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A la rencontre de Pétrarque et de René Char...

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"Quiconques voit de la Sorgue profonde 
L'étrange lieu, et plus étrange source, 
La dit soudain grand merveille du monde, 
Tant pour ses eaux que pour sa raide course."

Maurice Scève

 

Pétrarque, René Char : mais qu'est ce qui peut réunir ces deux poètes qui appartiennent à des époques si lointaines et si différentes ?

Tous deux sont, en fait, liés à un site célèbre par ses hautes falaises rocheuses, ses eaux tumultueuses et limpides qui surgissent du coeur de la terre de Provence : Fontaine de Vaucluse...

Le poète italien Pétrarque séjourna près de 15 ans en Vaucluse où il fut attiré et ému par ce site d'exception.

René Char, quant à lui, est originaire de la région, puisqu'il est né en 1907, à l' Isle sur la Sorgue, et il a aimé passionnément ces lieux connus de tous.

Un musée, situé à l'entrée du site, est consacré à ces deux écrivains, Pétrarque et le poète René Char, son lointain successeur : une maison de style provençal, où l'on peut admirer des sols à l'ancienne, garnis de tomettes, un escalier en colimaçon, orné d'une balustrade en fer forgé.

Ce musée nous permet de découvrir ce poète inspiré que fut Pétrarque : on peut y admirer des dessins, des estampes et des tableaux représentant Pétrarque, Laure de Noves qui fut son inspiratrice, des paysages de Fontaine-de-Vaucluse, on peut découvrir des éditions anciennes des œuvres de Pétrarque et de pétrarquistes français et italiens, ainsi qu'une bibliothèque.

On est ému par ces ouvrages anciens, ces livres du passé, conservés précieusement dans ce musée...

C'est dans ce cadre que l’écrivain italien écrivit ses œuvres les plus célèbres dont ses fameux poèmes à Laure de Noves. Pétrarque situe la rencontre avec Laure dans le décor grandiose de Fontaine de Vaucluse. 

Mais c'est, en fait, dans la ville d'Avignon qu'il tombe amoureux fou de la jeune femme ; il éprouve pour elle un amour violent, idéalisé mais sans espoir, puisque Laure est mariée à Hugues de Sade, ancêtre du célèbre marquis... il écrit, alors, de nombreux sonnets sur ce thème. La mort de Laure, en 1348, lui inspire ses plus belles oeuvres. Il évoque la beauté de Laure, il raconte la mélancolie de leurs séparations successives et dépeint, aussi, cette nature où vécut sa bien-aimée.

Pétrarque, auteur du 14 ème siècle, fut un grand humaniste, nourri de culture antique, il apprit le latin, et fut largement influencé par des auteurs comme Cicéron, Sénèque, ou Virgile...

Pétrarque inspira, aussi, de nombreux autres auteurs : il est à l'origine de ce mouvement littéraire nommé "le pétrarquisme", fondé sur l'imitation, un amour idéalisé, des images et des métaphores qui insistent sur la force de la passion amoureuse.

 Les poètes français de la Pléiade ont, d'abord, imité Pétrarque, avant de s'en détacher...

Quant à René Char, originaire de la région, il sut magnifier, dans ses poèmes, les eaux de la Sorgue et de Fontaine de Vaucluse : 

« Rivière des égards au songe, rivière qui rouille le fer,
Où les étoiles ont cette ombre qu'elles refusent à la mer.

Rivière des pouvoirs transmis et du cri embouquant les eaux,
De l'ouragan qui mord la vigne et annonce le vin nouveau.

Rivière au cœur jamais détruit dans ce monde fou de prison,
Garde-nous violent et ami des abeilles de l'horizon. »

René Char a, comme Pétrarque, chanté l'amour, l'a parfois vécu, mais l'a également idéalisé.

René Char, a, comme Pétrarque, lu et admiré des auteurs anciens, notamment Héraclite d'Ephèse.

