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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > 300 : analyse philosophique et sémantique du film

300 : analyse philosophique et sémantique du film

Le film 300 a accueilli plus d’un million cinq cent mille entrées en France. Ce péplum basé sur la bande dessinée de Franck Miller du même nom (également auteur de Sin City semble n’avoir pour atouts que son esthétisme et son dynamisme. Pourtant, alors qu’on aurait pu se plaindre de la faiblesse du scénario et de la prévisibilité du rebondissement, 300 offre un regard brillant d’un point de vue pédagogique. En effet la philosophie antique a été parfaitement respectée et sa spécificité soulignée vis-à-vis de l’antithèse de Sparte : l’Empire perse. Après avoir attardé notre regard sur le paradigme des Anciens et leur adversaires perses, nous essayerons de renverser une première impression trompeuse sur la signification politique de cette oeuvre.

I L’objectivisme casuistique grecque

Lorsque nous abordons l’approche objectiviste, il faut bien comprendre qu’il s’agit ici d’une grille de lecture axée sur l’objet étudié. C’est bien plus tard que l’idée que l’on se fait de l’objet est au coeur de l’analyse, on parlera alors de subjectivisme (le sujet est au centre).

Dans la philosophie antique, l’homme est passif, contemplatif. Non seulement le monde, mais aussi la société, la cité lui préexistent. Le droit est dans les choses, dans les objets qui l’entourent, elles en sont une part indissociable. L’homme peut tenter de décrypter la nature des choses mais n’élaborera pas un modèle général pour sa compréhension : dans la physique aristotiélicienne, la pierre tombe car elle "aime le sol". De même, les phénomènes naturels sont mus par la volonté des Dieux, arrimés à des objets. Les latinistes connaissent bien le moyen mnémotechnique : "Dans chaque arbre se cache une nymphe, dans chaque fleuve un dieu barbu". On parle d’une confusion entre l’être et le devoir-être : ce qui s’impose parcequ’il est confondu avec ce qui relève de la conscience, d’un cheminement intellectuel. La Vérité est objective, l’homme ne peut s’en écarter.

Pour saint Thomas d’Aquin, qui sera le relais chrétien de la philosophie antique au Moyen Age (en particulier du IXe au XIIe siècle), Dieu n’agit que comme puissance ordonnée, et non comme toute puissance (en cela il s’oppose aux volontaristes fransciscains comme Guillaume d’Occam). Dans la nature, il y a donc des normes guidant le comportement des hommes conformément à l’ordre de Dieu, et qu’il peut déceler à l’aide de sa raison. Il est de son devoir de s’y conformer.

L’approche des Anciens de l’Etat en découle : la nature prévoit que les animaux sociaux sont organisés en cellules familiales, elles-mêmes hiérarchisées. Ces familles vont s’agréger en de plus vastes ensembles par suite de causes intrinsèques (croissance démographique) ou extrinsèques (guerres, famines, calamités naturelles). Une autre cause de l’organisation peut résulter des conditions du développement de la civilisation. Par exemple, le choix de se sédentariser crée généralement des réseaux de prêts de semis en cas de problème, les Egyptiens vont gérer de manière centralisée les crues des eaux du Nil (cf. le modèle de développement chinois autour de leurs plus grands fleuves). C’est la nature de l’organisation qui en détermine les règles au cas par cas (casuistique).

Sparte est une cité guerrière, impitoyable avec l’ennemi comme avec les siens. Un processus eugéniste s’opère à la naissance (la constitution de l’individu lui permet-elle de s’intégrer ou non, le mérite chrétien n’a aucune place ici), et les épreuves que doivent endurer les jeunes mâles sont extrêmement exigentes. Aucune exception n’est faite, pas même pour le roi Léonidas : l’individu s’efface devant les règles découlant du groupe.

De l’autre côté, et intervenant assez tôt dans le film, l’Empire perse suit une autre vision. En philosophie, on peut parler de volontarisme.

II Le Volontarisme universaliste perse

C’est le regard ancien sur la civilisation perse qui est pertinent : cette civilisation brillante est un agrégat de royaumes soumis par Xerxès. L’empereur-dieu a pour ambition de de dominer le monde ainsi. Alors que Sparte veut faire figure d’exception, l’Empire a une vocation universaliste. C’est là que le choc s’opère. La philosophie antique n’envisage pas l’universalisme d’un modèle mais prévoit une grille de compréhension des normes de tout modèle qui pourrait se présenter. Xerxès, avatar divin, peut au contraire substituer sa volonté à l’Ordre naturel des choses. Comme pour le roi du Petit Prince, le fait qu’il ne soit pas réellement totipotent l’oblige à composer, mais la légitimité de son commandement ne provient pas de l’Etre, mais de la suprématie de son autorité.

