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Accueil du site > Culture & Loisirs > La dernière séance

La dernière séance

État de guerre …

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Curieux raccourci de l’histoire, samedi soir, pour lutter contre la morosité ambiante je me suis rendu au cinéma malgré les mises en garde, les appels réitérés à la prudence. Les mauvais citoyens sont ainsi constitués qu’ils ne parviennent pas à se mettre dans la tête que ceux qui à longueur d’année les méprisent, leur racontent des sornettes, mentent et mettent en péril leur devenir, ceux-là même qui font usage de la force contre ceux qui ne sont pas d’accord, les blessent ou les mutilent, évoquent enfin la vérité.

Il faut avouer qu’à force d’être trompeuse, retorse, manipulatrice, la parole officielle n’a plus la moindre valeur. Nous étions nombreux ce soir-là à sortir malgré tout, malgré cette menace qu’on ne cessait de nous asséner à grand renfort de manipulation. C’est bien là le problème, à trop en faire, lorsque la nécessité se fait vraiment sentir, la crédibilité n’est plus de mise.

Alors nos bons cerbères ont tapé du poing sur la table. Fermeture à minuit de tous les lieux publics non indispensables. Cinémas, restaurants, bars, salles de spectacles, commerces non alimentaires, stations de ski, parcs d’attraction, … allaient fermer leurs portes pour une durée indéterminée. Seuls les bureaux de tabac rentraient donc dans la catégorie des commerces vitaux, la surprise était grande mais ne mégotons pas, nos responsables agissent toujours en connaissance de cause, eux qui adorent les propos fumeux !

Au sortir du film, curieuse ambiance de fin de règne dans l’établissement. Les derniers clients se quittent, sans trop savoir s’ils se reverront un jour. Les employés ferment la boutique avec devant eux une sombre perspective de chômage partiel. Il fait nuit dans la ville, les derniers noceurs se hâtent de rentrer avant que d’être transformés en citrouilles à coups de matraque…

Le lendemain pourtant, la démocratie connaît peut-être ses derniers soubresauts. Les bureaux de vote sont ouverts avec un étrange climat de suspicion ou de défiance vis à vis de ce porteur probable de la méchante petite bête. L’électeur est prié d’aller se laver les mains, une opération mains propres en somme qui échappe le plus souvent à nos joyeux élus, dispensés de disposer d’un casier judiciaire vierge.

Puis les différentes étapes de ce qu’on nomme encore le devoir citoyen se déroulent avec des pincettes. Un assesseur est muni de gants chirurgicaux, tous se gardent bien de s’approcher de ce votant qui a eu cette folie de ne pas rester chez lui. Un vote sans électeur, c’est peut-être le but ultime de cette révolution macronienne, nous en avons en tout cas un premier exemple.

Je rentre le devoir accompli, prenant la peine d’un détour en bord de Loire. La ville est déserte, les rares promeneurs se croisent à distance. Le monde est en guerre et nous ne le savions pas. Une infirmière reconnaissable à sa mallette, sort d’un immeuble, un masque dissimule une grande partie de son visage. Elle poursuit sa mission indispensable pour des tarifs honteusement ridicules. La crise actuelle redonnera-t-elle ses lettres de noblesse à cette profession ?

« Il convient de rester cloîtré chez soi ! » Le message tourne en boucle, une précaution pour éviter le pire. C’est curieusement sous un beau soleil printanier que débute ce huis clos national. Ironie de l’histoire, pied de nez à ce peuple qui après les odieux attentats terroristes avait exprimé sa volonté de ne pas céder à la peur. Cette fois, il doit baisser pavillon devant un virus, enfant terrible d’une mondialisation sauvage tout autant que mortifère.

N’est-ce là que les prémices des calamités à venir ? Il se peut que la dernière séance soit en fait le lever de rideau d’une tout autre époque. Les années d’insouciance sont-elles derrière nous ? Une guerre sournoise se prépare et celle-ci ne sera pas du cinéma. Présentant la fin des libertés, sur un quai de Loire, un merveilleux artiste est venu jouer de la musique et d’autres se sont arrêtés pour l’écouter. La culture ne peut être bâillonnée, elle saura toujours s’exprimer par delà les bruits de bottes.

