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Accueil du site > Culture & Loisirs > L’unique voyage

L’unique voyage

La Loire ne pardonne pas …

Une famille est en joie. Le père est un grand sportif, il a toujours rêvé d’avoir un canoë. Son fils va passer un cap symbolique, l’occasion pour lui de se retrouver avec son géniteur sur l’eau pour sa première sortie. C’est une belle journée pour lui offrir l’objet de ses rêves. Dans cette tribu, ce sont des gens qui aiment se coltiner aux éléments, affronter la nature, lui lancer des défis tout autant que d’avoir avec elle une relation privilégie. Nous sommes avec des ligériens de cœur.

Chacun espérait en ce week-end de Pâques trouver ce bonheur qui se refuse parfois dans le rythme trépident de la vie quotidienne. C’est une trêve qui permet de prendre son temps, de s’accorder une belle parenthèse loin des soucis professionnels. C’est du moins ce que chacun espérait dans cette famille. Il y avait de l’eau sur la Loire, des amis et l’envie de faire la fête. C’est dans un cadre enchanteur que le drame s’est noué. Il en est souvent ainsi.

Le château de Chaumont domine la rivière. Les bateaux de l’association Millière Raboton semblent souffler que la navigation est un jeu d’enfant. Illusion trompeuse quand on connaît toutes les précautions que prennent ses mariniers si attentifs aux règles de sécurité. La Dame Liger ne se donne jamais sans le moindre risque, il convient de respecter sans cesse son pouvoir de nuisance. Les hommes d’autrefois n’en avaient jamais fait un terrain de jeu mais bien de travail et de respect.

Que s’est-il passé au juste ? Nous ne sommes pas enquêteurs et loin de nous le désir de pointer du doigt ou bien de mettre en cause. L’euphorie de l’instant, la confiance en ses forces, le désir de montrer le chemin, l’envie de transmettre le flambeau ? Le père, homme sage, médecin qui n’a rien d’une tête brûlée embarque à bord du canoë en compagnie de son fils. Attache-t-il mal son gilet de sauvetage ? Oublie-il de s’en munir ? Qu’importe désormais puisque l’irréparable est consommé.

L’embarcation chavire. Un homme disparaît, l’autre s’en sort fort heureusement. Quelles seront les images désormais qui hanteront son rapport à la rivière. Le pire est sans doute bien complexe à déterminer. L’alerte, l’angoisse, la peur et la sidération. Les secours arrivent, toujours bien tard dans pareil cas avec une rivière au fort courant, à la cote importante. Les recherches ne donnent rien, le temps passe et il faut tenter d’accepter l’intolérable. Tous ceux qui ont participé de près ou de loin à ce moment qui se voulait festif, se sentent immanquablement responsables, c’est une fête qui tourne à la catastrophe !

Les secours sont sur place aussi vite que c’est possible. Que faire ? L’embarcation sera retrouvée quelques kilomètres plus loin. Dérisoire petit bateau, découverte qui renforce l’angoisse. Les recherches doivent être suspendues, elles reprendront le lendemain, toutes aussi infructueuses. La rivière est un vaste territoire semé d’embûches, de caches, de pièges, de broussailles. Longues sans doute seront les recherches, terrible sera cette attente pour ceux qui sont directement touchés par le drame.

Nous nous souvenons de quelques railleries émanant de l’un de ces responsables de location de bateaux qui affirmait qu’il n’y avait aucun danger sur la Loire. L’homme voulait défendre son commerce et se bardait dans sa réputation flatteuse. Les lois de la statistique lui donnent forcément raison mais elles servent à quoi quand survient la faille, quand arrive l’exception. Nous ne devrions jamais cesser de mettre en garde que la rivière est vivante, belle certes mais jamais offerte. Il convient de toujours en toutes circonstances, s’en garantir par des mesures élémentaires de sécurité.

Nous avons rédigé ce texte sans que le corps ne soit encore retrouvé. Quelqu’un parmi les proches nous a suggéré de rédiger cette mise en garde, ce récit pour dire à tous ceux qui veulent naviguer sur la Loire que ça n’arrive pas qu’aux autres. Nous partageons leur peine et leur douleur et c’est avec un impérieux désir de prévention que nous vous proposons cette réflexion

Rendez-vous au Parle-Loire transmet tous ses messages de compassion à la famille. Dans ces moments douloureux, nos mots ne sont que de bien peu d’utilité. Nous nous éloignons sur la pointe des pieds en espérant de tout cœur que leur terrible attente soit la plus courte possible.