Quand le messager de Xerxès se présente menaçant à l’encontre de Sparte, qu’il manque de respect à la reine, il respecte ses propres normes. Léonidas ne supporte pas l’affront et le fait reculer en direction d’un puits. Le messager rappelle les coutumes internationales : l’immunité des diplomates, il dit que le comportement du roi est folie. Léonidas répond avant de l’achever, lui et sa garde : "Folie ? c’est Sparte ici !" La casuistique ne s’embarrasse pas des autres coutumes, même internationales. A Rome, comporte-toi en romain.

III Ephialtès ou la place de l’anormal

Ephialtès est un personnage crucial du film.

Difforme, ses parents refusent à sa naissance de la sacrifier et l’élèvent hors des murs de la cité. Il ne peut trouver sa place au sein des phalanges spartiates, en raison de son handicap. Sa nature le fait sortir de la loi découlant objectivement de la société spartiate.

Xerxès va l’accueillir et lui permettre de se venger de ceux qui l’ont rejeté. Contre la promesse de plaisirs terrestres et un uniforme de l’armée perse, Ephialtès indique un chemin secret qui permettra aux Orientaux de prendre les 300 à revers. Cependant Xerxès laisse à Léonidas la possibilité de fuir, mais ce dernier et ses fidèles refusent de se mettre en infraction à la Loi. Encore une fois, le tout l’emporte sur l’individu dans un élan de connivence avec les totalitarismes.

Cependant en face des Grecs, l’Empire n’est pas plus moralement cautionnable : Kelsen critiquera le volontarisme du IIIe Reich comme dénué de norme fondamentale (la constitution) s’imposant à la volonté de l’exécutif, laissant toute latitude à un comportement arbitraire, impératif (couvert par les théories de James Austin).

En se suicidant, Ephialtès n’accepte pas de devoir son acceptation à un acte de volonté, mais voudrait la reconnaissance à jamais frustrée de son mérite. Un dilemme très humain.

IV Choc des civilisations à l’envers

300 offre deux degrés de lecture politique.

Au premier degré, l’Occident est sparte, l’Orient et le monde musulman la Perse. Il faudrait alors comprendre que l’Occident doit s’arc-bouter sur ses valeurs, ne pas lâcher un pouce de terrain à l’ennemi barbare, qui n’exige rien de son soldat : ni qualités martiales, ni honneurs, mais simplement soumission et sacrifice. Il faudrait également comprendre que cette tâche revient aux moins dégénérés d’entre eux : les Américains, qui se consacrent à la défense des idéaux communs de l’Occident en n’ayant à leurs côtés que des alliés faibles et peu investis. La dernière scène du film montrerait alors l’utilité de cet engagement, lors de la charge des Grecs contre l’armée perse, à "seulement" un contre trois cette fois. C’est cette thèse qui semble défendue par Frank Miller, ce qui a accentué une polémique selon moi fondée.

Au second degré, c’est le message inverse qui s’offre à nous. L’Empire perse est universaliste. Il désire imposer son modèle aux autres nations. Comme du temps de la colonisation, on ne demandait souvent que peu aux peuples soumis : un passage (Suez, Gibraltar), une tête de pont, ou des ressources naturelles. Cependant, en imposant un tribut, Xerxès oblige Léonidas à suivre sa doctrine de la soumission, concession déshonorante pour Sparte, au regard de ses critères, car les Athéniens moins belliqueux et pédérastes l’ont refusée sans conséquence. Dans cette deuxième vision, nous devenons les Perses, désirant imposer une démocratie prête à l’emploi, une norme qui ne correspond pas à l’organisation naturellement adoptée par nos vis à vis. Les 300 deviennent alors les guerriers fanatiques, tout aussi sacrificiels, qui s’opposent à l’Occident, représentée par son armée, sa culture (son influance), ou même son existance.