Apocalyptiquement vôtre

Photographie de Gérard Dussoubs


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15 réactions à cet article    


  • Étirév 20 mars 11:15

    « Savoir, c’est déjà se rebeller, enfreindre les limites. Penser s’avère un exercice de liberté et de désobéissance. Les dieux de l’Olympe froncent le sourcil, ils vont perdre leurs privilèges et leur pouvoir si les mortels deviennent intelligents. Après eux et comme eux, tous les tyrans, les inquisiteurs, les fanatiques réprimeront le savoir, brûleront les livres ou tueront les intellectuels parce que ceux-ci sont fauteurs de liberté. Le pouvoir religieux et politique se fonde volontiers sur l’ignorance du peuple et s’accroît d’autant que les esprits sont faibles, les gens incultes.
    Le latin et le français offrent ce jeu de mots lumineux entre « livre » et « libre » (liber), et on comprend qu’à la renaissance où la soif de connaître fut sans bornes le Livre fût un symbole majeur, entre l’Épée du guerrier et la Fleur de l’amour. »

    (J. Kelen, L’éternel masculin)
    Voilà, eh ben ça par exemple, dans le contexte ça ne veut absolument rien dire, mais je trouve que ça boucle bien.
    (Loth d’Orcanie ou presque)


    • Alain 20 mars 11:17

      En lisant cet article, je me re-mémorise les paroles d’une amie infirmière que j’ai appelé dimanche :

      « Ils n’ont rien compris. Ils étaient tous dans la rue samedi soir à aller au cinéma ou aller faire la fête dans les bars et dans les rues. Reste chez toi, ils ne sont pas rendus compte qu’ils s’infectent tous et que çà va se payer cher la semaine prochaine ».

      Cette même infirmière qui a décidé d’aller faire du bénévolat dans un EPAHD ce week-end et qui n’est même pas sûre d’avoir un masque. Elle prend des risques pour tout ce troupeau d’idiots qui préfèrent le cinéma ou vont sur les bords de loire écouter de la musique alors que ces troupeaux mettent leur vie en danger et celle de mon amie également« .

      Selon les proverbes de mon ami africain :

       »Le monde est une vraie porcherie. Les hommes se comportent comme des porcs à des millions de tonnes de morts« (Bérurier Noir).

       »Les hommes sont des animaux. Les villes sont leur enclos. Nous sommes le bétail humain planétaire. Victimes des mafias financières" (Miss Helium)


      • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 20 mars 11:39

        Le garçon qui criait au loup ! (d’après Esope… )

         

        Il était une fois un jeune berger qui gardait tous les moutons des habitants de son village. Certains jours, la vie sur la colline était agréable et le temps passait vite. Mais parfois, le jeune homme s’ennuyait.

        Un jour qu’il s’ennuyait particulièrement, il grimpa sur la colline qui dominait le village et il hurla : « Au loup ! Un loup dévore le troupeau ! »

        A ces mots, les villageois bondirent hors de leurs maisons et grimpèrent sur la colline pour chasser le loup. Mais ils ne trouvèrent que le jeune garçon qui riait comme un fou de son bon tour. Ils rentrèrent chez eux très en colère, tandis que le berger retournait à ses moutons en riant toujours.

        Environ une semaine plus tard, le jeune homme qui s’ennuyait de nouveau grimpa sur la colline et se remit à crier : « Au loup ! Un loup dévore le troupeau ! »

        Une nouvelle fois, les villageois se précipitèrent pour le secourir. Mais point de loup, et rien que le berger qui se moquait d’eux. Furieux de s’être fait avoir une deuxième fois, ils redescendirent au village.

        Le berger prit ainsi l’habitude de leur jouer régulièrement son tour… Et chaque fois, les villageois bondissaient sur la colline pour trouver un berger qui riait comme un fou !