Ainsi, ces deux poètes se rejoignent, par delà les siècles : tous deux férus de culture antique, tous deux amoureux de l'amour et d'un lieu fascinant, ils sont réunis dans ce musée qui se trouve à l'entrée du site de Fontaine de Vaucluse.

On voit se côtoyer, ici, des poèmes de René Char illustrés par Georges Braque, des ouvrages de Pétrarque...

Modernité, surréalisme et humanisme sont profondément liés, et se complètent dans ce musée très riche de documents divers : livres, peintures, dessins, poèmes...

 

 

Des poèmes de Pétrarque :

 

Béni soit le jour..
Béni soit le jour, bénis le mois, l'année
Et la saison, et le moment et l'heure, et la minute
Béni soit le pays, et la place où j'ai fait rencontre
De ces deux yeux si beaux qu'ils m'ont ensorcelé.

Et béni soit le premier doux tourment
Que je sentis pour être captif d'Amour
Et bénis soient l'arc, le trait dont il me transperça
Et bénie soit la plaie que je porte en mon coeur

Bénies soient toutes les paroles semées
A proclamer le nom de celle qui est ma Dame
Bénis soient les soupirs, les pleurs et le désir.

Et bénis soient les poèmes
De quoi je sculpte sa gloire, et ma pensée
Tendue vers elle seule, étrangère à nulle autre

Francesco Petrarca (1304-1374)
 

 

A LA FONTAINE DE VAUCLUSE
CANZONE
Eau claire, fraîche et bienfaisante
Où la dame, unique à mes yeux,
Baignait ses membres gracieux ;
Gentil rameau sur qui sa main charmante,
Je tressaille à ce souvenir,
Se plaisait à se soutenir ;
Gazon fleuri sur lequel s'étendirent
Sa jupe et son beau sein ; air pur où sans retour
Ses yeux adorables ouvrirent
L'accès de mon cœur à l'amour ;
Soyez tous attentifs à ma plainte dernière.
Si tel doit être mon destin
Et si le ciel exauce ma prière
C'est en ces lieux, qu'à mes pleurs mettant fin
L'amour fermera ma paupière.
Si quelque honneur doit recouvrir encor
Parmi vous mon corps périssable,
Et si mon âme doit prendre l'essor
Vers sa demeure véritable,
Avec un tel espoir la mort
Dans ce pas incertain me sera moins pénible,
Car mon esprit lassé n'a pas de meilleur port
Et ma chair et mes os de fosse plus paisible.
Peut-être reverrai-je encore en ce séjour,
Comme autrefois dans un bienheureux jour,
Cette beauté cruelle et pourtant si charmante,
Elle tourne vers moi joyeuse et séduisante

Elle tourne vers moi joyeuse et séduisante
Ses yeux en me cherchant ; elle voit se creuser
La terre et, n'écoutant que l'amour qui l'inspire,
Elle semble oublier le ciel et s'accuser,
Tant son cœur tristement soupire,
Et de son voile elle étanche ses pleurs.
Des beaux rameaux incessamment des fleurs
Pleuvaient sur son beau corps ; assise et bienheureuse
On la voyait pourtant jouir modestement
De sa gloire et déjà cette pluie amoureuse
La recouvrait complètement ;
Telle fleur se posait au bord du vêtement,
Telle autre sur ses tresses blondes,
Comme des perles sur de l'or ;
Telle atteignait la terre et telle autre les ondes ;
Et, plus audacieuse encor,
Telle autre, tournoyant lentement, semblait dire :
De l'amour c'est ici l'empire.
Combien de fois effrayé je me dis :
« Elle naquit sans doute au paradis. »
Son port divin, sa voix, ses traits et son sourire
M'avaient troublé l'esprit, tout m'était devenu
Incertain et confus, et j'en vins à me dire :
Comment suis-je en ces lieux, quand y suis-je venu ?
Me croyant dans le ciel ; aussi dans mon délire
Sur ces gazons je me plais désormais
Et c'est là seulement que je trouve la paix.
 

