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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « 24 Heures Chrono » la saison 6 débarque sur Canal+

« 24 Heures Chrono » la saison 6 débarque sur Canal+

La diffusion de la série a repris en France, sur Canal+ à partir du 22 novembre 2007, et la baisse de qualité se fait bien réelle, dans la lignée des saisons précédentes...

Tous ceux qui croyaient naïvement que le brillant cliffangher de la cinquième saison de « 24 Heures Chrono » allait déboucher sur un vrai renouveau de la série peuvent aller se coucher... !

Si la perspective de retrouver un Jack Bauer retenu prisonnier et torturé en Chine était des plus excitantes, c’était oublier un peu vite que les scénaristes du show avaient toujours été une belle bande de « feignasses » incapables de tenir leurs promesses. La fin de la saison 2 n’avait eu aucune suite dans la 3e, la conclusion de la saison 4 n’avait été qu’un effet d’annonce « foireux » ne débouchant sur rien d’autre que du vent... Logiquement, il en va de même pour cette sixième journée où tout revient à la normale dès la fin de l’épisode d’introduction, avec la routine habituelle faite de menaces nucléaires, de Jack Bauer en unique sauveur de l’Amérique et d’un président dépassé par les événements. Sauf que cette fois, la formule ne passe plus du tout.

Pourtant, ça ne commençait pas si mal puisqu’un an et demi après la trépidante affaire impliquant Charles Logan dans un complot avec des terroristes russes, nous retrouvons le frère du défunt David Palmer à la tête de la Maison-Blanche et avec une crise sans précédent à gérer. Les Etats-Unis sont victimes d’une vague d’attentats depuis onze semaines et la panique a gagné la population. Des bombes éventrent les bus, des kamikazes se font sauter dans le métro, la paranoïa est alimentée par les médias diffusant en boucle les atrocités quotidiennes... On n’a pas l’habitude d’entrer de plein fouet dans ce climat anxiogène et on admire l’audace des auteurs qui semblent amorcer une réflexion sur les mesures sécuritaires en période d’état de siège. Privation des libertés individuelles, fichage de tous les musulmans assimilés à des terroristes potentiels, ouverture de camps de détention provisoire... Le temps d’une « sous- intrigue » qui se révélera totalement inutile, l’ombre de Guantanamo plane sur la série et le staff du bureau ovale se retrouve partagé entre une volonté d’imposer des méthodes fascisantes et désir de s’allier avec un ancien représentant de l’Axe du Mal ayant abandonné ses conventions intégristes. Sévèrement meurtrie et épuisée, l’Amérique semble ne pas pouvoir se relever, à l’image de Jack Bauer, fantôme sacrifié par le président lui-même et qui présente des cicatrices profondes sur tout le corps.

Le point de non-retour sera atteint à la fin du quatrième épisode, lorsqu’une bombe nucléaire finira par éclater dans un quartier de Los Angeles, créant des mouvements de panique au sein de la population terrorisée. Observant la scène à quelques kilomètres, Jack Bauer fond en larmes et abandonne tout espoir, lui qui venait de tuer un de ses amis quelques minutes plus tôt, tout ça pour rien. Seul le goût « de la gerbe » lui reste dans la bouche.

Après cette fulgurante entrée en matière, 24 Heures Chrono aurait pu questionner la notion toute relative d’héroïsme dans un contexte de tragédie absolue, en sondant notamment les ambiguïtés morales que de telles situations désespérées engendrent sur les populations (sauver sa peau à tout prix quitte à écraser les autres au passage) ou en suivant les équipes de secours impuissantes envoyées sur les lieux de la catastrophe. Hélas, il n’en sera rien. Préférant s’en tenir au schéma mille fois vu et revu de la chasse aux terroristes, les scénaristes balancent leur postulat de départ à la poubelle comme s’il n’avait servi que de grand coup marketing. En une phrase, on nous explique que le nuage atomique a été emporté loin de la ville (un peu comme les retombées radioactives de Tchernobyl qui s’arrêtaient aux frontières de la France), autorisant les personnages principaux à continuer leurs petites affaires comme si de rien n’était pendant que les habitants de la ville ne s’affoleront que le temps d’une séquence de 5 minutes (la circulation routière semble étrangement fluide pour un jour d’explosion nucléaire...).

