• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Le registre tragique...

Le registre tragique...

JPEG

Le registre tragique est, à l'origine, propre à la tragédie grecque : ce genre littéraire est né dans la Grèce antique au cinquième siècle avant J. C., avec des auteurs célèbres : Eschyle, Sophocle, Euripide...

 

La tragédie a connu aussi un grand succès en France, au 17 ème siècle : Racine, Corneille se sont illustrés dans ce genre théâtral.

 

Mais on peut également trouver ce registre tragique dans le roman, la nouvelle, la poésie.

 

Quelles en sont les caractéristiques ?

Souvent, le niveau de langue utilisé est soutenu et noble car la tragédie met en scène des rois, des princes... périphrases, métaphores contribuent à donner un ton solennel au texte.

 

Mais le style peut être aussi familier ou courant, dans un roman, par exemple.

Dans un texte de prose, l'auteur peut utiliser des phrases ou des membres de phrases comportant 12 syllabes qui font songer à des alexandrins, les vers employés dans la tragédie classique. C'est ce que l'on nomme "des vers blancs".

Des exclamations, des interrogations, des apostrophes, des invocations, des implorations viennent souligner le désarroi, la souffrance, l'émotion...

Des jeux d'opposition, des antithèses, des parallélismes, des hyperboles, des chiasmes accentuent le déchirement du héros confronté à des décisions ou à des choix contradictoires, obligé de résoudre des dilemmes.

 

Les thèmes associés au tragique sont le mal, la fatalité, la mort...

Le héros tragique est victime d'une puissance qui le dépasse : un destin inéluctable, une fatalité qui pèse sur lui, c'est ce qu'on appelle aussi d'un terme latin, le "fatum".

 

Ce destin peut être représenté par des forces surnaturelles : des dieux, une hérédité ou une malédiction familiale, ou des passions irrépressibles, ou par un autre personnage qui symbolise le tragique.

Le héros subit souvent des passions dévastatrices, comme l'amour, la jalousie, il est exposé à la mort.

Quel est l'effet produit ?

Selon la définition d'Aristote, le tragique doit susciter "la terreur et la pitié."

Il peut provoquer aussi l'admiration à l'égard du héros qui est mis en scène.

 

 Phèdre est l'héroïne tragique, par excellence : soumise à la fatalité, à une lourde hérédité, à une malédiction divine, elle éprouve une passion irrépressible, un amour interdit pour son beau fils Hippolyte.

On connaît ce vers célèbre de la pièce de Racine "C'est Vénus toute entière à sa proie attachée..." : la déesse de l'amour poursuit Phèdre de sa haine, car elle est la "brillante", la petite fille du dieu Soleil qui avait dévoilé les amours coupables de Vénus et d'Arès. (En grec ancien "Φαίδρα / Phaídra", signifie "Brillante".) 

Phèdre est ainsi soumise à une malédiction qui la dépasse et qui pèse sur elle et toute sa famille.

 

Un extrait de Phèdre...

Phèdre, Racine
Acte I, scène 3, L’aveu de Phèdre 

Phèdre
 Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;

 Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.
Par des vœux assidus je crus les détourner :
 Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
D’un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
 Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer.
J’offrais tout à ce dieu, que je n’osais nommer.
Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
J’excitai mon courage à le persécuter.
Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
Je pressai son exil, et mes cris éternels
L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.
Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
 De son fatal hymen je cultivais les fruits.
Vaines précautions ! Cruelle destinée !
Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
J’ai revu l’Ennemi que j’avais éloigné :
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.
Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C’est Vénus toute entière à sa proie attachée.
 

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2017/11/le-registre-tragique.html

 

JPEG


Moyenne des avis sur cet article :  1.67/5   (6 votes)




Réagissez à l'article

24 réactions à cet article    


  • Clark Kent Clark Kent 16 septembre 17:11

    La tragédie, c’est quand on se coupe un doigt, qu’on saigne et qu’on appelle le SAMU.

    La comédie c’est quand on tombe dans une bouche d’égout et qu’on meurt.

    Deux façons d’aborder la vanité de l’existence en lui donnant de la consistance.


    • rosemar rosemar 16 septembre 17:26

      @Clark Kent

      Ah non ! La comédie finit bien, ou alors c’est le méchant qui est puni et tombe dans une bouche d’égout...


