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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Ah que vivre longtemps est joli

Ah que vivre longtemps est joli

Dancefloor Memories Pièce de Lucie Depauw mise en scène d’Hervé Van der Meulen avec Elsa Lepoivre, Christian Gonon et Hervé Pierre Comédie française Studio Théâtre

Texte publié aux éditions Koinè, jeune maison spécialisée : http://www.edition-koine.fr/librairies/

JPEG - 2.4 Mo
Avec des morceaux de public dedans
Photo Orélien Péréol

Autant le dire tout de suite, j'ai un petit regret avec ce titre en anglais. Dancefloor ne m’évoque rien ; j’ai tendance à le traduire pas danse de salon plutôt que piste (salon ?) de danse. Surtout qu'il me semble que les Anglais aiment dire "Palais de danse". L’Anglais est prestigieux en Français, ce qui est bien étrange ; il est bien étrange que les étrangers aient plus de brillance que nous quand ils font ou disent la même chose. Autant que je sache, les Anglais disent plutôt moins sur ce sujet : ils n’ont pas la distinction fondamentale entre mémoire et souvenir. Pourtant, si grande que soit la mémoire de nos ordinateurs, ils n’ont aucun souvenir, ils sont incapables de se faire un souvenir. Si Pierre perd la mémoire, les souvenirs l’aident à vivre, tandis que les trois personnages vivent pleinement, chacun à leur manière, cette perte, au moment où elle s’accomplit.

L’infidélité était le sujet d’un concours, thème, ordinaire, classique, qui trouve facilement un contexte moderne nouveau, du côté du libertinage (voir une affaire actuelle sur un "plan à trois" à la télévision. Lucie Depauw n'a pas suivi cette route. Quoique. Elle a voulu déplacer le sujet. Elle a donc choisi de faire parler des personnes du troisième âge. L’évaporation progressive du mari par la maladie d’Alzheimer, son éloignement mental, psychologique comme décor pour le retour des corps vivants. Pour contrer l’oubli et trouver la bonne porte, le mari, magnifique Hervé Pierre, doit se souvenir du numéro des portes. Tout noter, sans quoi tout s’en va. Il devient comme un enfant. Juste retour des choses ? La maison devient trop grande, de par la maladie. Cet état des choses que l'on déplore souvent, permet ici à l’épouse de retrouver un nouvel amour et de pour ainsi dire recommencer des moments liés plutôt à la jeunesse.

Ce thème est pris comme poésie, nulle socialité difficile. Pas de calcul sur le coût, sur l'accompagnement, la douleur de partir peu à peu, pour soi et pour les proches. Rien de problématique. Une grande douceur nostalgique.

Ils ont fait leur vie avec tendresse, sans éclat et sans héroïsme, ils n’ont pas marqué l’histoire (comme le chantait Bourvil) ils se sont rencontrés, ont dansé, se sont mariés, ont élevé leurs enfants, qui ont à leur tour fait leur vie. La vie passe et nous fuit, elle nous lâche, cependant, elle reste, perdure, est toujours gagnante. La très gracieuse Elsa Lepoivre garde pour son mari une grande tendresse et redécouvre l'amour comme en leur jeunesse avec Gary (le souple Christian Gonon) avec des titres. Cinq mouvements évoquent cinq tempi, avec leurs couleurs, leur instrumentation, leur forme interne... Musique de chambre, de dancefloor, où chaque voix se mêle à celle des autres, en toute liberté, parfois adressé au public, parfois à soi, parfois en répons, mêlant aussi dans le même geste d'écriture, les époques, le passé et le temps présent Les trois personnages se donnent les uns aux autres le respect que chacun doit aux autres et qui est si rare  ; ils veulent continuer leur vie et en jouir le plus possible, jusqu'au bout, sans se désoler, ni regretter. Juste évoquer ce qui n'est plus.

Leur scène n'est pas une piste de danse ; quoiqu'on y danse beaucoup des danses de salon, comme il se doit. La scène ressemble à un ring, une piste de cirque, déformée, ovale. Un drôle d'endroit pour des rencontres, un carrefour, une place de village... comme le café est un havre de conversations tranquilles, la scène de dancefloor memories est un farniente de confidences, de récits, d'émotions rappelées, offertes ou juste montrées, sorties comme ça, dans une nonchalance, comme au petit bonheur la chance...

Des miroirs déformants démultiplient l’espace et les personnages, de façon aléatoire. Le public s’y voit un peu. On ne voit pas du tout la même chose selon la place que l'on occupe. Comme une transposition visuelle des modulations musicales.

Irrémédiable vie, vie à toujours chérir… selon Paul Eluard. Un spectacle doux doux doux sur la fin de vie, qui dure et vaut la peine tant qu'elle est là.


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1 réactions à cet article    


  • Orélien Péréol Orélien Péréol 15 mai 2015 21:25

    La photo n’est pas une photo du spectacle. Elle appartient à un autre spectacle ! je suis allé trop vite. Désolé.


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