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Par curiosité je suis allé voir le dernier film de Michael Bay (aussi parce que le film a été un échec commercial). A vrai dire je suis surtout allé voir ça parce que c’est basé sur une « histoire réelle » concernant notamment la mort de l’ambassadeur étasunien en Libye quelques-temps après « la libération » de la Libye par l’OTAN et associés. « Libération » qui comme en Iraq c’est terminé en chaos innommable. Soyons clairs, Michael Bay (1) n’est pas mon metteur en scène favori ce serait même le contraire. Ce spécialiste des explosions et de blockbusters formatés pour marcher face à des gens qui ont mis leur cerveau en mode veille, n’est pas le genre à me plaire. Peu de films de sa filmographie ont suscité un intérêt de ma part. Mais je dois avouer que pour ce film là, le résultat est mieux que ce que j’espérais même si ce n’est pas un chef d’œuvre (Mais Bay est-il capable d'en réaliser ?). Autre point intéressant, le film est même accusé d’être orienté politiquement Bay étant considéré comme républicain…

Le film en fait se concentre sur l’histoire de 6 soldats d’élite dont la mission était de protéger une station de la CIA dans ce « paradis terrestre » qu’était Bengazi. Dès le début du film le metteur en scène se concentre sur le bordel qu’est devenue cette ville d’où est partie la « rébellion » libyenne qui se soldera par la mort atroce du guide libyen Kadhafi. Un chaos qui montre bien l’absence d’état et l’omniprésence des milices. Là on apprend que les étasuniens ont pactisé avec une des nombreuses milices à savoir celle du 17 février. Celle aussi est notamment chargée de contribuer à la protection de la fameuse station de la CIA. Les 6 « mercenaires » qui sont vraisemblablement des soldats aguerris ont maille à partir avec le chef de la station CIA qui ressemble à un gros con et à un bureaucrate. On se rend compte rapidement que les mercenaires et les gars de la CIA ne parlent pas le même langage. Et les choses vont s’aggraver quand l’ambassadeur étasunien va venir s’installer dans une mission diplomatique à Bengazi. Une mission diplomatique très mal protégée et dont il est clair qu’elle ne peut résister à une attaque sérieuse de miliciens incontrôlables. Et cela ne va pas tarder ils vont subir le 11 septembre 2012 une nuit d’enfer dans laquelle la résidence de l’ambassadeur va être attaquée par des hordes sauvages probablement issues des nombreuses milices qui ont contribué à la chute de Kadhafi (étrange ironie du sort ?). La fameuse milice du 17 février va montrer son inefficacité voire sa complicité avec les assaillants. Ainsi l’ambassadeur et certains employés se feront tuer. Les mercenaires et les survivants vont se replier vers la station de la CIA qui va subir de violents assauts sans que les militaires étasuniens dans des pays assez proches n’interviennent vraiment. On apprendra que les étasuniens auraient eu besoin de l’autorisation de « l’état libyen » pour apporter un soutien aérien aux assiégés ! Il est clair donc que ce film soulève des questions troublantes quant au manque de volonté des militaires étasuniens notamment de l’Africom d’aller sauver leurs compatriotes. Ils ne devront leur salut qu’à l’aide tardive mais salvatrice d’un groupe qui est sans doute issu de l’embryon d’armée libyenne qui existe dans cet état en faillite. Grâce à cette intervention ils pourront évacuer et récupérer le corps notamment de l’ambassadeur étasunien.

Le metteur en scène s’est concentré sur certains personnages notamment les mercenaires essayant notamment de les dépeindre comme des êtres humains ce qui est assez bien fait. On les voit notamment discuter avec leurs familles, exprimer leurs doutes et se comporter comme des « frères d’armes » dans la nuit infernale qu’ils vont subir. On apprendra notamment à la fin du film que tous ces gars ont démissionné et vivent avec leurs familles « bien au chaud » aux USA. Une des scènes m’a « plu », celle où l’on voit un des mercenaires piquer un roupillon pendant que l’ambassadeur étasunien parle d’apporter la démocratie, la liberté et autres en Libye. Se faisant reprendre par le chef de la station de la CIA, il lui répondra qu’il a déjà entendu ce « blabla » plusieurs fois… Il faut dire que les acteurs sans être forcément flamboyants jouent plutôt juste et cela contribue à donner au film un aspect réaliste. Car s’il y a bien quelque chose qui est réussi dans le film c’est son aspect plutôt réaliste notamment dans les scènes de combat. Mais Michael Bay est un très bon technicien donc à ce niveau là aucune surprise. Et pour une fois dans un de ses films la caméra ne bouge pas dans tous les sens et donc les scènes sont assez lisibles. Le rythme du film aussi est assez bon et même si l’on s’ennuie un peu au début, ça va. Il y a des scènes intéressantes notamment quand on montre les mercenaires qui jouent ici le rôle de gardes du corps faire leur travail. Michael Bay montre aussi bien le manque de compréhension qu’il y a entre des bureaucrates et des soldats de métier. Peut-être une petite pique envers les gens de la CIA qu’il n’a pas l’air d’apprécier par ailleurs. Il semble par contre avoir une certaine affection pour les hommes de terrain et cela se ressent fortement dans ce film. Il a donc un parti pris flagrant montrant notamment les gens de la CIA comme des abrutis vivant dans leur bulle et ne comprenant rien à certaines réalités contrairement aux soldats qui eux sont réalistes et pragmatiques. Il montre aussi assez bien le chaos qu’est devenu la Libye avec le grand nombre de milices qui polluent la vie du pays. Etant donné que le film montre le point de vue des étasuniens on en sait en fait très peu sur les assaillants mais cela on pouvait s’y attendre donc cela ne me pose aucun problème. 

Au final je pense que c’est un film qui tient la route et dont la réalisation colle parfaitement à l’histoire. Le metteur en scène a pris un certain parti pris mais n’ayant pas lu le livre dont est tiré le film je ne sais pas si ce parti pris est celui de l’auteur du livre ou si Bay a pris certaines libertés. Mais on peut reconnaître que ce réalisateur « surexcité » pour une fois a fait un film « humain » ce qui s'est soldé par un échec commercial "prévisible". Les « guerriers » sont avant tout des humains et les libyens ne sont pas tous des salauds. Mais ce film je le pense soulève de manière implicite la question de savoir ce que foutait là cette station de la CIA. Mais aussi pourquoi un ambassadeur étasunien était aussi peu protégé ? Pourquoi aussi le soutien aérien n’est pas venu ? Selon le film donc quelque chose de pas « très clair » s’est passé là. Michael qui serait républicain a peut-être sans doute profité pour critiquer les démocrates dont Hilary Clinton (2) dont on dit qu’il ne les apprécie pas ! Quoi il en soit cela semble être du pain béni pour Trump (3) et les républicains. Mais en politique c’est connu tous les coups sont permis…

  1. http://cineday.orange.fr/actu-cine/michael-bay-un-realisateur-eclectique-CNT000000miDAH.html et http://www.lepoint.fr/pop-culture/cinema/13-hours-dans-la-peau-de-michael-bay-29-03-2016-2028591_2923.php
  2. http://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/021637650172-13-hours-le-film-qui-accuse-sans-la-nommer-hillary-clinton-1194171.php
  3. http://www.lopinion.fr/edition/international/michael-bay-donne-mauvais-role-a-hillary-clinton-94980

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