• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Au cœur de la Commission belge de contrôle des films : les origines (...)

Au cœur de la Commission belge de contrôle des films : les origines (II)

À peine les premières images diffusées, à la fin du 19ème siècle, que les critiques fusent déjà, en Belgique, à l’endroit du cinéma. Suspicions éparses et arguments fallacieux viennent heurter de plein fouet ce nouveau média, encore largement inconnu, faisant au passage peu de cas du libéralisme et de la liberté d’expression. D’aucuns dénoncent le coup porté à la moralité enfantine, susceptible d’être pervertie par ces réalisateurs-créateurs en plein essor, hâtivement jugés et catégorisés. Recevant la férule des plus conservateurs, les salles de projection vont connaître un authentique chemin de croix. Qualifiées de dangereuses en raison de leur matériel hautement inflammable, elles doivent en outre essuyer les diatribes de ceux, nombreux, qui voient d’un mauvais œil le mélange d’hommes et de femmes dans un lieu exigu, plongé dans l’obscurité qui plus est.

Sans tarder, les groupes de pression, notamment catholiques, portent le débat sur la place publique, c’est-à-dire dans la presse et au Parlement. Taxé d’apôtre de la perdition, le cinéma subit les supplices sans broncher et voit même le nombre de ses salles croître pour atteindre approximativement les 650 écrans à la veille de la Première Guerre mondiale. Nul besoin d’un doctorat en médecine pour alors deviner toutes les promesses du bulletin de santé du septième art. Mais c’est sans compter sur l’acharnement et l’abnégation de quelques-uns. Car, une fois l’armistice signé, le lobbying anticinématographique reprend de plus belle, avec le soutien inédit des libéraux et des progressistes. Cette alliance de circonstance, à tout le moins disparate, refuse catégoriquement de jeter l’éponge et parviendra in fine à influer sur l’agenda politique.

La loi Vandervelde ceinture le cinéma

Les doléances des adversaires du cinéma débouchent finalement sur la loi Vandervelde, promulguée en 1920. Portant le nom du ministre socialiste de la Justice, le texte entend répondre aux griefs exprimés par les groupes de pression tout en respectant les principes constitutionnels consacrant la liberté de la presse. Dorénavant, l’industrie a la possibilité – mais pas l’obligation – de soumettre ses œuvres à la Commission de contrôle des films, seule instance habilitée à délivrer la mention « Enfants admis ». Pour les producteurs, ne pas se prêter au jeu revient donc à se priver du public familial. Un cataclysme économique propre à effrayer même les plus téméraires. Alors, parfois, pour décrocher le précieux sésame, les industriels doivent ronger leur frein et opérer des coupures inconséquentes, voire faire la danse du ventre, comme en témoignent les archives de la Commission. Les plus intempérants, ceux qui refusent les concessions artistiques exigées, se font d’abord taper sur les doigts, avant finalement de traîner le fardeau de l’inadmissibilité des moins de 16 ans. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, la classification EA/ENA devient tout bonnement incontournable.

Une Commission toute-puissante... et décriée

La Commission n’a jamais fait dans la dentelle. Une directive datant du 19 avril 1921 établit les premiers critères de contrôle : sans surprise, la violence, le sexe et l’horreur constituent des tabous absolus. Arbitre autoproclamé des mœurs, insensible au chant des sirènes, l’instance publique, instaurée en 1920 et définitivement sur les rails en 1922, s’adonne à une véritable chasse aux sorcières, alpaguant tout film susceptible de « contaminer » l’esprit des plus jeunes. À ce jeu-là, le moindre quolibet peut paraître suspect. C’est dire si l’industrie marche sur des œufs.

Le premier président de la Commission est juge des enfants. Il se trouve entouré par des journalistes, des avocats, des distributeurs et exploitants cinématographiques, des enseignants ou encore des politiciens. Tous résultent d’une nomination prononcée par le ministre de la Justice et se voient attribuer un mandat renouvelable jusqu’à 67 ans. C’est peu dire que l’arbitraire de ces désignations politiques confine au non-sens. D’aucuns s’interrogent d’ailleurs sur la représentativité, la légitimité et les compétences de ces « commissaires » tout droit sortis du chapeau ministériel. Et à juste titre. Il faudra par exemple attendre des années avant que la Commission ne se féminise quelque peu.

À noter : d’un point de vue purement pratique, l’instance publique compte plusieurs sections de première instance, composée le plus souvent de cinq membres, et comprend également une section d’appel. Elle ne peut refuser des films pour des motifs religieux, politiques ou idéologiques, ce qui ne l’empêchera toutefois pas d’empiéter au-delà de ses prérogatives. Sortir des limites de son mandat deviendra même une habitude de la maison.

 

Lire aussi :

Au cœur de la Commission belge de contrôle des films (I)

J’ai fait le tour du monde en quelques films

The Dark Knight Rises, épilogue d’une saga apocalyptique


Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (5 votes)




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON









Palmarès



Partenaires