• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > 10 voix pour se réconcilier avec les femmes..

10 voix pour se réconcilier avec les femmes..

Quand j’étais gosse, les femmes insupportables étaient des dragons acariâtres en robes à fleurs, charentaises et mi-bas apparents, qui attendaient le soir derrière la porte avec un rouleau à pâtisserie un mari en retard, ou un fils ainé ayant encore des marques de rouge à lèvres là où ça ne se fait pas. Le tout mâtiné de la phrase qui tue : « c’est à c’t heure-ci que tu rentres ? ». Les vieilles casse- noisettes (non, rien à voir avec l’opéra) qui ouvraient les fenêtres en plein cagnard dès 7.00 du matin, parce que ce qui peut très bien se faire à 10.00 après une bonne nuit de sommeil et deux double-expressii ne pouvait, dans leur esprit, que se faire dès potron-minet. Histoire de faire ch…

Mais « the times are changing », chantait ce vieux Bob (Dylan). Aujourd’hui, les femmes insupportables descendent de leur Austin Mini Countyman pour la planter comme une bouse en double-file, montrent l’index à ceux qui klaxonnent, marmonnent des phrases sibyllines dans leur smartphone (pire encore, dans leur portable tenu à l’horizontale sous le menton avec un volet à clapet…comme celui qu’elles n’arrivent pas à fermer pour de bon..).

Ouais, les insupportables qui, entre deux procès fait à un ex. 18 ans après (à présent que le mec est -un peu- riche et célèbre, tant qu’à faire.. ) saoulent les premières classe des TGV avec leurs histoires de masterplan, de scalabilité de la base, et le fait que « vous pouvez-dire adieu à vos bonus, bande de nazes, si le problème n’est pas réglé avant le passage de l’audit d’implementation »(sic). Après, elles se calment un peu, mettent leur vibro en vitesse 2 et laissent le wagon en paix jusqu’à la prochaine gare…

Mais il faut se montrer magnanime et savoir dépasser ce constat amer.

Les femmes (enfin pas toutes, celles qui en ont le talent et la grâce, ce qui n’est pas donné à tout le monde, œuf corse) restent un formidable déclencheur d’émotions (non, je ne parle pas de celles-là). Une voix, des voix, des émotions, des clins d’œil à l’élégance, des messages cryptés qui parlent à la mémoire reptilienne, à des gens partis mais en quelque sorte toujours là. Un truc à nous réconcilier avec – certaines- d’entre elles.

Arbitrairement et par nécessité, je les ai limité à 10.

C’est évidemment trempé dans la subjectivité la plus totale (car quand on parle de musique et de femmes, par définition l’objectivité recule, comme l’horizon pour le marcheur à mesure qu’il avance.)

JPEG

 

  1. Beth HART

Peu de chose à en dire, sinon la voir et l’écouter. La lionne fulgurante, à fleur de peau et de talent, les griffes jamais bien loin, la féline des savanes musicales, un body language qui sèche au foie comme un uppercut du droit, un moteur de F1 qui monte haut dans les tours mais sait aussi descendre bas dans les graves. Celle qui incarne toute la gamme des phantasmes, celle qui revient de loin : des 49 kgs de son époque junkie et de la perte de sa sœur qui, elle, n’en est pas revenue (à écouter absolument : « sister héroïne », dédiée à sa sœur, mais ici je n’ai pas la place). Tard dans la nuit, si « sister insomnie » vient vous visiter, c’est comme par hasard elle qui arrivera, vous verrez – et pas d’autres, pourquoi donc, d’après vous ???-)

 

  1. Clare MAGUIRE

Grande voix européenne ( classée 5 eme voix d’Europe par la BBC en 2015) , elle est surtout connue pour ses performances vocales et sa façon unique « d’envoyer la purée ». Ceux qui me lisent ici savent que je l’ai un peu connue, et peuvent lire ici un article que je lui avais consacré sur Agoravox : https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/clare-maguire-la-fille-qui-fait-219128

Pourtant, et parce que c’est aussi le don de Clare, j’ai choisi une chanson intimiste, toute en nuances de tons, en labiales avec la langue posée sur le palais lors du passage des « d », sur une superbe reprise d’un titre d’ Antony & the Johnsons ( le groupe au leader transgenre Anohni Hegarty, qui est vraiment un laboratoire expérimental de sons et de chants). Le choix du morceau d’origine est déjà pertinent ( « Hope there will be someone »), mais Clare Maguire fait de ce titre -déjà sombre- un bijou de sobriété qui vire au cours de chant, et qui se marrie si bien avec la noirceur discrète mais insondable que cette femme trimballe en elle.