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2015/08/a-la-rencontre-de-petrarque-et-de-rene-char.html

 

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5 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 20 février 16:38

    Fabre d’Églantine avait écrit un opéra-comique intitulé « Laure et Pétrarque (1780) », dans laquelle figurait la chansonnette « il pleut, il pleut bergère » qui aurait été récitée le lendemain de la prise de la Bastille, lors de la création de la Garde nationale (la bergère était une référence à Marie-Antoinette, qui jouait à la bergère au Trianon, la cour était symbolisée par des « blancs moutons », allusion aux perruques poudrées, et « l’orage » était une prédiction de la Révolution qui menaçait).

    Fabre d’Églantine aurait fredonné l’air de cette comptine en montant à l’échafaud, le 5 avril 1794 en pensant peut-être à Laure et Pétrarque.

    C’est loin de La Fontaine de Vaucluse, mais tout est dans tout et inversement.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 20 février 19:33

      @Séraphin Lampion

      Cela dit, Pétrarque n’était pas « italien » », mais « florentin ». L’unité italienne date de 1861 et la république de 1946. Un des fils de Charlemagne, Pépin a été « roi d’Italie » de 781 à 810, mais il s’agissait en fait de la Lombardie, pas de la Toscane.


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 20 février 20:13

      @Séraphin Lampion Vouais...un macaroni pour résumer.


    • rosemar rosemar 20 février 22:16

      @Séraphin Lampion

      Une curiosité, en effet... 


    • Étirév 20 février 16:52

      Pétrarque (1304-1374) à l’aurore de la Renaissance

      Au milieu de cet âge de fer, de confusion intellectuelle et de perturbation morale, une délicieuse légende courut toute l’Italie renaissante. Elle disait qu’on avait trouvé, dans un des tombeaux antiques qui jalonnaient si mélancoliquement les premiers milles de la voie Appienne, le corps d’une jeune fille miraculeusement conservé et d’une beauté indicible. Le teint avait une fraîcheur virginale, les yeux étaient mi-clos et leur regard vivant ; la bouche entr’ouverte semblait prête à parler. Pour soustraire la merveilleuse momie aux regards des profanes, ou par suite d’une idolâtrie naissante, le pape l’aurait fait porter au Capitole, d’où elle aurait un jour mystérieusement disparu.

      La légende avait raison. La vierge romaine n’était qu’endormie, et ses yeux s’entr’ouvraient aux lueurs de la Renaissance ; et, dans ce même Capitole où elle était prisonnière, Pétrarque, le jour où il y monta, la vit, et, sous le souffle ardent du chantre désespéré de Laure, elle s’éveilla et le consola, l’ayant pris pour premier amant. Et il lui fut fidèle jusqu’à la mort, qui le surprit, penché sur ses manuscrits où palpitait l’âme de son amante. Alors la beauté pure se leva sur le monde en travail du moyen âge, et dans la cave scolastique un rayon filtra, et le pédantisme s’inquiéta du goût, et le chaos aspira à l’harmonie.

      C’est donc le retour à la Femme, dont Pétrarque est le premier chantre, qui est l’aurore de la Renaissance. Ce n’est pas la vierge ressuscitée de la légende qui l’inspira, c’est la Déesse vivante, c’est Laure de Noves (ou de Sade). C’était par une belle journée d’avril, elle était venue à l’église des religieuses de Sainte-Claire. Là, lui aussi était venu ; il était alors un jeune ecclésiastique de belle mine, aux cheveux frisés au petit fer, finement chaussé et fort attentif à sauver la blancheur de ses vêtements du piétinement des haquenées. Il était entré dans cette église avec tous ses vieux préjugés ; il y reçut l’étincelle d’amour qui en fit un homme nouveau, étincelle qui alluma en lui un incendie qui dura vingt ans. Ce fut la cause première de sa gloire ; il comprit dès sa jeunesse ce qu’était l’amour sacré, et, quoiqu’il traversât les orages des passions, une lueur continua à briller en lui. La flamme adoucie luit comme en une lampe fidèle au-dessus de l’autel ; dans son amour spiritualisé, il confond Laure et la Vierge, la réalité et le rêve.

      Aurora : Golden hour rising

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