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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Allons-nous brûler nos écrans ?

Allons-nous brûler nos écrans ?

Relayée laconiquement lors de la cérémonie des Césars, la mobilisation s’opérant actuellement dans le paysage du cinéma français, et plus particulièrement dans le monde de l’exploitation, nous promet des moments houleux... Quelle est cette tempête qui remue le cinéma français ? Il est question d’action culturelle, de baisse des subventions allouées aux petites salles et aux festivals, et surtout, ce qui nous intéresse ici, d’un conflit (d’intérêts ?) entre les cinémas de proximité et les grands multiplexes tout-puissants...

Ces derniers se sont implantés sur le territoire à la fin des années 90, pensant qu’ils allaient révolutionner l’exploitation et donner un coup de boost à la fréquentation des salles françaises... Le premier effet a été la désertification des salles indépendantes et de proximité au profit des grands centres. Comme le réseau français n’est pas susceptible, des solutions ont été trouvées par les petits exploitants, et de là est née l’action culturelle cinématographique.

C’est quoi "l’action culturelle cinématographique" ? Un immense maillage d’activités, de forces et d’événements qui contribuent à l’animation, l’éducation et la sensibilisation des publics au Cinéma avec un grand "C" dans tout ce qu’il comporte de diversités, de complémentarités, de différences et de ressemblances : participation aux dispositifs scolaires d’éducation au Cinéma, organisation d’événements autour des films, création d’ateliers, participation du public à la programmation de la salle, travaux en commun entre les cinémas, mutualisation des forces, promotion du Cinéma Art&Essai, du court-métrage, encouragement de la création, etc. Autant dire des actions tout à fait inimaginables au sein des grands centres commerciaux du Cinéma où le maître-mot est la performance...

Malgré les chiffres faramineux comptabilisés par les multiplexes (146 lieux sur le territoire, soit 7 % de l’équipement national, réunissant 55 % des recettes), on voit poindre aujourd’hui des indices prouvant que ces derniers ont en partie failli à leurs paris originels. La fréquentation n’a pas augmenté de façon drastique (depuis leur implantation, elle a suivi une tendance de progression déjà annoncée depuis 1994 passant d’environ 130 à 180 millions d’entrées annuelles, stabilisées depuis 2001 avec deux pics en 2004 et 2006), les investissements réalisés à l’époque étaient énormes et ces cinémas ne sont toujours pas rentables, les cartes illimitées, bien qu’ayant fidélisé un certain public, sont une nouvelle charge pour les grands groupes (UGC annonce un billet moyen à 5,04 € ce qui paraît étonnamment haut pour des cartes à 20 € par mois), les 12-25 ans, cible des multiplexes, se désintéressent de la sortie cinéma (ils ont d’autres éléments d’attention : téléphonie, home cinéma, etc.), les plus de 50 ans qui vont de plus en plus au ciné ne se retrouvent pas dans le fonctionnement des multiplexes, le passage au numérique sonne le glas de nouveaux investissements pour les salles (et pas des moindres : changement des chaînes son, modernisation des cabines, formation des opérateurs, professionnalisation des exploitants associatifs...), et, comble du comble, le public entame un très léger retour au cinéma de proximité (pouvoir d’achat en baisse, prix des transports en hausse, souhait de cinémas à taille humaine).

Il se présente plusieurs solutions dès lors au problème des multiplexes : soit la fréquentation augmente encore et dépasse les 250 millions d’ici à 5 ans (utopie), soit les grand groupes revoient leurs capacités à la baisse, soit les cinémas indépendants et de proximité, 1077 lieux, ferment. Purement et simplement.

Ces cinémas de proximité accusés de dilapider l’argent public via des subventions soi-disant illégitimes sont donc la cible d’une campagne de décrédibilisation et de remise en cause de leur action... Municipales approchant, l’Etat annonçant des coupes franches dans les budgets culturels, il semblerait que le vent soit en train de tourner dans le sens de marche du capitalisme à roulettes. Vous savez ? Celui qui prend au pauvres pour gaver les masses...

(Sources : "Géographie du cinéma" oct. 2007 CNC, "Exploitation cinématographique : les salles municipales, boucs émissaires de l’imprévoyance des circuits" janv. 2008 François Aymé, "Entretien avec Guy Verrecchia, PDG d’UGC" Le Monde 08/02/2008)


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7 réactions à cet article    


  • JoëlP JoëlP 28 février 2008 10:41

    Mon cinéma de proximité mène des actions multiples en direction des scolaires. Mon cinéma de proximité crée de l’animation et de la vie en centre-ville.

