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7 ème Festival International de Danse Contemporaine “Capturing emotions”, dirigé par Ismael Ivo, Biennale de Venise

Ce 7 ème Festival de la Danse Contemporaine intitulé : « Capturing emotions” est dirigé par un habitué de la Biennale de la Danse, Ismael Ivo, le célèbre performer, danseur et chorégraphe afro-brésilien.

Ont été présenté à ce 7 ème Festival trente-six performances, dont cinq premières mondiales, sept premières européennes et huit premières italiennes, vingt chorégraphies et seize compagnies. Cette année, le Festival s’est concentré sur deux zones géographiques bien déterminées : le Canada et le Québec en particulier, l’ Australie et la Nouvelle Zélande.

J’ai vu cinq spectacles, dont certains étaient absolument fabuleux.


- « Oxygène », la nouvelle chorégraphie d’ Ismael Ivo, réalisé avec les danseurs de « l’Arsenal de la Danse » provenant du monde entier (Italie, Inde, France, Russie, Slovaquie, Pologne et Portugal) qui n’est autre que le spectacle de fin d’ année résumant une année entière de laboratoires et de cours.
 

Je n’ai pas aimé le début du spectacle (ce qui m’a fait craindre le pire pour la suite), ou un homme et une femme enlacés sous ce qui semblait être un préservatif géant semblait faire l’amour, sans aucun accompagnement musical ni danse. Après le spectacle a vraiment débuté avec un exercice de danse très soutenu et beau, mêlé à un jeux savant de lumières et de carrés lumineux dans lesquels avaient lieu les évolutions savantes des danseurs, qui n’étaient, hélas, accompagnés que du bruit de leurs respirations - l’oxygène révélé - qui n’était pas suffisant à créer un son musical accompagnateur de la danse. Heureusement, juste après s’est élevé un air sublime de Bach, la passion selon Saint Mathieu « Erbarme Dich, mein Gott » aria n° 39, interprété par Maddalena Calderoni et dirigé par Maffeo Scarpis, exécuté par l’orchestre de Padoue et de la Vénétie. Le spectacle purement moderne s’accompagnait parfaitement avec la voie exquise de Maddalena Calderoni, l’ensemble était merveilleux. Le spectacle a continué sur une musique de Arvo Part « Fatres », les danseurs étaient fiabesques vêtus de costumes en latex blanc, d’un aspect souple et pratiquement textile, transparent tout en restant opaque, chaque costume différent l’un de l’autre, d’un goût moderne et élégant, minimaliste et recherché, fruit de l’imagination du costumier berlinois Goldt & Marien.

J’ai adoré la partie centrale où les danseurs mimaient une forêt enchantée, se contortionnant tels des arbres aux angles bizarres et anguleux, parcouru par le petit chaperon rouge coiffé d’une capuche de latex blanche, la belle qui devient reine et revêt le manteau en latex blanc opaque digne de Matrix, symbolisant sa royauté et son pouvoir sur les hommes. Ces scènes ont touché le sublime grâce à la beauté de la chorégraphie et le choix des costumes, fluides comme des tissus mais en plastique.


- « Les Grands Ballets Canadiens de Montréal », avec Le sacre du printemps revu par le chorégraphe Belge Stijn Celis, et deux petits joyaux de performance du Tchèque Jirí Kylián,
« Bella figura » et « Six Danses ».
 

Une belle chorégraphie dans son ensemble, inspiré aux musicals américains. Par contre, je ne n’ai pas aimé la ségrégation des sexes des danseurs, avec une tendance marquée à faire danser les hommes avec les hommes en groupes carrés quasiment militaires et les femmes avec les femmes, se mélangeant rarement et choisissant délibéremment de faire prendre la place des femmes aux hommes et vice-versa, avec un résultat final surprenant et beau où tous hommes et femmes portent le même costume, une jupe à panier du XVIII ème siècle. A signaler un sens de l’humour frais et amusant dans la dernière performance « Six danses » de Jirí Kylián représentant un Don Giovanni aux prises avec ses amours multiples. 