Un must :

 

  1. Janis JOPLIN

Tout a été dit sur « la négresse blanche », son talent pur comme le diamant, gâché par la came et les excès (ce morceau est extrait du concert de Toronto qui fut son dernier). Le cœur, au propre comme au figuré, ne peut pas tenir longtemps à ce rythme. « On l’enterra de mémoire », comme disait Léo Ferré. Indépassable. Hors concurrence. Un génie de l’improvisation. Un pied de nez aux pimprenelles tâcheronnes appliquées des studios qui doivent faire 7 prises pour que « ça puisse être mis dans la boite ».Une illumination d’adolescence, sur le pick up rouge à 33t de mes 17 ans.

 

  1. Hope SANDOVAL ( Mazzy star)

L’école du minimalisme, la fille la plus sexy sans qu’elle ne bouge un cil ni ne montre rien. Un truc hors du temps, une grande prêtresse de l’émotion ravalée comme un sanglot. Un clin d’œil au passage à son compagnon guitariste David Roback, co-fondateur de Mazzy Star, parti victime du crabe en 2020.

 

  1. Elisa TOFFOLI

Elle incarne la résilience et le fait qu’on peut se bonifier avec les années, (ce qui, quoi qu’on dise, est hélas surtout vrai pour le vin.)

Elle fut dans une autre vie chanteuse d’un groupe de hard rock italien, avec les cheveux bleus, les anneaux dans le nez et les boucles d’oreille partout (pas que sur les oreilles). Et c’est la même qui, à 43 ans, avec son mari à la guitare derrière, est capable d’envoyer de cette façon un « Hallelujah » qui, comme chacun le sait, est aussi casse-gueule que le verglas un petit matin de janvier quand on se dépêche parce qu’on est déjà en retard..

Elle démarre prudemment, tourne autour, apprivoise le truc, mais à partir de 3.50, elle lâche les chevaux et « ça le fait », les pointillés défilent sur l’autoroute.

 

  1. Agnès OBEL

Rigueur et classicisme germanique, une chanteuse et pianiste qui me fait penser depuis le début à une danseuse classique. Beaucoup de travail pour un résultat pur et d’apparence simple, qui fait que les cons (connes) pourraient se dire « quand je suis en forme et bien lancé(e), j’en fais autant.. » (Tu parles, Charles…)

 

  1. Michelle GUREVICH

Une authentique citoyenne du monde. Origine russe, nationalité canadienne, des relents orientaux. Une icone du « Nichevo », la voix grave sur les choses légères.

Une vraie originalité.

« Elle fout le traczir » avec sa voix de travelo, comme diraient les tontons flingueurs des années 70…

 

  1. Lucie SILVAS

Encore une cosmopolite (mi britannique, mi néo-zélandaise) : elle est belle, elle chante bien, elle a bon gout ( reprendre « nothing else matters  » du groupe Metallica, faut quand même être « couillue ».)

NDLR : bon, pour ceux qui font des bonds devant le blasphème et sont inconsolables, ci-après l’original de Metallica avec cette intro mémorable à la guitare (les 2 premières minutes seulement, la suite est plus banale).

Mais chut, j’avais dit qu’il n’y aurait que des filles dans cet article….

 

  1. Dani ( et Emilie Marsh)

Evidement que Dani n’est pas dans le top-ten des grandes voix sur des critères purement techniques de performance. Mais j’aime son élégance surannée, cette grâce fatiguée de tant de nuits passées dans les canapés et les caves enfumées de chez Castel ou de la rue Pierre Charron. Dany est une borne, un cliché argentique d’une époque. Et puis Gainsbourg reste Gainsbarre, vaut mieux entendre un texte comme ça qu’un couplet de Zaz ou de Louane, non ?... Et puis surtout (ceux qui me connaissent un peu avaient déjà compris dès le début) la belle Emilie Marsh est très probablement, avec Edith Fambuena, la meilleure guitariste française en activité.

 

 10 . Lizzy Ling

Celle qui fut l’égérie des japonais pendant des années (bien qu’inconnue en France) trimballe son talent discret, authentique et appliqué. Elle fait ses clips (presque) toute seule, monte des spectacles chantés (« le son des métiers », etc), a mis un tigre dans son bungalow, prend le métro comme d’autres prennent un Nespresso…( clin d’œil à ses clips à voir sur Youtube).

Elle est d’une modestie tranquille et d’un talent bien assis.

Et puis c’est la femme d’un ami.

Et la femme d’un ami, c’est sacré. Alors, si en plus elle chante bien et qu’elle roule en cabrio Thunderbird…

 


Moyenne des avis sur cet article :  2.52/5   (23 votes)




Réagissez à l'article

93 réactions à cet article    

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès



Publicité