Rédigeant leur scénario « à l’arrache » sur le coin d’une nappe, les auteurs préféreront nous resservir une louche de romance lourdingue à la Cellule Anti Terroriste (Chloé pardonnera-t-elle à Morris d’avoir aidé des terroristes sous la torture et de noyer son malheur dans l’alcool acheté à la supérette du coin ?) ; ils resserviront des tonnes d’idées déjà exploitées dans les précédentes saisons (la secrétaire du vice-président, dans un remake de l’amant/espion de la saison 1), ils se vautreront dans le n’importe quoi pour le plaisir de tout faire « péter » (pour prendre en otage la CAT, il suffit de passer par les égouts) et ils feront revenir d’anciennes stars de la série dans le seul but de les faire mourir comme « des merdes » (voir le traitement indigne réservé à Milos et Logan).

De la réalisation novatrice de la première saison il ne reste plus rien et désormais les split screen (écrans divisés) ne servent qu’à annoncer la coupure pub. Sean Callery se contente de refourguer paresseusement ses anciennes compositions musicales, l’intégralité du casting se distingue par sa transparence (la psychologie des protagonistes est sommaire pour ne pas dire totalement absente, à commencer par les méchants aux motivations proches du néant) et le concept de temps réel se résume à un gadget permettant d’habiller la série avec le joli chronomètre jaune à intervalle régulier. Bref, personne ne semble se préoccuper de ce qui se passe sur l’écran, à l’image des personnages, plus intéressés par leur vie privé que par la mort de cent vingt mille concitoyens, ou par les téléspectateurs somnolant pendant les trois quarts de cette sixième course contre la montre !

Dans ce grand gâchis où les facilités à base de « nous avons intercepté comme par hasard un appel suspect » sont légions, seul Jack Bauer reste encore un élément digne d’intérêt. Eternel martyr devenu l’ombre de lui-même et avançant inexorablement vers la mort, l’homme a perdu tous ses proches et abandonné toute identité sociale en Chine jusqu’à vendre son âme pour sauver son ingrate patrie. Dommage que pour brosser ce triste bilan d’un héros fantôme au bord du gouffre (au sens propre comme figuré) les scénaristes se soient sentis obligés de transformer 24 Heures Chrono en saga familiale digne des Feux de l’amour. Il y avait d’autres moyens pour raconter la lutte intérieure d’un homme contre ses pulsions violentes qu’en balançant une révélation minable sur l’existence d’un frangin maléfique (qui n’est autre que le chef du gang des oreillettes de la saison 5) ; ou encore qu’en parachutant un papa Bauer terroriste dont l’attitude totalement incohérente va enfoncer la saison dans les tréfonds de la médiocrité lors des 6 derniers épisodes dont les enjeux reposent sur un Kim Bauer au masculin.

La sixième saison de 24 Heures Chrono est la preuve ultime que les scénaristes n’ont plus aucun scrupule à prendre les téléspectateurs pour des imbéciles (comme avec la pathétique saison 4), préférant lui resservir sans cesse la même soupe en pensant que l’image de marque de la série masquera le goût de moisi. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un oeil aux minis épisodes dérivés conçus pour lancer et conclure la saison, véritables arnaques dont l’unique intérêt est de faire la pub pour Toyota et American Express. Heureusement, les fortes chutes d’audiences constatées tout au long de la saison ont prouvé que les fans n’étaient pas encore totalement aveugles, poussant même les « showrunner » (rédacteur/producteurs) à faire leur mea culpa et à admettre leurs erreurs. Espérons qu’ils sauront enfin tirer les conclusions qui s’imposent, sans quoi la 7e journée en préparation risque bien de franchir un nouveau palier dans le déclin qualitatif.


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2 réactions à cet article    


  • Julien Julien 10 décembre 2007 16:00

    Vous critiquez les scénaristes de 24 mais visiblement vous avez regardé toutes les saisons...

    Masochisme ?? smiley


    • Anto 11 décembre 2007 11:09

      pas d’accord du tout. La saison 5 etait excellente et la saison 6 n’est pas si mal (bien qu’ils auraient effectivement faire l’impasse sur l’imbroglio de la famille bauer). Il y a une evollution dans la serie 24. La CTU est de moins en moins capable de dejouer les attentats. Elle les subit et essaie de limiter les degats. Bauer est de plus en plus borderline, adepte de la fin justifie les moyens...mais toujours a ses depends.

      J’ajouterai que lorsque l’on fait la review d’une serie ou d’un film qui n’est pas diffusee en France, on se garde de devoiler autant de « spoilers », c’est a dire autant d’elements importants du scenario, sans en prevenir le lecteur. hmmm ? Tout le monde ne l’a pas vue.

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