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Du théâtre dans un salon... pour découvrir la poésie érotique de la Renaissance...

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Du théâtre dans un salon, c'est une façon de découvrir au plus près le métier de comédien... ce soir-là, nous sommes invités dans une maison en campagne, nous sommes reçus par la maîtresse du lieu, puis nous entrons dans un salon orné d'une immense bibliothèque : la présence des livres en arrière plan du spectacle donne déjà le ton... on va parler de littérature, de livres et de poèmes oubliés...

 

"Petit Traité du Plaisir qui met Oubli à la Mort"... tel est le titre de ce spectacle...

 

Un comédien nous fait découvrir une poésie érotique pleine de gourmandise, celle des poètes du 16ème siècle : Ronsard, Marot, Jean Auvray, Olivier de Magny, Isaac Habert, et tant d'autres... de l'érotisme charmant, empreint de grâce, de délicatesse et d'une certaine audace.

Une belle invitation à l'amour et à la lecture...

 

Le comédien, Nicolas Raccah rentre en scène et présente son spectacle : L'amour en 5 chapitres... il feuillette un gros dictionnaire, un Larousse, et au fil des pages, égrène des mots... il s'arrête sur le mot "désir", nom masculin !

Et de fait, les femmes n'avaient pas accès à la parole érotique ou si peu, en cette époque où elles étaient invitées à la discrétion, à l'humilité, au silence, à l'obéissance, vertus suprêmes !

 

Par ailleurs, que de libertés dans certains poèmes du 16ème siècle, écrits par des hommes !

On songe, par exemple, à ce poème de Ronsard, dédié au sexe féminin :

"Je te salue ô vermeillette fente,
Qui vivement entre ces flancs reluis :
Je te salue ô bienheureux pertuis,
Qui rends ma vie heureusement contente.

C’est toi qui fais, que plus ne me tourmente
L’archer volant, qui causait mes ennuis.
T’ayant tenu seulement quatre nuits
Je sens sa force en moi déjà plus lente.

Ô petit trou, trou mignard, trou velu
D’un poil follet mollement crêpelu,
Qui à ton gré domptes les plus rebelles,

Tous verts galants devraient pour t’honorer
À beaux genoux te venir adorer
Tenant au poing leurs flambantes chandelles."

Voilà une parodie audacieuse et troublante du "Je te salue, Marie pleine de grâce..."

 

Les poètes de la Renaissance ont écrit, ainsi, de nombreux poèmes coquins : on les découvre au fil du spectacle... Des poèmes qui méritent d'être dits et savourés avec bonheur : ils dénotent une joie de vivre, une grande liberté...

 

Le comédien revient alors au dictionnaire, tourne à nouveau les pages, déroule des noms, des verbes, s'attarde sur un autre mot : le "baiser" : nom masculin, encore ! Eh oui, les humanistes étaient, en général, des hommes.

Et, pourtant, une femme, une seule, a osé écrire sur le baiser, elle s'appelle Louise Labé, et quel poème ! Quel éblouissement ! 

 

"Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m’en un de tes plus savoureux,
Donne m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.

Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereux.
Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise".

 

Le chapitre 3 permet d'évoquer le sexe masculin,"le flageolet, la birouette, l'asperge, le chinois, la chose, l'anchois, la flûte à moustache, l'aiguillon, le petit frère, le Jésus, la baïonnette, le doigt sans ongle"... tant de mots et d'expression savoureuses ! Comment ne pas être étonné par tant d'inventivité dans le langage ?

Une seule femme, Madeleine de l'Aubépine a osé évoquer le sujet, mais elle le fait dans un poème masqué, intitulé Le luth :

"Pour le plus doux ébat que je puisse choisir,

Souvent, après dîner, craignant qu'il ne m'ennuie,

Je prends le manche en main, je le tâte et manie,

Tant qu'il soit en état de me donner plaisir.

 

Sur mon lit je me jette, et, sans m'en déssaisir,

Je l'étreins de mes bras et sur moi je l'appuie,

Et, remuant bien fort, d'aise toute ravie,

Entre mille douceurs j'accomplis mon désir.

