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Accueil du site > Culture & Loisirs > Une mantille noire était jetée sur sa tête...

Une mantille noire était jetée sur sa tête...

 

"Après avoir erré longtemps, sans pouvoir retrouver sa route, Aben-Hamet entendit une porte s'ouvrir. Il vit sortir une jeune femme vêtue à peu près comme un de ces reines gothiques sculptées sur les monuments de nos anciennes abbayes. Son corset noir, garni de jais, serrait sa taille élégante... une mantille également noire était jetée sur sa tête : elle tenait, avec sa main gauche, cette mantille croisée et fermée comme une guimpe au dessous de son menton, si bien que l'on n'apercevait, de tout son visage, que ses grands yeux et sa bouche rose..."

 

C'est ainsi que Chateaubriand décrit une de ses héroïnes, Blanca, à travers le regard d'Aben-Hamet, dans la nouvelle intitulée Le dernier Abencerage.

Le récit se déroule à Grenade, au 16 ème siècle, il relate les aventures d'un survivant de la famille Abencerage, une tribu maure...

Ce personnage s'appelle Aben-Hamet : il revient sur la terre de ses ancêtres et s'éprend de Blanca, une chrétienne descendante de Rodrigue et Chimène.

Dans cette scène de rencontre amoureuse, le héros est sensible à la beauté de la jeune femme, mise en valeur par une mantille...

Une mantille ! Le mot, en lui-même, résonne d'éclats : il évoque l'Espagne, Grenade, l'Andalousie, la Castille, l'Estramadure, des noms aux sonorités mystérieuses, exotiques et lointaines.

On entend, aussi, des airs de fandangos et séguédilles, des cliquetis de castagnettes, des guitares, des musiques entraînantes.

La mantille déroule ses dentelles sombres, elle nous fait découvrir des douceurs de tissus soyeux, des entrelacs pleins de finesse...

La mantille qui sert à voiler la tête, les épaules des espagnoles crée un mystère, elle cache, elle dissimule, tout en révélant la beauté.

Le mot "mantille" nous émeut, par ses échos de labiale, dentale et palatale finale, des consonnes emplies de douceur et d'éclats.

La voyelle nasalisée "an" suggère la légèreté, la souplesse du tissu, des évanescences de dentelles. Elle semble mimer l'élégance de ce foulard qui sert à envelopper le haut du corps.

La mantille forme des résilles, sur les longs cheveux bruns des espagnoles, parure subtile et pleine d'attraits.

Le mot semble avoir des origines lointaines, et doit être rattaché au nom "manteau", en latin "mantellus", avec un suffixe à valeur de diminutif.

"Petite couverture", la mantille cache, à peine, les cheveux qu'elle laisse entrevoir.

Parfois vaporeuse, elle s'épanouit dans des envolées de tulles, de mousselines et de dentelles.

On entrevoit des motifs légers, aériens, des transparences : la mantille sublime la beauté des espagnoles.

Un mot plein de charmes, d'élégance,de poésie, un mot qui fait rêver à des danses virevoltantes, à des parures légères et somptueuses !

Dans l'extrait de l'oeuvre de Chateaubriand, on perçoit toute la séduction de cette parure, associée à un geste de la jeune femme.

Comparée à une "guimpe", mot plein d'étrangeté, la mantille devient un véritable objet de séduction.

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2015/10/une-mantille-noire-etait-jetee-sur-sa-tete.html

 

Le dernier Abencerage, le texte de Chateaubriand :

https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Dernier_Abencerage

 

http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/chateaubriand-francois-rene-de/les-aventures-du-dernier-abencerage,744499.aspx

 

Vidéo :

 

Illustration : un tableau de Goya


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14 réactions à cet article    


  • phan 20 août 16:38
    Le coup de Blanca grisait et sa muse aime les beaux châteaux brillants !

    • rosemar rosemar 20 août 18:27

      @phan

      L’amour a inspiré aussi de belles chansons...