En conclusion : malgré une trame simple, 300 est un film manichéen qui dépeint une réalité historique et une situation politique contemporaine moins simples qu’il n’y paraît. L’apport au spectateur d’un point de vue philosophique reste implicite mais réel mais aurait dû insister sur le délicat exercice d’inversion des rôles.

http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9onidas_Ier_de_Sparte

http://fr.wikipedia.org/wiki/300_%28film%29

http://www.denistouret.fr/ideologues/Kelsen.html

http://www.denistouret.fr/geopolitique/Aquin.html

http://www.denistouret.fr/ideologues/Aristote.html

http://www.denistouret.fr/droitsoc/

Images :

http://www.fichesducinema.com/spip/IMG/jpg/300-t.jpg

http://goodcomics.comicbookresources.com/wp-content/uploads/300/05.jpg


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16 réactions à cet article    


  • jamesdu75 jamesdu75 24 avril 2007 17:21

    Avec tout le respect que je dois a cette thése. C’est n’importe quoi et totalement a coté de la plaque.

    C’est une BD basé sur un fait réel. Tout est que purement inventif de l’auteur et sans la moindre once de vérité.

    C’est un film superbe, copié collé d’une BD, encore fois je repéte une BD. La trame historique n’est qu’un pretexte pour faire passé un message de resistance.

    Faut arrêter de tout prendre au pied de la lettre.

    Quand vous lisez Asterix c’est pas uniquement la France qui resiste à l’envahisseur, mais des aventures pour se detendre.


    • JoHo JoHo 24 avril 2007 17:54

      @ jamesdu75

      Je comprends votre point de vue, mais vous ne réagissez qu’à l’aspect esthétique du film en affirmant qu’il ne s’agit que d’une adaptation de BD. Dans ce cas, on peut duscuter si on le trouve « superbe », comme vous, ou « plutôt moche », comme moi... smiley

      Par contre, et c’est le sujet de mon post en-dessous, vous ne pouvez pas nous reprocher de tenter d’approfondir le sujet du film. Vous-même affirmez qu’il est « basé sur un fait réel » pour après dire « Tout est que purement inventif de l’auteur et sans la moindre once de vérité », ce qui est pour le moins paradoxal, et plutôt erroné : l’épisode des 300 Spartiates contre Xerxés et l’armée Perse a bel et bien eu lieu, certes le film romance les faits, mais l’histoire est tout ce qu’il y a de plus véridique.

      Enfin vous nous reprochez de réagir au « sujet » du film, alors que vous-même dites : « La trame historique n’est qu’un pretexte pour faire passé un message de resistance ». Encore un paradoxe ! Oui, il y a bien un message de résistance dans le film, je ne le nie pas, mais j’estime qu’il n’y a pas que ça, et c’est le sens de ma réflexion, rien de plus.

      Nous ne cherchons pas à tout « prendre au pied de la lettre », mais à approfondir la résonnance HISTORIQUE du film.

      Bien à vous.


    • jamesdu75 jamesdu75 25 avril 2007 00:43

      Désolé vraiement je suis pas d’accord avec vous, c’est peut etre ça le probleme de la France et de son cinéma.

      C’est de toujours chercher la physolophie la ou il n’y en a pas.

      Si le film à avait été un pur Peplum en costume et avec peu d’effets spéciaux comme à put l’être Troie, Gladiator ou Alexandre. Avec une multitude d’anachronisme et deformation de la verité j’aurais compris.

      Mais la c’est du fantastique, on prend un élément vraie pour être accrocheur et on y pose du fantastique.

      Rappelez vous, Jason et les Argonauts, les Aventure de Sinbad ou le Choc des titans.

      Tout est tirée de mythologie ou fait réel, mais c’est un divertissement et pas un thése ce qui pour expliquer ce qu’il s’est passé réellement.


    • JoHo JoHo 24 avril 2007 17:44

      Merci pour cet article très intéressant d’un point de vue historiographique. Il répond à plusieurs interrogations et approfondit (contrairement au film, on peut le déplorer ou pas - j’y reviendrai) le contexte philosophique, politique et moral.

      J’ai justement vu 300 hier soir. Au-delà de beaucoup de ses aspects que je n’ai pas du tout aimés (rapidement : ésthétique hideuse, mise-en-scène grossière et sans grande personnalité, jeu exagéré des acteurs, etc.), j’avoue avoir oscillé sans cesse, en ce qui concerne le scénario et l’histoire, entre le rejet et la séduction.

