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Au nom du peuple

Cette annonce concerne celles et ceux qui, sans forcément habiter Paris devenu hors de prix, aiment à y traîner.

Tous les jours à 12h, le cinéma Le Champo projette le film de Dino Risi : Au nom du peuple italien (1971)

« Pourquoi Au nom du peuple italien est-il l’une des plus belles réussites de la comédie à l’italienne  ? demandent Les inrocks.

« D’abord parce que le film, du moins dans ses deux premiers tiers, est très drôle (…),

Parce que les idées de gags fusent, que Risi manie la métaphore avec une réelle gaieté (le palais de justice qui tombe en ruine, le petit poisson que le juge réussit à pêcher avec un grand filet, le chef d’industrie interrogé en costume de général romain, etc.), parce que ses deux interprètes principaux sont en pleine forme.

Mais il y a une raison plus profonde à cette réussite évidente. Dino Risi (…) y aborde quasi frontalement l’une des contradictions intellectuelles internes de la comédie italienne : peut-on, idéologiquement parlant, se moquer des revers les plus folkloriques du citoyen italien issu du peuple (son incivilité, son origine régionale, son goût immodéré pour le football, les arrangements financiers et les petites femmes faciles), sans tomber dans le mépris social  ? Comment critiquer son propre peuple sans faire dans la moralisation bourgeoise  ?

Le récit d’Au nom du peuple italien oppose deux personnages : un juge incorruptible, Bonifazi, droit dans ses bottes, de gauche, qui rêve d’une Italie propre (Ugo Tognazzi), face à Santenocito, un richissime homme d’affaires véreux d’origine sicilienne, menteur, hâbleur, machiste, malhonnête (Vittorio Gassman, dans un de ses rôles favoris).

Le ton semble donné : d’un côté, il y a le bon justicier, et de l’autre l’escroc type, issu du boom économique italien de l’après-guerre par des moyens pas toujours très reluisants et dont l’héritier direct sera l’Homo berlusconus.

Or, petit à petit, Risi brouille les cartes. (…). »

http://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/au-nom-du-peuple-italien/

 

Jean-François Rauger dans Le Monde, lui, y voit « une perle noire de la comédie italienne » :

« Réalisé en 1971, Au nom du peuple italien est un chef-d'oeuvre tout en constituant une forme limite de la grande comédie italienne. (…)

Ecrit par les vétérans Age et Scarpelli, le film de Dino Risi est construit sur l'affrontement entre un petit juge progressiste chargé d'une enquête sur la mort suspecte d'une prostituée et un industriel richissime et réactionnaire, corrupteur, pollueur, soupçonné d'en être l'auteur. C'est d'abord un duel entre deux acteurs d'exception, un combat épique entre Ugo Tognazzi (le juge) et Vittorio Gassman (l'industriel), alors véritables stars de la comédie transalpine, et dont le seul jeu détermine le rythme de la mise en scène.

(…) Le monde décrit par Risi avec sa cruauté habituelle est désormais l'envers d'un miracle économique (celui des années 1960), ou plutôt son trop-plein qui a littéralement débordé, est devenu une écume empoisonnée qui pollue les rivières, souille le paysage et corrode les immeubles (le palais de justice s'écroule) et les consciences. Les personnages grotesques, produits d'une société sans repères, se révèlent tous irrécupérables.

(…) Il ne s'agit pas seulement, en effet, de dénoncer les effets de la modernité mais de souligner, parfois de façon burlesque, la persistance d'une malédiction dont le fascisme n'a été qu'un des avatars.

