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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Audiodescription : des mots pour voir

Audiodescription : des mots pour voir

Une émission de Laurent Ruquier sur France 2 donnait récemment la parole au chanteur Gilbert Montagné, qui défendait le procédé de l’audiodescription. La stupéfaction de Laurent Ruquier et l’« exaspération » de Eric Zemmour prouvaient à quel point ce procédé demeure mal connu des médias pourtant les plus concernés et aussi du grand public. Les rédacteurs du site http://www.audiodescriptionfrance.org souhaitent combler cette lacune.

Les programmes TV audiodécrits restent exceptionnels, bien que des avancées comme la Loi sur l’accessibilité de 2005 et ses diverses répercussions laissent espérer des développements plus conséquents. Rien d’étonnant à ce que Eric Zemmour ne sache utiliser sa télécommande pour éviter que les descriptions ne lui "cassent les pieds", ou que Laurent Ruquier ait semblé étonné de ce système : des chaînes comme ARTE, TF1, ou la Télévision Suisse Romande sont maintenant coutumières de la chose, mais France Télévisions, bien que service public, n’a pas encore franchi ce pas dans l’accessibilité de ses programmes à une bonne partie de ses spectateurs/auditeurs.
 
Un brin d’histoire
 

1975. C’est en voyant son meilleur ami aveugle se faire décrire des films par sa femme que Gregory Frazier, jeune enseignant à l’Université d’Etat de San Francisco, a l’idée de l’audiodescription, technique permettant la description de l’image grâce à l’utilisation d’une voix intervenant entre les répliques d’un film ou d’une pièce de théâtre. Ce concept, baptisé "Audiovision", deviendra un programme académique grâce à l’aide et l’enthousiasme du nouveau doyen Auguste Coppola (frère de l’autre, et père de Nicolas Cage).

En 1989, trois Français font le voyage de San Francisco : Marie-Luce Plumauzille, Maryvonne et Jean-Yves Simoneau. Ils ramènent l’Audiovision dans leurs bagages et la développent en France, avec le soutien de l’Association Valentin Haüy pour le Bien des Aveugles (AVH) à laquelle Auguste Coppola donne l’exclusivité du procédé. En 1989 toujours, le premier film audiodécrit pour les aveugles et malvoyants français sera Indiana Jones et la dernière croisade de Steven Spielberg. En 1990 et au Théâtre National de Chaillot, Le songe d’une nuit d’été de William Shakespeare mis en scène par Jérôme Savary sera la première représentation théâtrale audiodécrite.

Un développement tous azimuts mais qui reste d’abord confidentiel

Le catalogue de la vidéothèque de l’AVH compte à ce jour près de 400 films. Depuis 1993, et grâce à l’association Accès Culture, plus d’une vingtaine de salles à Paris et en régions proposent du théâtre et le l’opéra audiodécrits.

Dès 2003, certaines salles de cinéma s’équipent pour proposer l’audiodescription : l’Arlequin (Paris 6) et le MK2 Quai de Loire (Paris 19) avec l’aide de la Mairie de Paris, le Cyrano à Versailles. Le procédé s’applique aux expositions et manifestations les plus variées : la Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris, la Cité de l’Espace à Toulouse, le Futuroscope de Poitiers ou la Cinéscénie du Puy du Fou. Depuis sa création en 2003, le Festival Retour d’Image, qui se penche sur les liens entre cinéma et handicap, utilise également l’audiodescription. Et en 2007, le Festival du film court de Brest propose pour la première fois des courts-métrages audiodécrits dans le cadre de sa sélection officielle ainsi que dans une sélection réservée aux enfants.

Lentement, les chaînes de télévision s’intéressent au procédé, depuis la diffusion en 1995 par La Cinquième du film de Marcel Carné Les enfants du paradis. À partir de 2000, ARTE se lance dans l’aventure et sera longtemps la seule chaîne à diffuser régulièrement (12 à 14 films par an) des films en audiodescription sur tout le territoire français. En février 2008, TF1 diffuse pour la première fois en Audiovision un documentaire : Kilimandjaro, au delà des limites et investit dès lors dans le procédé. Parmi les partenaires les plus actifs à l’étranger, citons la Télévision Suisse Romande.

En 2001, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet est le premier film offrant une piste Audiovision sur un DVD. D’autres films suivront, bien qu’une action de sensibilisation plus soutenue auprès des distributeurs soit nécessaire pour les inciter à intégrer systématiquement une piste d’audiodescription.

Un métier qui a acquis ses lettres de noblesse

En 20 ans d’existence et de mise en pratique, la manière de décrire a changé. Une évolution qui doit d’abord à la contribution du premier public concerné : les non-voyants qui se sont appropriés le procédé, et dont la perception des œuvres est une clé pour comprendre ce qui est utile à dire et ce qui ne l’est pas. Évolution qui doit aussi à un public plus large, passionné de son ou intéressé par une approche différente du cinéma. Les descriptions se sont allégées dans le même temps où elles s’affinaient. Il ne s’agit plus tant de ne pas couvrir les dialogues que de comprendre et respecter toute la richesse d’information que délivre une bande-son : ambiances, bruitages, intonations des voix, et éviter de ce fait des redondances inutiles.