      Rejet, d’une part, du fort manichéisme du scénario, particulièrement par le manque de recul par rapport aux conditions morales dans lesquelles vivaient les Spartiates et les Perses à une époque somme toute extrèmement éloignée de nous à ce niveau. En particulier dans le fait que le Christianisme n’existait pas encore à cette époque, qu’elle en était même fort éloignée dans ses conceptions morales (ce que vous rappelez justement) et qui n’est pas du tout mis en valeur dans le film. Cet aspect aurait évité justement au scénario de sombrer dans la bête apologie de la violence virile - aspect qui n’est peut-être qu’apparent, mais qu’encore une fois un manque de recul rend étouffant. Une autre faiblesse du scénario, dans le même ordre d’idée, concerne selon moi la sous-intrigue politique entre la reine et Theron. Cet aspect de Sparte (le Conseil, les lois de la guerre, les malversations politiques, etc.) n’est que survolé, apparemment plus pour soulager le film entre deux scènes de combat que pour nous faire partager ce grand paradoxe, valable dans toute la Grèce antique, entre des institutions politiques relativement avancées et des guerres incéssantes et meurtrières.

      Paradoxalement, d’autre part, séduit par l’aspect malin du scénario : malgré les faiblesses du scénario, on perçoit vivement, et même pour tout dire de manière assez émotionnelle, la force de l’engagement spartiate, leur absolue soumission à leurs lois, leur bravoure suicidaire pour défendre leur mode de vie et leur liberté. De ce point de vue, le dernier combat de Léonidas et de son dernier carré d’hommes est assez réussi.

      Néanmoins, j’avoue rester sceptique quant au « message » du film. Vous appronfondissez très bien mon dilemne dans votre dernier paragraphe. Car si je considère les faiblesses du film telles que je les ai listées ci-dessus, je ne peux me départir de ce sentiment que le film ressemble très fort à une propagande virile et belliqueuse... Car mettre ainsi en avant et en valeur, encore une fois sans présenter aucun recul historique ou philosophique, l’exaltation de la force, du sacrifice, du sang versé, de la guerre comme seule activité noble, de l’eugénisme meurtrier, etc. me reste en travers de la gorge. Une réplique en particulier m’a mis en ce sens très mal à l’aise : « Il n’a pas dit »au revoir, mon amour« , car ici à Sparte, on n’est pas mou. Il n’y a pas de place pour cette faiblesse. » Présenter l’amour comme une faiblesse et la violence comme une vertu me paraît, surtout dans le contexte actuel, très tendencieux.

      « Surtout dans le contexte actuel », oui, voilà, le mot est lâché. Je ne voulais pas, avant de voir le film, rentrer dans la polémique, que vous évoquez, dans laquelle Frank Miller s’est engouffré sans complexe, du « clash des civilisations ». Mais force est de constater que le film ne fait rien, euphémisme, pour l’éviter. Les Perses sont les ancêtres directs des Iraniens. Le film évoque même souvent le combat entre l’Asie (les Perses) et l’Occident (Sparte).

      De ce point de vue, je voudrais aussi mettre en avant un aspect du film sur lequel je me suis interrogé : l’aspect fortement « fantasmé » des Perses. En effet, dans la seule séquence à l’intérieure du camp Perse, on voit évoluer bon nombre de créatures fantastiques, des « freaks », des « débauches » sexuelles, etc. En totale opposition, donc, avec le côté « loi et ordre » des Spartiates, qui rejettent les enfants difformes et moquent les Athéniens « philosophes et enc*leurs de petits garçons ». N’a-t-on pas là une très bonne illustration d’un certain ordre moral ? La barbarie et la débauche contre la pureté et la civilisation ? Très tendencieux, encore une fois... Tendencieux mais ridicule si l’on considère le côté « mirroir » de ce discours : les fondamentalistes religieux (qu’ils soient Chrétiens ou Musulmans) reprochent toujours aux autres leur barbarie et leur impureté ! Mais je m’éloigne.

      Votre second degré dans l’analyse politique du film (les Américains garants de la Démocratie par la violence jusqu’au-boutiste s’il le faut contre le fanatisme aveugle des Islamistes) semble donc être la bonne vision du film. De plus, savoir que Zack Snyder, le réalisateur, est un fervent supporter de la NRA (National Riffle Association - je l’ai vu, à Paris pour la présentation des 30 premières minutes du film, arborer sans complexe une casquette frappée de ce logo), ainsi que son support à l’intervention en Irak, ne font rien pour adoucir cette impression.

