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Acrobates

Spectacle « total » mise en scène de Stéphane Ricordel ; dramaturgie et images Olivier Meyrou ; avec Alexandre Fournier, Matias Pilet ; musique François-Eudes Chanfrault au Monfort jusqu’au 2 mars.

C’est un spectacle qui commence par des mots, venant des haut-parleurs, sur une scène vide. Surprise. En quelques mots, le spectacle va prendre sens : le corps et la voix, quelques films, le corps surtout, ses performances, liées à la jeunesse et la jeunesse est la meilleure figure de l’éternité qu’on puisse avoir, si tout se passe bien... Mais justement, tout ne s’est pas bien passé ; il y a une grande tristesse chez un des personnages : il est tombé. Pourtant, pas plus que les autres, il ne croit au seul effort, forcément : il croit toujours que s’il suit son corps tout se passe bien, tout se passe mieux, au mieux, suivre son corps, son instinct pas la réflexion, la distance, le regard sur soi… alors qu’il a vécu le contraire, cruellement. L’atteinte au corps est sans rémission. On la tient pour la pire des violences. Ses copains restent avec lui, ne le laissent pas tomber, eux, même quand il a oublié ce que cela faisait d’avoir la tête en bas… il va pouvoir tout de même tenter des choses, des mouvements, alors qu’il ne peut plus nager, plus avoir d’orgasmes…

Pourquoi bouger ? Pourquoi l’acrobatie ? En l’espace de quelques centièmes de seconde, l’homme qui saute échappe à la pesanteur, il est oiseau, nuage, lune !... comme on veut, il est évadé de la première condition humaine d’être attaché au sol par un lien si invisible et si permanent qu’on n’y pense presque plus jamais. Oiseau, nuage, lune, étoile… chacun voit ce qu’il veut. L’acrobatie, on l’a dans la tête, c’est un état d’esprit, certes mais c’est aussi un corps en bon état, qui, de toute façon, pourra de moins en moins chaque jour, si peu chaque jour que cela ne se verra pas chaque jour, cela ne se verra qu’au fil des années.

Deux acrobates vont venir nous donner ces exploits, ces torsions, ces déplacements sans cesse surprenants, par où vont-ils passer ? Ils sont capables de (presque) tout, et de nous surprendre à l’infini. Leurs évolutions sont d’une infinie tendresse, rapport à cette disjonction qui leur pend au nez, cette privation tragique « portée » par l’un d’entre eux, de devoir garder l’acrobatie en soi avec un corps qui ne peut plus « donner ».

Le dispositif de jeu, évolutif, est superbe. Il recueille des projections, qui lui donnent parfois des représentations : un tas de bois, des rochers où les deux acrobates sont comme des félins cherchant à se piéger l’un l’autre par l’imitation ludique.

Les deux acrobates sont un peu comme les deux personnages masculins, l’auguste et le clown blanc, le petit brun et le grand blond, le porteur et le porté… Ils allient la performance sportive du cirque, à l’expression émotive de la danse, et au théâtre, situations, quelques mots, peu de mots toujours en voix off ou dans les films… scène à figuration changeante…

Un spectacle complet, fort, simple et profond.


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1 réactions à cet article    


  • F comme... F comme... 5 mars 2013 11:12

    Très bel article.

    Votre émotion fait écho à celle du spectacle.

    Vous avez su saisir toute cette poésie et nous la restituer bien joliment.

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