J’ai ensuite vu un spectacle d’une beauté rarissime, de la compagnie australienne Sydney Dance Company, aujourd’hui dirigée par Rafael Bonachela, chorégraphe barcellonais au style audacieux avec sa première européenne «  We unfold  » qui introduit un tourbillon de mouvement réalisés sur la symphonie n°1 « Océans » du génial compositeur Italien Ezio Bosso (compositeur de la musique de film « Non ho paura/Je n’ai pas peur » de Gabriele Salvatores), une danse incandescente qui naît de la puissance du mouvement, où l’énergie et la force musculaire se conjuguent avec une grande sensibilité émotive.
 

La musique d’ Ezio Bosso a la grandeur et la magnificence de la musique classique, divisée en quatre sections avec des morceaux de grands ensembles qui progressivement deviennent des duos et des solos, We Unfold nous porte à travers des chapitres à thèmes (comme Vivaldi et ses 4 saisons dont on le sent proche) : la Terre, le Vent, le Feu et l’Eau. Ces quatre morceaux sont accompagnés d’images vidéos hypnotiques et gigantesques projetés sur le fond de la scène : le cosmos, la voie lactée, une éclipse, un voyage dans l’espace à la vitesse de la lumière, puis un colosse personnifiant les éléments naturels : le colosse est d’abord couché sur la Terre et se nourrit de la pluie et du Vent, puis il se lève et prend Feu comme une torche humaine, qui est ensuite éteinte progressivement par l’Eau. Les danseurs sont vêtu couleurs chair, l’ensemble court en mouvements rapides et taillants, disparaissant en l’espace d’un éclair, pour laisser sur scène les danseurs principaux : Amy Hollingsworth, Juliette Barton, Richard Cilli, Adam Blanch et Paul Zivkovich. A la fin : une éclipse solaire envahie toute la scène, les danseurs s’agitent d’une manière démentielle mais parfaitement ordonnée et orchestrée et le soleil noir explose en mille morceaux, les danseurs s’arrêtent, le spectacle finit sur cette apocalypse….Je dois dire que la symphonie Oceans d’Ezio Bosso est la plus belle que j’ai eu l’occasion d’entendre ces dernières années, digne à mon avis des plus grands compositeurs classiques. A ce titre je vous invite à aller voir et écouter par vous-même un aperçu du spectacle sur YOU TUBE : http://www.youtube.com/watch?v=xl2Qs_M4cXc , pour avoir une petite idée de la beauté du spectacle et de la magie de la musique.
 

Puis j’ai vu “Glow” de la compagnie australienne d’Art Performing Chunky Move créée par Gideon Obarzanek en première italienne, dans une performance technologique. Ici une unique danseuse sur scène, son corps est suivi et accompagné par un rayon lumineux provenant d’une application de l’ordinateur, qui suit son contour et l’amplifie dans une myriade de lignes architecturales, lui confère une auréole de lignes graphiques noirs et voilettes suivant les évolution du corps et des mouvements de la danseuse. Glow catapulte le spectateur dans le cyber-espace de la danse technologique.
 


Pour finir, j’ai vu en première absolue « TRISTES TROPIQUES » adapté par Virgilio Sieni , librement inspiré au roman de l’anthropologue français Claude Levi-Strauss, coproduction de la Biennale de Venise et le Berliner Festspiele - Spielzeit’europa, le Bitef Theatre, la compagnie Virgilio Sieni et la Biennale de la Danse de Lyon, dans le cadre du projet ENPARTS, réseau de collaboration que la Biennale de Venise a lancé avec Festivaux et institutions européennes du secteur spectacle vivant. 
 
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Le Florentin Virgilio Sieni est l’un des auteurs italiens les plus significatifs en danse contemporaine. Spectacle génial d’une heure sur la musique de Francesco Giomi, créant les paysages sonores de Tristes Tropiques, les costumes de Lydia Sonderegger, les lumières colorées et suggestives de Marco Santambrogio, avec l’interprétation et collaboration de Simona Bertozzi, Ramona Caia, Elsa De Fanti, Dorina Meta, Michela Minguzzi.
 


J’ai particulièrement aimé l’effet « brume » du spectacle, dont de nombreuses interprétations ont eu lieu derrière un voile, qui a pour effet d’adoucir les gestes, de leur donner poésie et réserve. On a l’impression d’assister à des rites et des scènes de la vie quotidienne et familiale des sociétés primitives, observées à travers un voile de pudeur et de respect pour elles, dans un but de préservation.

Documents joints à cet article

7 ème Festival International de Danse Contemporaine “Capturing emotions”, dirigé par Ismael Ivo, Biennale de Venise

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