      Peut-on pour autant parler de propagande ? Certes le mot est sévère. On m’a déjà reproché, sur divers forums de cinéma américains, de « trop réfléchir sur les films, comme tous les Français ». Je ne le nie pas, mais, en ce qui concerne un film comme 300, doit-on absorber sans broncher la vision belliqueuse qu’il met ostensiblement en avant sans y réfléchir ? Voilà ma question. Car ne nions pas que nombre de spectateurs, et plus particulièrement Américains, ont parfaitement bien compris cet aspect du film !

      Alors si je parle de « propagande », c’est tout simplement parce que 300 ne nous montre qu’un seul aspect des choses, sans recul, sans mise en perspective historique, philosophique et morale, et que donc le spectateur ne peut confronter les points de vues sur la seule vision du film. J’avoue m’inquièter de la multiplication des films (qui font d’énormes scores au box-office) de cet acabit (voir aussi Apocalyptico)...

      Bien à vous. smiley

      PS : j’avais commencé mon tout premier post sur AgoraVox en pensant juste donner mon petit avis et le clavier a filé, soyez donc indulgent si mon argumentation a elle aussi filé ! smiley


      • JoHo JoHo 24 avril 2007 18:01

        J’ajoute une dernière chose que j’avais oubliée dans mon post ci-dessus :

        Je pense que si les scénaristes avaient changé les noms et les lieux, en les remplaçant par des noms et des lieux imaginaires, la polémique n’aurait peut-être pas été si forte. Car en portant à l’écran un fait HISTORIQUE, je le répète, personne ne peut nous reprocher d’analyser les faits historiques et leur mise-en-scène. Quant à disserter sur leur résonnance actuelle, eh bien avouons que le film nous y pousse, non ? smiley


      • Fanch 28 mai 2007 18:40

        La double mise en perspective ne me semble pas si binaire que cela.

        Je crois plus à un message classique d’extrême-droite :
        - l’invasion d’une déferlante de barbares plus ou moins colorés menaçant la civilisation
        - dans le même temps la dépravation et la corruption des moeurs amenées par la mondialisation incarnée par Xerxès et son empire universel

        Ce qui est bien pratique, car dans ce film les deux grandes peurs sont incarnées par une seule et même entité, ce qui est plus compliqué dans la réalité.


      • manusan 25 avril 2007 05:52

        bonjour, en tant que fan de BD, je suis toujours étonné de voir les réactions et critiques concernant ce film. petit rappel, ce film reprend la trame original de la BD sortie en 1999. Thèmes abordés : honneur, valeurs guerrières ... et rien de plus. maintenant y voir une vision de dualité, avec il va s’en dire occident (le bien) et moyen orient (le mal), n’est que le reflet de la concience collective actuelle et récente (via les media guerre en Irak ...) en 1999, les médias, se fichent pas mal du golfe (guerre rapide et facile), on parle plutôt de la Chine qui avait tiré quelques missiles sur Taiwan, ambassade de belgrade bombardée. Cet oeuvre a au moins le mérite de nous faire réfléchir sur nos réactions (ce film, c’est Mr Banania ...) et pour ainsi dire sur notre vision du monde par rapport à ces réactions. Si vous avez écris un si long article sur ce film ce n’était peut-être pas par rapport au film, plutôt par rapport à l’actualité quotidienne. si le film était sortie en 1999, les réactions auraient été bien différentes. sinon dans le même registre lisez sincity. Pour des BD histoirique le Kan est pas mal. à plus


        • -=[SPY]=- -=[SPY]=- 25 avril 2007 09:48

          Joho votre commentaire est très pertinent, je suis d’accord avec vous.

          Quant à moi voila ce qui me fâche avec ce filme : Interroger un petit garçon qui a vu ce filme. Ce petit garçon ne suivant absolument pas ces cours d’histoire au collège, absorbant tout ce qu’il regarde a la télévision sans s’interroger, il ne serra absolument pas gêné d’entendre « nous allons aller en guerre contre ces barbares d’iraniens... » (Encore vous me direz qu’il faut qu’il sache que les perses sont leurs ancêtres...).

          Mais vous m’aurez compris, la seule image qui restera gravé dans sa mémoire sera celle si : PERSE=MAL=IRAN

          (Et encore me direz vous, il faut qu’il soit cosmopolite pour sa, et qu’il ne pense pas qu’a son petit monde.). Mais le problème c’est qu’une fois adulte cette enfant n’aura que cette image en tête avec le droit d’aller voter. En quelque sorte je remet en cause aussi notre système d’éducation...Mais ai-je tort ?


