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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Autant en emporte Sagan

Autant en emporte Sagan

Sagan1 Je vous fais grâce de Bonjour tristesse, celui qui la fit connaître, (même si j’ai beaucoup aimé) pour attirer votre attention sur d’autres romans tout aussi intéressants, et bien moins connus...
Il n’y a rien de cul-cul ni de fleur bleue dans les livres de Sagan : elle est une "Modiano" de l’âme, lui arpente Paris à la recherche du temps perdu, elle dissèque la fragilité de l’amour, la mélancolie figée de l’élégance, une jet-set désabusée qui ne sait pas, ou seulement mal, jouir de la vie.

Voici mes quatre préférés, ne vous en privez pas...

Les faux-fuyants (Juilliard, mais on le trouve aussi en Poche)
Sagan2 Sagan sait faire rire, et si vous avez vraiment envie de glousser, alors ce roman est pour vous. Cela se passe pendant la dernière guerre, quatre Parisiens BCBG, riches et snobs, fuient une capitale à feu et à sang à bord d’une voiture de luxe. Après une attaque sanglante qui tue leur chauffeur, ils vont devoir s’abriter chez des paysans en rase campagne.
Le clash des cultures sera impitoyable et irrésistible. (Un film en a été tiré, avec Catherine Jacob et Arielle Dombasle, mais je vous conseille vivement le livre..)
Aimez-vous Brahms ?
Sagan4 Son quatrième roman, un portrait sans complaisance d’une femme de quarante ans amoureuse d’un jeune homme. Sagan n’a que 22 ans à l’époque, et son regard lucide, mais jamais amer, fait mouche.

Deux romans qui mettent en scène des hommes :
La Laisse
Sagan_lais
Un mari musicien écrasé par une femme riche, trop dominatrice, réussira à s’échapper d’un mariage étouffant en composant un "tube"...
Grinçant et lucide.
Un chagrin de passage
Sagancha Un homme jeune, riche, beau, apprend qu’il est atteint d’un cancer. Il fait le bilan de sa vie, atterré.
La fin ? Un twist aussi inattendu pour lui que pour nous, merci Sagan...
Mon interview de Geneviève Moll ; auteur d’une biographie sur Sagan.
Moll2Quand on prononce le nom de Françoise Sagan, le visage de Geneviève Moll s’éclaire, mais son sourire reste triste. « A l’annonce de son décès, j’ai pleuré comme une madeleine, avoue-t-elle. J’avais presque terminé sa biographie, commencée avec son accord. Puis le livre était resté en plan après les révélations de l’affaire Elf, où le nom de Françoise avait fait surface. Ne voulant pas la laisser tomber, j’avais enfin repris mon livre. Et Sagan est morte. Le choc. »

Il a suffi de relater la fin de vie de Sagan, de décrire ses obsèques extrêmement émouvantes, puis le livre était achevé. « J’ai voulu montrer que Françoise Sagan était comme un onyx, à la fois fragile et dure. Faussement dure. C’était une femme qui avait tout eu, trop vite, et qui nourrissait une peur morbide de la mort. D’où le titre de mon livre A tombeau ouvert *.

Pour écrire une biographie, Geneviève Moll passe beaucoup de temps à lire. Des livres, des récits, des lettres, avec l’aide d’un fidèle rabatteur qui déniche tout pour elle au marché George Brassens. Ensuite, vérification des faits en rencontrant les gens, en les interviewant. Exercice d’écriture qu’elle avait déjà entrepris pour son François Mitterrand, le roman de sa vie  (Editions Sand, 1995). Même manœuvre pour Yvonne de Gaulle, en 1999. « J’avais lu dans les mémoires de Jacques Foccard, l’ancien conseiller aux affaires africaines du Général, qu’à plusieurs reprises, de Gaulle changeait d’opinion après avoir discuté d’un dossier avec sa femme. Cela m’a intriguée. J’ai eu envie d’en savoir plus sur cette épouse effacée surnommée « Tante Yvonne ». Et j’ai découvert un personnage fascinant. »

Celle qui a vécu dans l’ombre de son mari, affublée de chapeaux démodés, se révèle sous la plume de Geneviève Moll comme une femme courageuse, humaine, et beaucoup moins fade que l’histoire ne l’a laissé croire. « J’ai mis en lumière une femme amoureuse, aimée et respectée de son mari. » A la publication du livre, Philippe de Gaulle confie à Geneviève Moll : «  On aurait dit que vous étiez assise dans le lit de mes parents. » Après le succès de cette biographie, la journaliste s’attaque à un roman, son premier. Le cadre : Le Vatican. L’intrigue : et si le Pape était kidnappé ? Cela donne Une chambre au Vatican , (Ramsay, 2003), un polar haletant qui plonge le lecteur dans les coulisses secrètes de l’Eglise bien avant le Da Vinci Code  !

Il y a cinq ans, Geneviève Moll retrouve le chemin de la biographie avec Sagan. « Je connaissais un peu Françoise. Elle me fascinait depuis Bonjour tristesse  et la révolution de ce premier roman qui osait parler du plaisir sans restriction, sans honte. Je voulais comprendre son parcours, pourquoi elle avait des problèmes avec le Fisc, comment elle en était arrivée là. Sagan était brillante. Drôle. Intelligente. Irremplaçable. Je veux avec mon livre donner envie de relire son œuvre. Une grande œuvre. Elle a exploré les mêmes horizons que Proust : les travers et les bonheurs de la vie. A présent, je sais qui elle est. Sagan, c’était un soleil noir.  »

Après avoir sortie « Tante Yvonne » de l’ombre, Geneviève Moll ressuscite pour nous Sagan, écrivain de lumière qui s’est brûlé les ailes. Un portait talentueux, qui n’est jamais complaisant.

*Editions Ramsay


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