    • Lynwec 16 septembre 18:54

      @rosemar

      C’est variable, vous avez aussi la comédie douce-amère
      https://www.lepoint.fr/culture/douce-amere-une-comedie-veneneuse-de-jean-poiret-ressuscitee-par-michel-fau-30-01-2018-2190689_3.php
      ...et la tragi-comédie...
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Tragi-com%C3%A9die
      avec Le Cid de Corneille
      et enfin, la comédie d’humour à la française ( mais pas qu’elle ) avec les plus récentes, bêtes à pleurer, souvent...
      https://www.senscritique.com/liste/Les_pires_comedies_francaises_jamais_torc hees_commente/1025527


    • rosemar rosemar 16 septembre 19:02

      @Lynwec

      Certaines dénominations peuvent prêter à confusion : ainsi la tragi-comédie n’est pas vraiment comique... 


    • Clark Kent Clark Kent 16 septembre 19:52

      @rosemar

      la comédie non plus
      il ne faut pas non plus confondre tragique et dramatique
      la comédie peut être un drame (action, pathétique) sans être drôle ni tragique
      par contre, on trouve rarement de l’humour ou des gags dans une tragédie, tout au plus des calembours (« Et le désir s’accroit quand l’effet se recule »  Polyeucte) ou des contrepèteries perceptibles par les seuls initiés (« Et mon intérêt seul est le but où tu cours »  Esther)


    • rosemar rosemar 16 septembre 21:33

      @Clark Kent

      On s’amuse bien là !


    • rosemar rosemar 16 septembre 21:35

      @Clark Kent

      Toute pièce de théâtre est une oeuvre dramatique, car elle comporte une action (en grec drama).


    • Lynwec 16 septembre 18:45

      Copie de Phèdre à envoyer en urgence au prétentieux maltraité à l’adolescence qui ne trouve aucune culture en France...( Bon, il ne trouve pas non plus d’électricité dans le pays qui en produisait le plus en Europe avant sa survenue-déconvenue...)


      • pasglop 16 septembre 18:51

        Alors, par exemple, une oeuvre cinématographique comme « Mon curé chez les nudistes », c’est une tragédie ou une comédie ?


        • Clark Kent Clark Kent 16 septembre 19:00

          @pasglop

          C’est un mélodrame, alors que "Mais où est donc passée la septième compagnie ?", c’est une épopée. Il ne faut pas mélanger les genres !


        • rosemar rosemar 16 septembre 19:04

          @pasglop

          Très drôle ! D’après le titre, c’est une comédie...


        • Lynwec 16 septembre 19:16

          @pasglop

          Pour la culture française, une tragédie, de toute évidence... Même sans la diplomatie française des dix dernières années, ça suffisait à nous ridiculiser sur toute la planète...


        • Seth 16 septembre 19:10

          Les Perses d’Eschyle mis en scène pour la télé dans les années 60. Tragédie grecque adaptée plus « acceptable » de nos jours que les codes de représentation de la Tragédie en Grèce antique.

          Ca vaut le détour. Quant à la qualité des acteurs, n’en parlons pas.

          https://www.youtube.com/watch?v=UEm0b7vUDJc

          Une précision : la Tragédie n’était pas un divertissante mais de nature religieuse, à l’mage des Mystères médiévaux ou du Tazieh en Iran.


          • Clark Kent Clark Kent 16 septembre 19:34

            @Seth

            la comédie aussi
            il ne faut pas la confondre avec la farce


          • rosemar rosemar 16 septembre 19:56

            @Seth

            MERCI pour le lien !


          • Seth 16 septembre 20:09

            @Clark Kent

            A l’origine, on représentait 3 tragédies et une satire en continuité. Il y avait un autel de Dionysos à l’avant de l’orchestra du théâtre.
            Un peu long comme spectacle peut être...

            La farce n’est pas contemporaine de la Tragédie me semble-t-il...


          • rosemar rosemar 16 septembre 21:24

            @Clark Kent

            La farce, c’est du gros comique lourd...




          • Gégène Gégène 16 septembre 20:09

            les articles rosemar, c’est tragique ou comique ?


            • phan 17 septembre 12:45

              @Gégène
              C’est drame à tics ...


            • Lynwec 17 septembre 13:52

              @phan

              Très juste et d’ailleurs, sur notre Charles de Gaulle national (quand il arrive à naviguer) en lisant les articles de rosemar, les mousses tiquent...


            • phan 17 septembre 17:12

              @Lynwec
              Son blogcomics est comme le paracétamol en stick qui peut rapidement devenir problématique ...


            • mmbbb 17 septembre 10:15

              Là vous êtes dans votre jus , restez y , et evitez de nous chier des articles à la KON , copié colle de BFM TV sur Poutine .

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès



Publicité