          • Johan Johan 25 avril 2007 16:04

            Bonjour à tous,

            Déjà, il semble que mon article n’est qu’un complément théorique, qui permet de saisir l’aspect illustratif de ce film, tiré d’un événement historique bien que sa qualité de film fantastique soit indéniable. Je ne vois pas ce film comme étant par vocation philosophique, je remarque simplement que la philosophie Antique y est respectée.

            Ensuite, ce complément est indispensable pour pouvoir passer à un deuxième degré d’analyse sémantique du film, à savoir l’inversion des rôle. En effet, c’est le volontarisme universaliste de Xerxès qui fait écho au déni des USA du Droit international et à l’ambition d’imposer une « démocratie prête à l’emploi » dans le Monde.

            Je remercie tous ceux qui ont apprécié mon article, et y ont apporté des compléments.

            A James du 75, je pense en effet que tout a un sens, et que si l’on oublie de le chercher, il s’impose inconsciemment à nous sans que nous puissions relativiser son impact. J’ai bien aimé le film par ailleurs, qui dégage une impression de puissance impressionnante, mais je ne sais pas renoncer à mon esprit critique.

            Quand je lis Asterix, je ris des situations, m’enrichis culturellement (les voyages sont géniaux parfois de véritables cours d’Histoire), et je reçois un message moderne (sur la société de consommation par exemple, et l’Asterix où le ménhir devient à la mode à Rome).

            Pas de problème JoHo, ton message est assez interessant pour qu’on ne voie pas le temps de la lecture filer smiley

            A bientôt à tous, Johan


            • dan 25 avril 2007 16:40

              érudite et brillante analyse du film......Je voudrais dire àJojo qu’il confond un film d’action et de divertissement sans pour autant nier qu’ il y a un fond idéologique qui est simple et peu nuancé nécessairement dans ce genre de film et un livre de réflexion qui peut faire des analyses approfondies et plus nuancées.D’autre part le choix idéologique des auteurs vous déplait,c’est votre droit et votre opinion mais les auteurs ont le droit d’avoir des opinions différentes des votres et c’est leur droit.


              • Maerlyn Goldstein Maerlyn Goldstein 8 mai 2007 14:40

                Je voudrais juste rajouter une chose, pour pas mal de spécialistes en comics et sans doute Franck Miller lui même 300 (le comic) est une auto parodie de l’auteur...

                Je sais que ce n’est qu’un argument d’autorité sans réel valeur, mais je vois moi aussi ce (mauvais) film comme un simple divertissement un peu trop flashy.


                • henry 18 mai 2007 01:49

                  Merci pour cette analyse intéressante, car en effet ce film a beaucoup de signification, même si bcp ne veulent pas le voir.

                  Mon commentaire rapide sans avoir lu les autres. Je ne suis pas vraiment d’accord sur l’« inversion des rôles ». Le film est trop manichéen pour amener une idée si complexe. Toutes les valeurs sont du cotés des Spartes : amour de la liberté de l’égalité, respect des femmes qui sont libres et respectées, virilités des hommes qui acceptent le sacrifice, et regarder comment Leonidas prend une figure Christique en mourrant, en position de croix, troué de flèches, sauvant par son sacrifice le monde civilisé. Et faut il rappeler que tout les héros sont des blancs, et trahient par d’autres blancs... De l’autre coté les Perses sont tous de couleurs, des esclaves pour qui les femmes sont rien, leur faux Dieu se dit généreux et pardonnateur mais est en fait violent et pervers, ils sont coiffés de turban etc, tout cela est évident. Trop. A un moment ou le tiers monde devient largement plus peuplé que l’occident, ou bcp refuse les valeurs que nous tenons (nous occidentaux) aujourd’hui pour universel, ou nous avons des problèmes en Europe avec immigration de masse, et ou des problèmes plus mondaiux comme Turquie en Europe, Iran, Chine qui se league contre la liberté d’expression et la démoccratie etc. Je ne pense pas que la bonne interpretation (si il y en a une), ou du moins l’idée de l’auteur, était de faire un renversement de perspective. D’ailleurs le créateur de la BD a dis dans une interview qu’il pensait que les occidentaux n’était pas assez fier de leur valeurs et qu’ils, que nous, réagissions de plus en plus comme des enfants brailleurs qui s’énerve des que ça va pas. Donc l’histoire d’un certains suicide culturel, ce qui est aussi l’histoire du film car Leonidas part avec 300 soldats parce que les Politiciens et les Sages, payés par l’ennemi, ont refusé de faire intervenir la puissante armée Sparte. De plus les autres cités mettent du temps à réagir, et enfin les Perses arrivent à bout des 300 à cause de la trahison d’un Grecque...

