di cinema (en français, masterclass) dont Bertand Tavernier sur les grands compositeurs, surtout français, de musique de film et Thierry Frémaux...

 

Cinéma retrouvé à Bologne

Bertrand Tavernier et Gian Luca Farinelli, directeur de la Cineteca di Bologna et de Cinema ritrovato

Dans cette abondance cinématographique, quelques remarques, arbitraires. On été présentés deux films italiens, Napolitani a Milano de Eduardo de Filippo (98mn, 1953) en salle et, sur la Piazza Maggiore, Miraculo a Milano de Vittorio de Sica (100mn, 1951). Qui portent sur des situations semblables : affrontement de mal logés et de spéculateurs immobiliers. Mais alors que Napolitano a Milano traite la question dans le style néo-réaliste italien classique, avec Miraculo a Milano, Vittorio de Sica et Cesare Zavattini (scénariste), continuent cette veine et la dépassent, par un conte merveilleux avec une grande imagination au niveau du scénario qui annonce la comédie italienne. Imagination servie par des prouesses techniques. Tout ceci justifie les milliers de spectateurs venus sur la place de Bologne pour acclamer un film, en noir et blanc, réalisé il y a 56 ans !!!

De la même époque, en couleurs Technicolor, Moulin rouge (120mn, 1952) de John Houston et Gigi (115mn, 1958) de Vincente Minelli, films de réalisateurs étasuniens sur la Belle époque à Paris. Moulin rouge dont le personnage central est le peintre Henri de Toulouse-Lautrec, le drame de sa vie et de ceux qu’il peint, qui vivent autour de lui. Gigi ne présente que l’aspect superficiel de cette époque avec le concours d’un Maurice Chevalier, égal à lui-même, le Français séducteur au sourire gouailleur et satisfait…
Deux films qui sur la même Belle époque, l’un hors sol, l’autre encore plus beau avec la description de cette même société mais qui n’oublie pas la réalité sociale sur laquelle elle repose.

 

Cinéma retrouvé à Bologne
Cinéma retrouvé à BologneCinéma retrouvé à Bologne

Exposition de tableaux de Silvano Campeggi à la Bibliothèque de Bologne

Plusieurs films pour un hommage à Jean Gabin dont une biographie (Un Français) Nommé Gabin (104mn, 2017) de Yves Jeuland, illustrée d'extraits de 50 de ses 95 films, remarquable pour les fans de Jean Gabin. Mais aussi 8 films, avec Jean Gabin acteur. De Pépé le Moko de Julien Duvivier (94mn, France, 1936) à En cas de malheur de Claude Autant-Lara (121mn, France, 1957) qui permettent de voir Jean Gabin avant qu’il ne devienne la caricature de lui-même. Dans ces films, si Jean Gabin a le premier rôle, il n’a pas toujours le meilleur : Pépé le Moko, caïd enfermé dans la Casbah d’Alger n’en sort, par amour, que pour se faire prendre ; En cas de malheur, avocat respectable, il est entraîné dans sa chute par une Brigitte Bardot qui lui dame le pion ; Cœur de lilas de Anatol Litvak (90mn, France, 1931), petit caïd, il pousse la chansonnette et reçoit une bonne correction (Fernandel, en figurant-chanteur)... Au-delà des grilles de René Clément (104mn, France-Italie, 1948), il arrive à Gènes, en bout de course, sans pouvoir refaire sa vie…

La trame de ces films décrit l’atmosphère d’une petite ville française ou d’un quartier de Paris, Du haut en bas de G.W.Pabst (80mn, France, 1933), et les films souvent inspirés de romans de Georges Simenon (La Marie du port de Marcel Carné (97mn, France, 1949), Maigret tend un piège de Jean Delanoy (119mn, France, 1957), Le Chat de Pierre Granier-Deferre (86mn, France-Italie, 1970).
Avec Le Chat, la mort d’un couple et d’un quartier : dans une impasse de banlieue en plein remaniement urbain, Gabin n’a d’affection que pour son chat et ne correspond plus avec sa femme (Simone Signoret) que par petits papiers… Le chat est la première victime mais le couple s’éteint dans un quartier qui disparaît...