L’audiodescripteur est aujourd’hui un auteur, l’audiodescription est une œuvre de création. Le descripteur doit ressentir l’émotion artistique de l’œuvre, être capable d’analyser sa structure, de comprendre les intentions de l’auteur. C’est un passionné de l’écrit qui doit trouver le terme et le verbe les plus justes, savoir donner si nécessaire à sa description la force d’une évocation, et restituer l’émotion qui l’aura saisi devant l’œuvre à décrire. Il n’existe pas de recettes. Chaque œuvre à décrire proposera de nouveaux défis, supposera un ton et un style à trouver. Et toujours ce choix difficile, dans la richesse des informations contenues dans une image, des éléments essentiels qui aideront vraiment à mieux comprendre.

Aujourd’hui en France, on peut estimer le nombre d’audiodescripteurs à une vingtaine. Beaucoup ont été formés par Marie-Luce Plumauzille dans le cadre de formations dispensées par l’AVH, et sont des auteurs très actifs, réalisant la majeure partie des descriptions proposées. Six d’entre eux créaient en 2008 le site http://www.audiodescriptionfrance.org, destiné à mieux faire connaître leur métier et l’exigence de qualité qui les anime. Rejoints par d’autres descripteurs, ils souhaitent maintenant mieux relayer l’information sur leur métier, et refléter la diversité de l’audiodescription, dont le développement entraînera la coexistence de multiples approches, styles et points de vue.

La Loi sur l’accessibilité : un tournant

Le 11 février 2005 était enfin publiée une loi pour "l’égalité des droits, des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées". Cette loi devait bien évidemment avoir des répercussions sur le développement de l’audiodescription. Le 10 janvier 2008, Gilbert Montagné remettait aux ministres du travail et de la solidarité un rapport sur l’intégration des personnes malvoyantes et aveugles à la vie de la cité. Il recommandait entre autre de développer l’audiodescription, indispensable pour permettre à ces personnes d’accéder pleinement au contenu de l’offre audiovisuelle. Le 10 décembre 2008, était signé, sous l’égide de Patrick Gohet, Délégué interministériel aux personnes handicapées, un document d’engagement sur les principes et orientations de l’audiodescription.

Dans la foulée se mettait en place en mars 2009, toujours sous l’impulsion de M. Gohet, une Commission destinée à promouvoir l’audiodescription. Saluant l’avancée que représente cette initiative, l’équipe d’audiodescriptionfrance.org s’est jointe à la commission – séduite par un des maîtres mots devant guider ses travaux : la qualité – et propose plusieurs axes d’action comme :

  • mener une politique dynamique d’incitation et d’information auprès des producteurs et des diffuseurs de films ;
  • donner la parole aux utilisateurs et faire émerger une véritable activité critique concernant les audiodescriptions proposées ;
  • présenter des solutions simples, éprouvées, et peu coûteuses : mise au point de télécommandes spéciales, accessibilité des descriptions en podcast sur les sites Internet des chaînes, diffusion sur des radios nationales, vente en téléchargement, etc.

Pour la poignée des acteurs "historiques" de l’audiodescription en France (comme Patrick Saonit de l’AVH sillonnant durant des années les routes du pays pour diffuser en salle les films audiodécrits), la mise en place de cette Commission a été la reconnaissance d’un long travail de mise au point et de développement technique du procédé. Nul doute que ce travail de défrichement puisse maintenant déboucher sur une multiplication de l’offre et de la demande, conduise à sa reconnaissance dans une large partie de l’opinion, et permette dans un futur proche à tout animateur de télé d’en parler avec ouverture et exactitude…

 

Jean-Marc Plumauzille

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3 réactions à cet article    


  • Internaute Internaute 16 avril 2009 13:57

    Le PS est un parti mondialiste et qui ne cesse de le répéter. Le fait qu’une partie du PS ait voté non au référendum ne change pas cette politique de fond.

    Voter pour le PS c’est voter pour plus de délocalisations, plus de désindustrialisation, moins de liberté individuelle et moins d’indépendance pour notre pays sur la scène internationale.

    Pour la millème fois, souvenez-vous toujours que le PS a contribué à la mise en place de l’OMC (Organisatin Mondiale du Commerceà avec les ministres Rocard, Cresson et Beregovoy. Souvenez-vous qu’il a voté l’un derrière l’autre tous les amendements à notre Constitution pour permettre la main-mise de la Commission Européenne sur votre destinée.

    Regardez ce qu’Aubry et ces prédecesseurs ont fait de l’industrie d’Artois et de Picardie. Les boîtes on fait faillite à cause du mondialisme promu par le PS. Il ne reste plus qu’une masse d’immigrés au chômage que bien-sur ils ne veulent surtout pas renvoyer chez eux.


    • Mmarvinbear mmarvin 17 avril 2009 02:18

      Vous pouvez me dire ce qu ’ un post politique fait sur un article sur l’audiodescription ???


    • ASINUS 16 avril 2009 15:32

      absolument je souscrit a une reserve prés l instigateur et executant de cette politique se nomme plus exactement UMPS

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