                  C’est donc un très bon film, j’en partage tout-à-fait l’idée (du moins celle que je trouve), et il me semble que cette interpretation est tellement claire et véridique, qu’elle brule ! Littéralement ! dans un monde de bien-pensance. Et que c’est la raison pour laquelle ce film est soit détesté, soit banni, soit que tant de gens lui refusent toutes interprétations, ce qui est stupide...

                  Henry


                  • henry 18 mai 2007 13:39

                    De plus, toujours à propos d’inversion, j’ajoute que l’extrêmisme Islamique, que le film dénonce sans réelle ambiguïté, est tout autant (en fait bien plus) un universalisme, puisque leurs but est ni plus ni moins la conquête du monde. Et l’occident a depuis longtemp arrêté de penser (et c’est ce que l’auteur dénonce) que ses valeurs sont universel (Le Choc des Civilisations, de Huntington ; la dissidence à la guerre en Irak [la moitié de l’occident] ; les nombreuses acceptations de l’occident face à la Chine (par exemple) au seul nom de l’argent.

                    Enfin, au tout début du film, le narrateur dit ceci : « La Grèce ... le seul espoir pour la raison et la justice dans le monde ». C’est à dire que l’idée de l’auteur de ce qu’est la civilisation Grecque, est aussi un universalisme, mais un universalimse moins aggressif, qui ne cherche pas à conquérir le monde (ce qui devait être l’idée de bien des Grecques, puisqu’Alexandre le Grand finira par envahir le monde, et distiller partout la civilisation Grecque).

                    Bref, votre analyse est trop intellectuelle, et grâce à cela veut faire diversion et limiter la portée du vrai sens, tellement fort qu’il brule, comme je le disais. Le film lui même, d’ailleurs, dénonce les « philosophes », ces « amateur de jeune garçon ». Pas qu’il faille le prendre au pied de la lettre cette fois, mais la méfiance est là.

                    Ce film sert parfaitement l’idéologie de l’auteur.

                    Henry1


                  • Xerxès Xerxès 22 mai 2007 22:45

                    Le monde entier a gouté à cette merde, pondue par une bande d’incultes Américains, avec délectation.

                    Xerxès


                    • prgrokrouk 23 mai 2007 00:24

                      Je suis très partagé. De nombreux posts et l’Article sont d’un intérêt rare. Je me suis demandé si j’allais retourner au cinéma. Eh bien, j’ai envie de me faire mon idée, ne serait-ce que parce que le sujet m’intéresse, comme certains débatteurs ici.

                      A priori, je n’aime que le réalisme dans les films encostumés : le style très pompeux m’ennuie. J’avais beaucoup aimé la première scène de la bataille contre les germains dans Gladiator, qui, à part ça, était un film très instructif quant au rapprochement de la Chute de l’Empire romain avec une fuite de ces valeurs qui fondaient Rome dans l’Esprit des conquérants.

                      Je n’aime pas les effets trop présents, car la vraissemblance est plus fantastique que l’invraissemblance.

                      Enfin, soit ce film nous fait regarder l’actualité en filigranne, ce qui serait d’une pauvreté affligeante, soit il nous fait découvrir un monde perse, une autre version universaliste, et nous fait approcher la complexité grecque.


                      • Fanch 28 mai 2007 18:24

                        Ce film est construit comme une BD très flashy avec beaucoup d’onomatopées et peu de grand discours.

                        Tout est suggéré, c’est filmé d’une manière très particulière. Très étrange.

                        Comme le dit un des commentateurs, on est à la fois horripilé par la nullité des dialogues, la violence permanente, et la couleur de la photo (cette couleur, vraiment !). Et en même temps on est fasciné.

                        Mon sentiment c’est que ce film est assez malsain, voire très, que ce soit au niveau esthétique ou du message. Comme tout ce qui est malsain, il est à la fois repoussant et fascinant. Ce n’est pas un film neutre, çà n’a rien d’un simple divertissement, ce film m’a mis profondément mal à l’aise et je ne serais pas étonné qu’il devienne un film culte dans certains milieux d’extrême-droite.

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