    • rosemar rosemar 20 août 18:28

      @phan

      MERCI


    • phan 20 août 20:14

      @rosemar

      Un mehicain entre dans une église avec un sombrero et ne le quitte pas. Les fidèles lui disent sur son passage :
      ‘El sombrero !’
      ‘Pssst…El sombrero !’ Le mehicain remonte ainsi toute l’allée centrale, jusqu’à l’autel et tout au long du parcours les gens l’interpellent :
      ‘El sombrero !’
      ‘El sombrero !’ Arrivé à l’autel, le mehicain se retourne vers la salle, prend sa guitare et déclare :
      ‘A la demande générale, je vais vous interpréter « El Sombrero »’

    • phan 20 août 20:39

      @phan

      Marcel Amont « Le Mexicain » 

    • rosemar rosemar 20 août 21:05

      @phan

      Eh oui, un classique !


    • covadonga*722 covadonga*722 20 août 19:18

      La solea

      VESTIDA con mantos negros.
      piensa que el mundo es chiquito
      y el corazón es inmenso.
      Vestida con mantos negros
      Piensa que el suspiro tierno
      y el grito, desaparecen
      en la corriente del viento.
      Vestida con mantos negros
      Se dejó el balcón abierto
      y al alba por el balcón
      desembocó todo el cielo.
      ¡Ay ayayayay,
      que vestida con mantos negros !

      FGL


      • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 20 août 19:30

        @covadonga*722
        Soldat Cova,
        Ne suis pas très porté sur l’hispanisme, encore moins les mantilles, fussent-elle noires.
        Leur préfère de loin cette version fantasmée fantasmagorique ? d’Antoinette et de toutes les autres fées , piquouze ou non.
        La route, on connait.
        Le bout de la route, on devine.
        Entre les deux, il y a le blues.
        Encore un petit cadeau, pour la route, de ce bon Snowy White.

        https://www.youtube.com/watch?v=Ntf0IVsQNGQ

        Epicétou.


      • covadonga*722 covadonga*722 20 août 22:09

        née dans les îles ma fée piquouze est bien moins blonde 

        que votre vestale du blues fort gironde.

        Pour le rêve me conviendrais votre naïade des bayous 

         Pour mon front fiévreux la main d’Antoinette rien de plus doux .

        pour vous sont ces mirlitons amigo ,

        déjà le patch rosit mon monde , j’y go !

        asinus 


        • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 21 août 14:27

          @covadonga*722
          Yep, qu’elles viennent des iles caramel ou qu’elles soient blondasses de l’Ohio, ce sont, à l’heure ( et à leur) manière, des oiseaux de paradis.
          Comme chante de mec Snowy ( ça s’écoute jusqu’au bout, merci, on n’est pas chez radio Brahms ici...).

          https://www.youtube.com/watch?v=89fda2Vyy_Q


        • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 21 août 14:48

          @Sandro Ferretti

          Salut . Joli jeu sur la Gibson , simple et aere . Il me fait penser à Knopfler sur ses albums solo.


        • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 21 août 15:36

          @Aita Pea Pea
          Oui, il me parait clair ( et le plus objectivement possible) que Snowy White et Mark Knopfler sont les deux plus grands guitaristes vivants.
          Surtout quand on a écouté ça ( jusqu’au bout si possible, c’est toujours mieux pour en parler après...) :

          https://www.youtube.com/watch?v=JmwR3aAzHAo

          Mais j’en connais au moins un, prétendument guitariste, exilé dans le grand ouest, qui prétend que non, il « n’accroche pas ».
          Un malentendant, sans doute.
          Ca se soigne.


        • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 21 août 19:30

          @Sandro Ferretti

          La guitare étant tellement polymorphe...difficile à faire un classement . Là il s’agit d’un jeu au doigt main droite sur electrique qui fait partir...Sailing to Philadelphia...


        • Agafia Agafia 22 août 14:44

           la mantille cache, à peine, les cheveux qu’elle laisse entrevoir.

          Ce n’est pas un peu contradictoire ?... Quand on ne peut que entrevoir quelque chose, c’est que la chose est pas mal cachée, non ?

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