Plus spectaculairement encore, le film de Risi témoigne d'une véritable prémonition. Placé, au terme du récit, devant un dilemme, le petit magistrat est confronté à la possibilité (ou la nécessité ?) d'enfreindre la loi au nom d'un impératif moral plus vaste. Son geste annonce littéralement l'affirmation du pouvoir des juges qui, vingt ans plus tard, transformera la nature même de l'Etat italien. Prophétique. »

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/01/22/au-nom-du-peuple-italien-une-perle-noire-de-la-comedie-italienne_1820700_3246.html

 

Le film peut passer pour témoignage sur l’Italie des années soixante. Quatre ans après sa sortie, en 1975, Gianfranco Sanguinetti publiait sous le nom de Censor Le véridique rapport sur les dernières chances de sauver le capitalisme en Italie. On a vu depuis qu’il était un peu optimiste.

http://www.babelio.com/livres/Censor-Veridique-rapport-sur-les-dernieres-chances-de-sau/429380

Le film pourra paraître aussi prénomitoire. Les Italiens qui y verront sans surprise une caricature de leur cavaliere qui bouge encore. Les Français pourront penser à leur souverain déchu qui est sorti « indigné » de son dernier entretien avec un petit juge fort insolent.

Mais lorsqu’on entend Vittorio Gassman vanter à Ugo Tognazzi les vertus du « langage adhérentiel » et affirmer qu’il convient de « désimplifier » les choses, on se dit qu’on est vraiment en présence d’un manager très contemporain.


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3 réactions à cet article    


  • Piere CHALORY Piere Chalory 27 mars 2013 12:13

    @ l’auteur,


    Dino Risi est sans équivalent à mes yeux, en ce qui concerne la comédie en ce qu’elle a d’objectivement ’’humaine’’. Contrairement aux films francais, où les héros se prennent systématiquement au sérieux, les italiens osent se moquer d’eux mêmes. L’outrance est utilisée, poussée jusqu’à l’absurde, et le romantisme désintégré.

    Le film’’’ In nome del Popolo Italiano’’ est parfaitement réussi dans l’équilibre du jugement, ou plutôt dans l’absence de jugement, sur la ’’valeur’’ du juge et de l’homme d’affaire sans scrupule. Les deux hommes sont dépouillés, mis face à eux mêmes et leurs propres contradictions. Le juge soupconneux, étriqué, minable, roulant en Ciao, sorte de mobylette en moins cher, et le patron demi mafieux, roulant en Maserati, envoyant son père à l’asile sans état d’âme, concluant les affaires à l’aide de jolies prostituées qu’il fait passer pour sa fille, etc. 

    Le contraste permanent, les pesrsonnages caricaturaux, la mise en scène ultra inventive, en 5 minutes il se passe plus de choses que dans 1 heure et demi de la majorité des films actuels. Il est à noter aussi que Dino Risi, bien avant le père noël est une ordure, avait évoqué l’étrangeté de ces structures d’aide aux désespérés dans ’’Straziami, ma di baci saziami’’, la scène où un homme téléphone à sos amitié avec son révolver sur la tempe a peut être bien inspiré le père noël est une ordure, qui reste une comédie exceptionelle dans les films francais.

    • Nuccia Nuccia 27 mars 2013 15:17

             Outre l’incarnation majestueuse et véridique des deux personnages par les acteurs principaux on sort de ce film marqué par la véracité du propos . Rien de daté dans le scénario et les dialogues mais une simplicité qui touche au symbolique en permanence . 

      Le lien avec l’actualité est rapidement noué : Sarkuzac / Santenocito rejoignent les grandes figures de petits traîtres qui peuplent de tous temps le théâtre ; quant au juge Bonifazi , sa quête immodéré et hardie rappelle dans son débat intérieur final ( que nous ne révélerons pas ) les pièges et ambivalences de la vertu ...
             Comme toute grande comédie elle interroge le réel sur son statut , agite ce monde tissé de codes pour initiés , de règles sans cesse déjouées , de promesses trahies , d’arbitres suspects ...et évoque le programme consistant à « s’émanciper des bases matérielles de la vérité inversée ... » ( Debord )

      • Jules Elysard Jules Elysard 27 mars 2013 15:28

        En 1977, Jean-Louis Bertucelli sortira son film L’imprécateur, d’après le livre de René Victor Pilhes paru en 1974. Il y sera aussi question de puissants, de managers et d’un directeur des relations humaines campé par Jean Yanne.

        Ce film français (avec aussi Michel Picolli, JP Marielle, Marlène Jobert...) mériterait de sortir une nouvelle fois en salle, et une première fois en DVD ou BlueRay.

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