    Le complexe de 11 salles (assez proche) passe un maximum de films que je n’ai pas enve de voir (donc très peu que j’ai envie de voir). Chose étonnante, au niveau national, je vois sur internet qu’ils passent de films que je verrais volontiers mais il semblerait que ces films soient réservé à la région parisienne.Et cela fait des années que a dure. Donc merci à ma petite salle !

     


    • Lucrezia 28 février 2008 10:59

      Le problème n’est pas un choix entre des salles de proximité ou des salles multiplexes : Le problème n’est-il pas de savoir ou est la production cinématographique de qualité du cinéma Français ?

      Les Salles diffusent à tour de bras des films sur des périodes de plus en plus courtes dont l’intérêt du film tient généralement dans la bande annonce !

      10 € pour une telle place de Spectacle est bien souvent du racket à l’état pur ! Le Cinéma Français n’est-il pas en train de se loger la même balle dans le peid que l’Industrie du disque Français ...qui continue à s’interroger pourquoi les Français boudent des disques à 20 € vite fait par des artistes purement marketing d’un Jour !

      A-t-on besoin de sortir un film de l’affiche au bout de 15 jours ? N’est-ce pas une spirale de la médiocrité qui oblige à sortir de plus en plus de films ...mais on ne fabrique pas à la demande des acteurs ...cela se travaille sur des années ...Peut-être faudrait-il inventer le concept de la Star’Ac pour les acteurs ! ( (lol)


      • Jiem Jiem 28 février 2008 11:17

        Je suis tout-à-fait d’accord avec toi. La production française n’est tout de même pas seule responsable.

        Néanmoins, j’ai choisi de ne pas axer mon article sur ce thème-là (peut-être un prochain article...), qui est adjacent au problème. Le constat actuel de l’industrie du cinéma en France s’engorge de nombreuses problématiques dont celle de la production fait partie, on pourrait aussi parler de la phagocytose de l’Art&Essai par les multiplexes, de la distribution sélective des copies, ...

        Il est clair que trop de films tue les films, et quand on voit le nombre de laissés-pour-compte chaque semaine, la prise de conscience est subite.


      • Marc Bruxman 28 février 2008 19:36

        Bien quand même à film égal on est souvent mieux reçu au multiplexe (meilleur écran, meilleure sono, services...).

        Il y a des multiplexes comme le MK2 qui ont une bonne programmation.

        Il y a maintenant la concurrence du "home cinéma". Je ne parle pas de la télé mais du vidéoprojecteur.

        Les subventions quand à elles peuvent se justifier amplement quand il y a une programmation type "art et essai". Pour d’autres cinémas de quartier, elle est injustifiable.

        En tout cas le projecteur numérique même si il va demander des investissements dans un premier temps devrait fortement baisser les coûts de tous les cinémas en permettant de se passer de personnel de projection. En mettant une borne automatique pour la vente des billets et en mettant un gros stand "popcorn" cela peut permettre à certains cinés de redevenir rentable sans subventions.


        • Jiem Jiem 28 février 2008 20:08

          A film égal, tout dépend de la salle, de la ville, de l’opérateur, de la maintenance, ... j’ai fréquenté beaucoup d’établissements différents et j’ai des souvenirs de projections floues dans des multiplexes, de cassage dans des petits ciné, etc. La qualité de la projection n’est pas dépendante de la puissance du matériel...

          Dans les multiplexes, il y a souvent 5 opérateurs pour lancer 10 à 20 projections. Dans les mono ou biécrans, l’opérateur est toujours à proximité pour vérifier le bon déroulement de la séance...

          Les MK2 sont en effet spécialisé dans le film d’auteur, je ne remets pas ça en cause (par contre, je ne comprend pas pourquoi ces derniers s’allient à UGC contre les petites salles...).

          ATTENTION ATTENTION quand tu parles de la projection numérique !!! Elle nécessitera tout autant la présence d’un opérateur pour charger le film dans le serveur, lancer les séances, surveiller, nettoyer le matériel optique après chaque projection : un projecteur numérique cinéma n’est pas un videoprojecteur de salon... Les estimations de coûts de maintenance sont largement plus impressionnantes que pour les projecteurs argentiques (quand un boulon tombe d’un projecteur argentique, on le remet, quand une plaque se barre, on la ressoude... un projecteur numérique est fait de 3 ou 4 parties stériles et indémontables : en cas de casse, il faudra changer le matos). D’autre part, je doute que les stands pop-corns renflouent les creus financiers en territoire rural...