 

Cinéma retrouvé à Bologne

En dehors de Jean Gabin, plusieurs hommages étaient rendus à des femmes.
Musidora, la dixième muse de Patrick Cazals (65mn, France, 2013) avec une exposition sur celle qui fut productrice, marraine de guerre de soldats de l'aviation française, essayiste, romancière, actrice de théâtre, chanteuse, artiste de variété, archiviste de la Cinémathèque française, actrice pour Germaine Dulac, Louis Feuillade, Jacques Feyder, Georges Franju et réalisatrice (Pour don Carlos avec Lasseyne, 1921, Soleil et ombre avec Lasseyne, 1922, La Tierra de los Torros, 1924).
La passione di Ana Magnani de Enrico Cerasiolo (60mn, Italie, 2019).

Essere Done de Cécilia Mangini (28mn, Italie, 1964), documentaire sur la condition de la femme .

Segretarie, una Vita per il cinema de Raffaele Rago et Daniela Masciale (64 mn, Italie, 2017), série d’entretiens avec des secrétaires de grands maîtres du cinéma italien.

 

Les films restaurés, Bologne est un important centre mondial de la restauration de films, certains présentés sur la Piazza Maggiore, permettent de parcourir le cinéma et son histoire, chefs d’œuvre du cinéma et films moins connus : Le cirque de Charlie Chaplin (71mn, États-Unis, 1928) où Charlot est poursuivi par un policier dans un palais de glace, séquence souvent reprise au cinéma, en particulier par Orson Welles dans la Dame de Shangaï  ; The Cameraman de Buster Keaton (69mn, États-Unis, 1928) ; Toni de Jean Renoir, première passion d’un immigré sur les écrans français (91mn, France, 1935) ; Under capricorn de Alfred Hitchcock (117mn, États-Unis, 1949) ; Los olvidados de Luis Bunuel (81mn, Mexique, 1950) ; L'eau à la bouche de Jacques Doniol-Valcroze avec le couple Bernadette Lafont et Michel Galabru, musique de Serge Gainsbourg (95mn, France, 1950) ; Les bicots-nègres,Vos voisins de Med Hondo malgré un discours un peu daté (100mn, Mauritanie-France, 1974) ; La leçon de Piano de Jane Campion (121mn, Nlle Zėlande-Australie-France, 1993)...

 

Sur la Piazza Maggiore, Apocalypse Now, avec une présentation de Francis Ford Coppola, a connu un triomphe : le film a dû être projeté, en même temps, dans deux salles de cinéma de la ville ! Ce film était trop long d’après Coppola, initialement 4 heures, a été réduit à 3 heures, pour sa sortie en salle, à la demande des producteurs. C’est la dernière version (final cut), 183 minutes qui a été présentée à Bologne.

Apocalypse Now, aux multiples récompenses, a obtenu la Palme d’or à Cannes, à sa sortie en 1979. Conçu pendant la guerre du Vietnam, sur et contre la guerre. Où les héros, fascination par la guerre, complexes, confusion dans la guerre, demeurent des individus étasuniens, face au peuple vietnamien anonyme...

 

Comme l’ont fait Gian Luca Farinelli, directeur de la Cinémathèque de Bologne et du festival Cinema Ritrovato et Thierry Frémaux au cours d’une lezzione di cinema, dans son intervention, Francis Ford Coppola a pris nettement position en faveur du cinéma face aux plateformes : Apocalypse Now vu sur un téléphone doit perdre quelque peu de son envergure…

 

Mais la bataille continue. Netflix convoite l'Egyptian Theatre, sur Hollywood Boulevard, cinéma prestigieux construit en 1922, pour pouvoir remplir facilement les conditions de candidature aux Oscars : diffuser 7 jours consécutifs le film dans un cinéma de Los Angeles...

 

Pour Winding Refn (à Bologne pour son film-culte Drive), la numérisation est une façon de favoriser la conservation des films : en créant un musée de films pour les générations futures… La révolution digitale est le troisième frère Lumière… avec une nouvelle attention sur le cinéma classique, plutôt au détriment de la télévision que du cinéma.

 

Cinéma retrouvé à Bologne
Cinéma retrouvé à Bologne
Cinéma retrouvé à Bologne
Cinéma retrouvé à Bologne

Piazza Maggiore, Francis Ford Coppola, programme des films projetés sur la place du 17 juin au 14 août

 

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