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Autour du Lapin Agile

"Le Lapin agile, c'est le coffre-fort de l'éternité", déclara Claude Nougaro. Ce fut en tout cas d'abord un lieu de perdition. Aujourd'hui chargé d'histoire de forfaits et de crimes, comme de chansons, d'art et de poésie, il fut le lieu témoin de la mise en scène du fameux canular du tableau peint par la queue d'un âne ! C'est là aussi que Charlie Chaplin entendit pour la première fois "Je cherche après Titine", chanson qui est devenue en quelque sorte son emblème. De grands noms peuplent les murs de ce cabaret mythique : Brassens, Mac Orlan et tant d'autres...

Du "Cabaret des assassins" au "Lapin Agile"

Le bâtiment fut construit en 1795. C'était une auberge de rouliers mal fréquentée, d'où le nom qui lui sera donné vers 1860 : "Au rendez-vous des voleurs" puis le "Cabaret des assassins" parce qu'y était accrochée une série de gravures représentant des assassins célèbres, de Ravaillac à Troppmann, exécuté en 1869.

Pendant la Commune, le cabaret est fréquenté par une faune d'artistes dont André Gill (1840 - 1885) qui réalise l'enseigne, le "Lapin à Gill".

Les peintres et poètes du Chat noir vont prendre leurs habitudes au Lapin agile. en 1886, on y trouve régulièrement Charles Cros, Alphonse Allais, Jehan Rictus, Jules Jouy, Aristide Bruant...Mais aussi des peintres connus (Toulouse-Lautrec), des écrivains (Courteline...), hommes politiques (Clémenceau)...

Le Lapin Agile de Frédé au début du XXème siècle : Bruant, Paul Fort, Gaston Couté...

(ci-contre le père frédé et son âne, sacré génie de l'art moderne en 1910...).

En 1903, le père Frédé s'installe au cabaret avec une ménagerie d'animaux. Il vit arriver pour la première fois, amené par Pierre Louys, Paul Fort.

C'est là que le poète récita pour la première le fameux poème "Si tous les gars du monde".

Selon Mac Orlan, Frédé avait une allure de trappeur de l'Alaska. Il entonnait des chansons en s'accompagnant à la guitare.

Charles Dullin y récite des vers dès 1902 ; il ne vit que grâce aux quêtes qu'il fait après ses récitals.

Ami de Frédé, Bruant rachète le cabaret aux soeurs Clermont en 1913 tout en lui laissant la gérance. Puis il le revend à un prix modique à son fils Paul Gérard (dit Paulo) en 1922. Quelque chansons de Bruant :

"A la bastoche", par Daniel Guichard

"Le chat noir" par Jean Roger Caussimon

Et bien sûr la célèbre chanson "A la Bastille" chantée ici par Aristide Bruant lui-même.

Jehan Rictus y chante souvent la misère, un mal dont il mourut d'aillleurs en 1933. Ecouter : "Berceuse pour un pas d'chance", "Complainte de p'tits fanfans morts".

Gaston Couté s'y produisait et finissait souvent ivre à rouler parterre. Picasso et Modigliani fréquentent le cabaret à partir de 1905, drainant derrière eux des peintres et poètes. Playliste de vidéos de 12 chansons de Gaston Couté.

La présence de Roland Dorgeles reste dans toutes les mémoires à cause d'un canular qu'il fit. Lolo, l'âne de Frédé, peignit une oeuvre avec des pinceaux accrochés à sa queue. Dorgelès créa le mouvement pictural "excessiviste" pour se moquer de avant-gardes. L'oeuvre fut exposée au salon des Indépendants en 1910. Dorgelès révéla la supercherie quelques jours plus tard, ce qui créa un scandale.

L'année 1910

En 1910, Victor, le fils de Frédé, est tué derrière le bar d'une balle en pleine tête.

C'est aussi l'année où Francis Carco débarque en plein hiver au Lapin Agile en hiver avec pour passeport un bon de consommation en poche. Il chante des rengaines et écrit "Le Doux caboulot" qui sera chantée par Marie Dubas en 1931 sur une musique de Larmanjat. Au Lapin Agile, il rencontrera notamment Pierre Mac Orlan et Roland Dorgelès. Il sera l'ami de poètes comme Apollinaire, Max Jacob, d'artsites comme Utrillo, Modigliani...Il quitte ce lieu de perdition pour aller vivre chez sa grand-mère à Nice qui lui « donne la croûte et fournit un ameublement soigné ». Francis Carco grimpait sur les tables pour chanter. Il a marqué de son empreinte le cabaret où longtemps après son passage, on continue d'interpréter ses chansons.
Ecouter "Le doux caboulot".