        • Marc Bruxman 1er mars 2008 16:56

          A film égal, tout dépend de la salle, de la ville, de l’opérateur, de la maintenance, ... j’ai fréquenté beaucoup d’établissements différents et j’ai des souvenirs de projections floues dans des multiplexes, de cassage dans des petits ciné, etc. La qualité de la projection n’est pas dépendante de la puissance du matériel...

          Ben un p’tit peu quand même. Avec du bon matos, il faut un opérateur très mauvais pour foirer une projection. A l’inverse avec du matos pourrav’, il faudra quelqu’un de très bon pour la réussir.

          Dans les multiplexes, il y a souvent 5 opérateurs pour lancer 10 à 20 projections. Dans les mono ou biécrans, l’opérateur est toujours à proximité pour vérifier le bon déroulement de la séance...

          En théorie cela devrait effectivement aider. En pratique sur du matos bien entretenu il n’y a que rarement de problèmes.

          Les MK2 sont en effet spécialisé dans le film d’auteur, je ne remets pas ça en cause (par contre, je ne comprend pas pourquoi ces derniers s’allient à UGC contre les petites salles...).

          Les MK2 ne luttent pas contre les petites salles, ils luttent pour leur survie ! Si tu sors beaucoup, tu as certainement l’expérience du "le film la ouais mais faut aller à l’UGC parce que j’ai la carte".

           

           

          ATTENTION ATTENTION quand tu parles de la projection numérique !!! Elle nécessitera tout autant la présence d’un opérateur pour charger le film dans le serveur, lancer les séances, surveiller,

          Oulah ! Charger le film dans le serveur... C’est une opération assez anodine consistant à mettre un rack contenant un gros disque dur dans l’engin. C’est à la portée de n’importe qui et prendra moins de deux minutes par film tous les mercredi matin. Ca c’est pour les premiéres versions. Les suivantes recevront directement leur film par satellite et il n’y aura plus de support amovible.

          De même pour le déclenchement des films, il est tout à fait possible de coupler ca au système d’information du cinéma pour déclencher le film à heure fixe automatiquement. Ce qui veut dire concrétement :

          • Que l’opérateur du cinéma sélectionnera ses films sur un extranet, indiquera ses horraires de projections pour la semaine, la taille des salles, etc, ...
          • Que les clés de décryptage des films seront alors envoyés automatiquement au projo numérique. Ce dernier se chargera alors de télécharger les films par satellite. Le certificat associé à la clé de décryptage contiendra les horraires et salles auquels une projection est autorisée.
          • Le système lancera automatiquement à ces heures une projection dans les salles données.

          Toute la techno pour faire cela existe déja. Et un système contenant zéro mécanique sera par nature plus fiable qu’un système mécanique comme les projos actuels.

          Les estimations de coûts de maintenance sont largement plus impressionnantes que pour les projecteurs argentiques (quand un boulon tombe d’un projecteur argentique, on le remet, quand une plaque se barre, on la ressoude... un projecteur numérique est fait de 3 ou 4 parties stériles et indémontables : en cas de casse, il faudra changer le matos).

          Oui seulement vous parlez justement de pannes mécaniques. Or un tel projecteur contiendra peu de piéces mécaniques en mouvement. Pour ce qui est de l’électronique, il est possible de produire du matos très fiable c’est juste une question de coût initial de production. Je peux te garantir que quand j’achète du matos télécom pour le bureau ce dernier est autrement plus fiable que mon PC de bureau. (Au niveau matériel).

          Croire que le caractère non réparable de l’électronique va monter les coûts de maintenance est un leurre. A chaque fois que l’on a remplacé des pièces en mouvement par de l’elec c’est l’inverse qui s’est produit. Car effectivement quand il y a une panne on change une grosse partie de la machine, mais il y a très peu de pannes.

          Quand au prix des projos il diminuera certainement très rapidement. Comme c’est toujours le cas avec l’électronique.

          D’autre part, je doute que les stands pop-corns renflouent les creus financiers en territoire rural...

          Ah bah ils ont qu’a y vendre du saint nectaire !

           


        • Vincent Delaury Vincent Delaury 29 février 2008 00:56

          Article intéressant. Merci.

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