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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « American Vertigo »

« American Vertigo »

BHL Vertigo ! A la recherche de la substantifique moelle...

J’ai résisté longtemps. Hélas, je me suis laissé corrompre par la tentation de faire avec BHL, en cette période riche en élections, quelques pas avec Tocqueville : j’ai donc lu « American Vertigo » ! Qu’en retiré-je ?

Cet ouvrage mériterait d’être joint, en note, aux biographies de l’auteur pour illustrer ses méthodes et son travail d’intellectuel. B.-H. Lévy, suivant une démarche typiquement française, se contente de décrire, d’un ton léger, distant et assez condescendant, quelques tableaux de la société américaine dressés à l’occasion de rencontres organisées comme un « voyage d’études », pour nourrir ce qu’il voudrait nous faire prendre pour une philosophie de l’histoire, mais qui n’est qu’une logorrhée destinée à en mettre une couche de plus sur son ego. Heureusement que son éditeur doit limiter la pagination, car son exercice savant, s’il ne nous rappelle en rien les écrits de Tocqueville, nous entraînerait dans ces récits de voyage sans fin, comme « Le Tour du monde » (Librairie Hachette, 1850), dont nous avons abandonné depuis longtemps la lecture au profit du reportage filmé. Lévy n’est pas Tocqueville, bien qu’il se donnât beaucoup de mal, dans l’épilogue, pour tirer des conclusions géostratégiques, sinon originales du moins aussi difficiles à déchiffrer que ses œuvres philosophiques (cela va sans dire). N’importe quel journaliste aurait pu écrire ce Vertigo sans quitter son bureau des bords de Seine. Et de plus, tout au long de ce long voyage, il n’approche jamais Chateaubriand (autre référence incontournable pour un écrivain de sa trempe) - Non, Les Natchez, ce n’est pas de lui !

B.-H. Lévy nous donne finalement le script sépia d’un « 5 colonnes à la une », dans lequel le premier rôle reviendrait au cameraman devant l’insuffisance des dialogues, écrits au jour le jour pour justifier honoraires et notes de frais de l’écrivain-philosophe-qui-met-ses-pas-dans-ceux-de-Tocqueville, à la demande d’un commanditaire certainement généreux qui les fera lire par sa secrétaire - et, nous semble-t-il, imprudent. Le retour sur investissement repose en effet sur la starisation de l’auteur, mais les Américains, qui sont gens réalistes, et donc assez indifférents aux grandes fresques historiques et aux idées trop compliquées, en auront-ils pour leur argent : Value for money ? that is the question...

Oui, « American Vertigo » peut rester sur les gondoles des grandes surfaces ; c’est un travail bâclé, un livre fait à la va-vite, écrit avec une fourchette argentée, dont la lecture ne peut être recommandée qu’au psy de l’auteur. B.-H. Lévy a choisi de voir en fonction de ses propres références livresques dont on connaît l’originalité, mais qui ne suffisent pas ici à masquer le vide de son entreprise. Un « exercice de style » que Raymond Queneau ne rangerait pas parmi les meilleurs, mais qui peut aider, certains soirs, à retrouver plus rapidement les bras de Morphée...

Quant à monsieur de Tocqueville, rappelons au nouveau prince qui gouverne, qu’il considérait que le point critique de la démocratie résidait dans le respect des droits de la minorité par la majorité élue.


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5 réactions à cet article    


  • del Toro Kabyle d’Espagne 28 mai 2007 15:32

    Merci Gérald :)

    Quand vous pensez que c’est ce gugus qui donne le la à une partie du monde éditorial et médiatique (membre du conseil de surveillance d’Arte, je vous « prix »...), y a de quoi regretter les seventies.


    • libertylover phthoreux 29 mai 2007 01:31

      Il y a quelque chose d’indéniablement sympathique chez BHL.

      L’amour ébloui et fidèle qu’il voue à sa femme par exemple. On peut insinuer qu’il s’agit d’une forme d’expression bourgeoise et réactionnaire des sentiments, n’empêche, c’est touchant. Il y a aussi la conviction sincère qu’il construit une grande oeuvre philosophique et l’acharnement qu’il manifeste pour tenter de laisser une trace. Trente livres ce n’est pas rien et cela suffit pour qu’on le respecte.

      Au delà de ces considérations liminaires il y a hélas cet univers sucré, superficiel dans lequel il évolue, qui privilégie le « paraître » davantage que « l’être », et qui baigne dans les poncifs et les déclamations boursouflées. Hélas, la pensée de BHL est plate, assez insipide et tous les artifices de forme tendant à en rehausser la saveur sont vains. Lorsqu’il parle, il use et abuse de citations, mais ces béquilles virtuelles ne parviennent à donner consistance et tenue à son discours.

