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Le Grand Retournement

 

Ils arrivent sur l'eau.

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Las des critiques incessantes qui fustigent l'arrivée des bateaux par la route pour le Festival de Loire, les mariniers de l'aval ont suivi l'exemple de quelques précurseurs, pour à leur tour, joindre la fête par le chemin de l'eau. Ils viennent de la rivière Cher et de la Loire à partir de Tours pour une grande procession qui permet aux associations présentes le long de leur parcours de rejoindre le beau convoi.

L'esprit de la marine de Loire a ainsi retrouvé tout son sens en dépit d'un niveau d'eau qui limite l'aventure aux petites unités : futreaux et toues. L'armada affronte ainsi les difficultés d'une navigation durant l'étiage, folie que n'auraient pas tenté leurs glorieux anciens. Ils suivent pour réaliser ce prodige le maître es-Loire, un certain Bibi de Cuffy, irréductible navigateur par toutes les conditions.

Cette flottille à la différence de bien des rassemblements mariniers est formidablement hétéroclite, comme si un vent nouveau soufflait sur l'activité. Des plus jeunes, des femmes en plus grand nombre ont rejoint les rangs des vieux loups de rivière historiques qui jusqu'alors, avaient constitué le gros de la troupe. C'est fort agréable car il y a dans le même temps, chez les plus jeunes la volonté de conserver la mémoire de ceux qui les ont précédé en constituant un carnet de bord à travers photographies, enregistrements et dessins à l’initiative de la Fondation du Val de Loire.

Des animations ponctuent les étapes, auxquelles naturellement j'ai apporté ma part en compagnie de l'incontournable Jacques, un des pionniers du renouveau en compagnie de tant d'autres dont certains, hélas, ne sont plus des nôtres. C'est sans doute l'esprit de l'école de Loire de Rochecorbon, me semble-t-il qui a impulsé ce rajeunissement salutaire tout autant qu'indispensable afin que perdure ce mouvement de fond.

Puisqu'il faut citer des noms pour honorer les maîtres d'œuvre, évoquant le travail remarquable d'un ancien : Gilles associé à un nouveau Clément, l'un vieux de la vieille issu des bateliers du Cher flanqué de sa troupe inoxydable, toujours prompte à la facétie, l'autre tête de proue de la nouvelle vague, plus orienté vers la dimension artistique et festive tout en offrant une large part à la voile. Un mariage qui aurait pu relever de la carpe et du lapin, même s'il est interdit de prononcer le nom de l'aimable rongeur.

N'empêche que c'est cet assemblage improbable qui fonctionne au-delà des inévitables frictions qui peuvent apparaître ici ou là durant une remontée qui n'est pas sans chausse-trappes, difficultés, incidents et même drame (un blessé grave est à déplorer malheureusement). Le pari pour insensé qu'il fut va être réalisé et a donné lieu à des moments inoubliables. Loin de moi l'intention de dévoiler les instants vécus au cœur de l'aventure, ils appartiennent aux seuls acteurs de cette navigation au long cours, ce sont les escales qui méritent d'être évoquées parce qu'elles apportent sur le parcours une part de l'esprit du Festival de Loire.

L'arrivée des embarcations à elle seule rassemble les riverains, leur permet de s'extasier devant un spectacle qui ne rend qu'une infime partie de ce que fut, jadis, la marine de Loire à son apogée. C'est alors l'occasion d'expliquer, de raconter, de chanter la grande saga des seigneurs sur l'eau. Les petites villes étapes l'ont compris, elles qui ont fait formidable accueil aux équipages tout en goûtant à leurs animations. Les grandes métropoles ont sans doute des ambitions supérieures pour leurs concitoyens.

Si vous avez l'occasion de venir admirer ce convoi sur l'eau, j'espère que vous aurez le bonheur de pouvoir partager le spectacle qui fut donné d'admirer entre Chaumont-sur-Loire et Blois quand le vent de Galarne s'est mis de la partie, permettant aux dix sept bateaux de remonter sous voile. C'était d'une beauté à vous couper le souffle, sous un ciel de Loire comme cette région a le privilège de profiter.

Nous qui étions sur les embarcations, nous en avions la gorge serrée, tant nous avions le sentiment de revivre une page d'histoire, de remonter non seulement la rivière mais plus encore l'histoire. Nous nous extasions de cette vision incroyable, de ces voiles gonflées, les unes derrière les autres dans un décor féerique, enchâssées dans un écrin de verdure.

J'eusse aimé raconter cela lors du Festival de Loire mais le directeur artistique de la fête a jugé qu'un conteur ne produit pas un spectacle digne d'une telle animation populaire. Je n'aurai qu'une seule occasion de raconter cela sur scène flanqué de mon ami chanteur, passage obtenu grâce à la bienveillance des élus de la cité. Il en est ainsi, remonter le temps n'est certes pas ce qui se fait de plus moderne pour ces gens qui aiment à suivre les grandes tendances. Heureusement qu'il en est d'autres comme les acteurs du Grand Retournement qui donnent corps à leurs rêves. Merci à eux et honte à ce pauvre promoteur irrespectueux de la tradition.

Retournement leur.

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8 réactions à cet article    


  • juluch juluch 28 septembre 21:32

    le transport fluvial a bien décliné, mais les traditions restent....


    • C'est Nabum C’est Nabum 28 septembre 21:51

      @juluch

      ce n’est que du loisir


    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 29 septembre 07:30

      Nous avons perçu le sous entendu. Un milliard d’Africains, bientôt, 2 milliards. Les enfants sont un don de Dieux. Même quand on n’a plus que la peau sur les « EAUX »..


      • C'est Nabum C’est Nabum 29 septembre 07:40

        @Mélusine ou la Robe de Saphir.

        Oh !



        • C'est Nabum C’est Nabum 29 septembre 07:40

          @Mélusine ou la Robe de Saphir.

          J’en ai une peur bleue


        • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 29 septembre 08:16

          Je n’hésite pas à le dire. Qui sont les responsables de la surpopulation mondiale et du dérèglement climatique : les staliniens et les communistes maoïstes. Lire virus 34.


          • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 29 septembre 08:33

            Je fus un temps communiste. Mea culpa...

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