Prudencement vôtre.

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22 réactions à cet article    



    • C'est Nabum C’est Nabum 6 avril 2018 21:19

      @juluch

      Hélas


    • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 6 avril 2018 12:32

      Pour les uns, c’est la neige. Pour les autres, c’est la rivière...


      • C'est Nabum C’est Nabum 6 avril 2018 21:20

        @Jean J. MOUROT

        Dans cette famille, ce fut hélas les deux


      • Clocel Clocel 6 avril 2018 13:41

        Pas de quoi figurer aux Darwin Awards mon bon Nabum.


        • C'est Nabum C’est Nabum 6 avril 2018 21:21

          @Clocel

          Vous ne reculez devant rien


        • Henry Canant Henry Canant 6 avril 2018 14:13

          Oui, mais il a toutes les chances pour décrocher l’Albert Londres.


          • C'est Nabum C’est Nabum 6 avril 2018 21:21

            @Henry Canant

            Que vous repondre

            Que la honte ne vous étouffe pas et que vous êtes un fort mauvaise personne à n’en point douter


          • @C’est Nabum

            Bonsoir,

            je confirme.


          • C'est Nabum C’est Nabum 9 avril 2018 09:43

            @Jayce le Conquérant pour (C) Lalumière

            Merci


          • Dom66 Dom66 6 avril 2018 15:01

            Triste mais une question…gilets de sauvetage ça existe il me semble, non ? smiley


            • C'est Nabum C’est Nabum 6 avril 2018 21:22

              @Dom66

              Allez donc le dire à tous ceux qui se pensent au dessus de la nature


            • marmor 6 avril 2018 15:11

              Mr le duc de Sully parle de lui comme le faisait Louis XIV, à la première personne de pluriel...Nous en sommes fort aise, Mr le Duc


              • C'est Nabum C’est Nabum 6 avril 2018 21:23

                @marmor

                Vous touchez le fond


              • marmor 7 avril 2018 10:35
                @C’est Nabum
                Eh oui, mais moi j’en suis conscient, donc je pourrai remonter, ce qui ne sera pas votre cas.Vous pensez tutoyer les étoiles, mais....

              • C'est Nabum C’est Nabum 9 avril 2018 09:43

                @marmor

                Le plus loin possible de vous est un idéal


              • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 6 avril 2018 22:25

                « Le père est un grand sportif, il a toujours rêvé d’avoir un canoë. Son fils va passer un cap symbolique, l’occasion pour lui de se retrouver avec son géniteur sur l’eau pour sa première sortie » Cela me rappelle une histoire proche de celle vécue par une famille amie (dans le passé,.....). Le père parti faire de la voile avec son fils en Bretagne. Le voilier ses retopurné la qulle à l’air. LE fils a tenté de sauver son père, en vain. Tous les journaux en ont parlé en Belgique. Retrouver son géniteur dans les eaux de la mèr« e », peut-être pas le meilleur endroit. 


                • C'est Nabum C’est Nabum 9 avril 2018 09:43

                  @Mélusine ou la Robe de Saphir.

                  C’est ainsi


                • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 7 avril 2018 10:51

                  La mère sera toujours du côté de l’humide et le père du sec. L’idéal étant de fusionner les deux mais pour cela, il faut au préalable, les séparer.


                  • Armand Griffard de la Sourdière Armand Griffard de la Sourdière 7 avril 2018 13:49

                     
                     « Quand on veut bateler avec la Loire »
                     « On s’expose à bien des déboires  »

                     En 1969 à Juigné /Loire , « elle » a englouti 19 enfants d’un seul coup ...slurp , gloup...le temps de le dire et c’était plié !
                     
                    Le dernier petit cadavre fut retrouvé par un pêcheur allant relever ses bosselles à une dizaine de kms du lieu du drame après un séjour prolongé dans l’eau empêtré dans une souche sur les bords de «  l’île aux chevaux » il crût d’abord que c’était un veau qui avait fini au bouillon avant de constater la bien triste réalité
                      . ô pôvre !

                     

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