        Enfin, un soir d’hiver, alors que le berger rassemblait son troupeau pour le ramener à la bergerie, un vrai loup approcha des moutons…

        Le berger eut grand peur. Ce loup semblait énorme, et lui n’avait que son bâton pour se défendre… Il se précipita sur la colline et hurla  : « Au loup ! Un loup dévore le troupeau ! »

        Mais pas un villageois ne bougea… « Encore une vieille farce  ! dirent-ils tous. S’il y a un vrai loup, eh bien ! Qu’il mange ce menteur de berger ! »

        Et c’est exactement ce que fit le loup !


        • juluch juluch 20 mars 11:40

          peut de contrôle ici sur Marseille, je vais au boulot sans soucis avec l’autorisation du DRH....aux courses et aux sport puisque c’est permis.

          On nous dit que c’est la guerre , faut rester chez sois alors que ce virus est connu depuis janvier et se n’st que lorsque il y a le feu que le gvt monte au créneau....toujours en retard ce pauvre pays.


          • Comme cette fois, les ennemis ne sont pas les nazis, confions notre destin à la nature. Elle est bien plus intelligente qu’on se l’imagine


            • julius 1ER 20 mars 15:19

              Cette fois, il doit baisser pavillon devant un virus, enfant terrible d’une mondialisation sauvage tout autant que mortifère.

              @Nabum,

              article assez juste surtout lorsque tu mets en exergue les mensonges du pouvoir, c’est vrai que depuis Goebbels un mensonge asséné 1000 fois ne devient plus forcément une vérité....... ????? maintenant.... on peut faire le tri entre la propagande et l’information même si ce n’est pas toujours facile !!!!

              par contre la mondialisation n’a rien à voir avec le virus, le HIV a empoisonné la vie de beaucoup de gens et pourtant "la mondialisation des années 60/70/80 n’avait que peu de choses en commun avec celle que l’on connait aujourdhui !!!!!

              aussi il faut raison garder et ne pas trop faire d’amalgames faciles et pernicieux !!!


              • ZXSpect ZXSpect 20 mars 18:51

                .
                Voici le lien que le bonimenteur donne pour son site « Chroniques au val »... directo depuis son profil sur AgoraVox
                https://www.agoravox.fr/auteur/c-est-nabum-78308
                .
                http://www.chroniques-ovales.com/
                .
                un vrai coup de poker !
                .
                testez le lien !

                .


                • C'est Nabum C’est Nabum 20 mars 19:29

                  @ZXSpect

                  Vous pouvez aussi donner mon adresse personnelle et envoyer des hommes de main

                  Merci votre acharnement est un privilège


                •  Et le film est terminé ♪

                   je réveille mon voisin

                   il dort comme un nouveau né

                   Je relève mon strapontin ♫

                   J’ai une envie de bailler

                   Et le rideau sur l’écran est tombé  smiley


                  • C'est Nabum C’est Nabum 21 mars 18:08

                    @Armand Griffard de la Sourdière

                    Merci

                    Le cinéma de Beaumont sur Oise


                  • velosolex velosolex 21 mars 19:17

                    Là franchement, ça me laisse ahuri !

                    On peut tuer de différentes façons, y compris en disant « je l’ai pas fait exprès ».

                    Ceux qui jouent avec le feu, en allant voir « le facteur sonne toujours deux fois » en ces temps de oonfinement, ne seront eux, même pas mis en face de leur responsabilité coupable ! « 

                    Une soirée de ce type, ça peut être » le crime parfait« . Aucun indice. Au niveau statistique en tout cas c’est évidemment coupable !

                    Comme le type l’été qui se promène, et rentrant à la maison plus tard, se désole de l’irresponsabilité des autres, en voyant des canadairs tourner sur la forêt qu’il a précisément traversé l’après midi, oubliant qu’il a jeté sa cigarette !

                    Pour mémoire, le nombre de morts est doublé tous les trois jours. A cause de »Dupont Lajoie" qui ne supportent pas le confinement, et qui croient rentrer dans la résistance en faisant dans la collaboration avec le virus

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