 

S'il advient, par malheur, quelquefois qu'il se lâche,

De la main je le dresse, et, derechef, je tâche

A jouir du plaisir d'un si doux mouvement..."

 

Le chapitre 4 est consacré au sexe féminin, "le hérisson, le bonbon, la tabatière, l'abricot fendu, la framboise, l'autel velu, le barbu, le bijou, le coquelicot charnu, l'oiseau lyre, l'oasis...", encore des mots pleins de saveur, de poésie, de douceur.

 

Enfin, la lecture du dictionnaire s'achève évidemment sur le mot "plaisir", encore un mot masculin, alors que les sept péchés capitaux sont de genre féminin.

 

Le spectacle était ponctué de références historiques nombreuses qui permettaient de percevoir une emprise de plus en plus grande de la censure à la fin du 16ème siècle ;

Très applaudi par l'assemblée, Nicolas Raccah a fait revivre toute une époque, éprise de liberté, de bonheur.

Ce fut une belle soirée littéraire : un mélange de tendresse, d'audace, de poésie, d'humour...

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Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2018/10/du-theatre-dans-un-salon.html

 

Une émission sur France Culture :

http://compagnie-fataleaubaine.com/le-petit-traite-du-plaisir-qui-met-oubli-a-la-mort/

 


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12 réactions à cet article    


  • François Pignon NEMO 16 novembre 2018 17:05

    « Le chapitre 4 est consacré au sexe féminin, »le hérisson, le bonbon, la tabatière, l’abricot fendu, la framboise, l’autel velu, le barbu, le bijou, le coquelicot charnu, l’oiseau lyre, l’oasis...« , encore des mots pleins de saveur, de poésie, de douceur.  »

    Brouter le gazon s’inscrit dans un cercle vertueux : 

     c’est bon pour le gazon, ça l’entretient

     c’est bon pour le brouteur, ça lui donne du contentement.

    Le spectacle proposait-il une expérimentation, ou une démo à défaut ?


    • rosemar rosemar 16 novembre 2018 17:24

      @NEMO

      Je conseille vivement d’écouter l’émission sur France culture : le lien figure en bas de l’article...


    • rosemar rosemar 16 novembre 2018 21:20

      @Severomorsk

      Quel sonnet ? C’est une autre époque...


    • Paul Leleu 16 novembre 2018 18:28

      Depuis Sapho à aujourd’hui, les femmes ont toujours été libres... la réalité, c’est que la plupart d’entre-elles n’ont pas éprouvé le besoin de l’écrire... mais de l’Antiquité à l’époque médiévale, les poétesses existent et sont respectées... je crois d’ailleurs que personne n’a attendu la prétendue « libération sexuelle » pour s’envoyer en l’air dans les foins ou dans les coins ! ... tout cela est très idéologique (il faut bien que notre époque se croit moderne)... la poésie cultivée aussi bien que la poésie populaire nous en racontent bien assez...

      je pense que la véritable « libération sexuelle » consiste a accéder à son propre désir (et non à celui de l’air du temps)... et à mon avis les vrais amoureux d’éros savent bien que le sexe est autant libération qu’il peut etre aliénation (voir les 2 en même temps !)...


      • rosemar rosemar 16 novembre 2018 21:16

        @Paul Leleu
        Sappho, oui, bien sûr, c’est une référence mais il ne nous reste que peu de textes.
        A la fin du 16ème siècle, la censure religieuse s’est imposée.

        Merci pour ces réflexions...


      • rogal 16 novembre 2018 20:08

        Naguère un éloge de la fesse.

        Aujourd’hui un hymne à l’érotisme.

        Une ode à Priape en préparation ?


        • rosemar rosemar 16 novembre 2018 21:19

          @rogal

          Il existe déjà une ode à Priape, écrite au 18éme siècle.


        • gueule de bois 17 novembre 2018 10:43

          Finies les petites fleurs. Avec le Beaujolais la Rosemar nouvelle et arrivée, avec cuir, fouet et tout l’attirail SM. 

          Du coup elle va perdre Mélusine.

          Et au fait d’où qu’il est Robert ?

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