      Pour son dernier ouvrage, il est parti sur les traces de Tocqueville en Amérique. Louable dessein, mais on pense plutôt à Bécassine tant il paraît loin de son modèle et tant il semble passer à côté du sujet. Son périple, pompeusement intitulé « American Vertigo » aboutit à une somme épuisante de clichés, d’évidences ou de micro-anecdotes insignifiantes auxquelles il accorde une importance démesurée. Il voyage (25.000km !), mais il ne « sent » pas l’Amérique car il reste trop extérieur à elle. Formidable découverte : il constate ébahi que tout est grand là bas, les autos, les hôtels, les aéroports, les centres commerciaux ! Il révèle qu’à New York il y a des prisons et même des prisonniers à l’intérieur ! Que Las Vegas c’est la ville des excès, des paillettes, des spectacles de peep show et de lap dancing ! Il a même rencontré avec stupéfaction un indien anti-sémite ! Il dit enfin combattre l’anti-américanisme, mais on cherche ce qui trouve vraiment grâce à ses yeux dans ce pays. Comme tout benêt il exècre au premier degré Bush et les « néo-conservateurs ». Il juge la guerre en Irak absurde et désastreuse, tout en condamnant l’esprit munichois face au totalitarisme. Il nous sert enfin quelques couplets éculés sur le puritanisme, la religion, le capitalisme... En somme ce livre fait penser à la réflexion de Jean-François Revel :« quiconque souhaite se renseigner sur les Etats-Unis dispose de tous les moyens d’y parvenir, même sans y aller. » et que « si l’on est mal renseigné, même en y étant allé souvent, c’est qu’on veut l’être. »

      Je conseille donc sur le sujet, la lecture de « l’Obsession anti-américaine » de ce dernier, ou bien la relecture de Tocqueville encore très actuel et trop méconnu en France. Je me risque enfin à proposer mon ouvrage « L’esprit de l’Amérique » dans lequel j’ai cherché humblement à recenser tout ce que le monde doit à cette nation fascinante.


      • GéraldCursoux Cursoux Gérald 29 mai 2007 09:07

        Merci de votre message. Bien évidemment toute tentative de produire une oeuvre philosophique mérite considération. Bien évidemment BHL avec Arielle à ses côtés mérite considération. Mais de même qu’Arielle surjoue son rôle, y compris à la ville, (pour notre bonheur), il surjoue parfois (trop souvent) le sien, et devient un homme inauthentique et agaçant, comme dans ce Vertigo américain. Autre ouvrage à lire sur les USA, le ptit livre d’Alain Minc « Ce monde qui vien » dans lequel il dit en quelques pages ce que BHL n’a pas approché en trois cent pages. Bien à vous


      • Corto 29 mai 2007 20:35

        J’ai lu « American Vertigo » pendant un séjour aux US....et ai trouvé le bouquin intéressant et très juste dans l’analyse de la société américaine d’aujourd’hui. Le parrallèle avec Tocqueville est un peu poussif par moment mais à part ça je recommende le livre qui permet de comprendre de l’intérieur une société fascinante. Je ne comprends pas certains des commentaires ci dessus et les trouvent plus orientés contre l’image de BHL que son bouquin.


        • Jean-Philippe Immarigeon Jean-Philippe Immarigeon 17 juin 2007 12:29

          Bon, puisque quelqu’un s’est fait de la pub, pourquoi pas moi. Lisez donc mon « American parano », qui n’est pas une réponse à BHL parce que j’ai lu Tocqueville, moi smiley, et que mon ouvrage (dont une suite sortira fin octobre) a été consacré meilleur essai politique de l’année 2006 par le magazine Lire (RTL-LCI), lui re smiley.

          Sinon, sur l’ouvrage de BHL, rien à dire d’autre que ce que j’écris précisément dans « American parano » (et ça vaut pour le film qui sort mercredi 20 juin) : « On ne refait pas le chemin de Tocqueville, et c’est un non-sens de marcher dans les traces de quelqu’un dont on a oublié l’absence de parti pris. » Il n’y a que deux pages à sauver, le seul moment où BHL comprend qui sont les Américains : lorsque, dans une file d’attente à l’aéroport, il surprend un conversation « amoureuse », qu’il réalise qu’une Américaine, qu’il croyait vouloir engager la conversation, se contrefout en fait royalement de son opinion à lui, et qu’il plante le logiciel de billets de la compagnie aérienne parce que sa réservation sort de la norme. Deux page, c’est tout, et c’est peu. Mais toute l’Amérique est là : la modélisation, l’intolérance, et la bordel généralisé. Tout ce que l’on voit de l’Amérique aujourd’hui, de Guantanamo à la défaite en Irak, en deux pages. Le reste, et surtout le dernier tiers sur Hegel, c’est, comment dire,... c’est rien.

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