"L'Orgue des amoureux" (musique de Varel et Bailly, chanté par Édith Piaf en 1949)

"Chanson tendre" : sur une musique de Jacques Larmanjat, elle fut chantée par Fréhel en 1935. Carco chanta lui-même cette chanson au Lapin agile, en 1952. Ecouter sa version ici : "Chanson tendre".

Valérie Ambroise chante "il pleut", un poème de Carco, chez Mireille.

Son frère, Jean Marèze, poète, fut aussi auteur de chansons (Sombre dimanche, Escale, etc.). Romancier et cultivant un certain "goût du Malheur", c'est aussi à Francis Carco que l'on doit l'expression « le milieu » qui désigne le crime organisé en France, abrégé de sa phrase « un milieu très spécial  ».

L'Entre-Deux-Guerres  : Mac Orlan, Charlie Chaplin

La guerre 14-18 vide le cabaret de ses artistes partis au front. Bruant, qui avait perdu son fils à la bataille de Craonne, s'était pris d'amitié pour Paulo. C'est ainsi qu'il lui légua le Lapin agile et lui donna des cours d'interprétation. Le cabaret va progressivement devenir le conservatoire de la bonne chanson qui triomphe à Montparnasse. Un soir, on demanda à Chaplin qui était venu de jouer du violon. Il entendit Léo Daniderff interpréter "Je cherche après Titine". Il reprendra l'air dans "Les Temps modernes".

Mac Orlan était fasciné par la voix du chanteur baryton Stello qui grava chez Polydor des oeuvres de Nadaud, Jouy, Richepin, Mac-Nab (par exemple, "le pendu"), Bruant, Couté, Marcel-legay, etc. Mais la vedette du Lapin agile était Jack Mirois, baryton-basse, qui disparut prématurément en 1936. Quelques chansons de Mac Orlan :

"Les progrès d'une garce" par Monique Morelli.

"Chanson de Margaret", par Germaine Montéro.

Le Lapin agile inspira aussi à Mac Orlan son roman "Quai des brumes".

Autre pilier, Jean Clément, interprète de chansons douces et romantiques comme "le temps des cerises". Des acteurs viennent jouer les diseurs, comme Pierre Brasseur. André Pasdoc va prendre le relai de Mirois et introduit la chanson moderniste. Il enregistre une magnifique version du "Bleu des bleuets" : ici par Georges Brassens.

Vers 1933, Paulo déniche Rina Ketty qui sera l'interprète de l'inoubliable "J'attendrai".

En 1938, une voix enchante tout le public, y compirs Frédé qui, pour l'occasion, redescendit de son appartement qu'il ne quittait plus. C'est celle d'Yvonne Darle. C'est le nom qui lui est donné par Paulo lorsqu'il l'engagea. Elle deviendra son épouse.

Louis Bory rejoint le troupe, ainsi que Pierre Dudan avec sa chanson "Non, tu n'auras pas ma peau, Pierre".

Les années de guerre : Caussimon

La poétesse Lil Boël, le chansonnier Gabriello, Clément Duhour, Marcel Nobla, René Jan, assurent l'ambiance. Quand arrive Jean-Roger Caussimon un soir de décembre 1942. Libéré d'un camp de prisonnier pour raisons de santé, il y retrouve sa tante Yvonne Darle. Caussimon est comédien, il est souvent au théâtre. Il lit des poèmes au Lapin Agile. Puis il se met à écrire des textes de chansons : "y'avait dix marins", "Mon camarade", "Barbarie, Barbara"...

L'Après-guerre : Léo Ferré, Brassens, Claude Nougaro

Des soirées enregistrées sont organisées autour de personnalités illustres ayant vécu l'aventure du Lapin Agile : Carette, Marcel Aymé, Paul Fort, etc. En 1947, Caussimon fait la connaissance au Lapin agile de Léo Ferré, ce sera le début d'une longue et fructueuse collaboration. "Le temps du tango", par Léo ferré, "Nous deux" par Caussimon. Celui-ci, devenu auteur-compositeur-interprète en 1952, vient rôder ses spectacles au Lapin agile.

Le cabaret accueille de nouveaux talents : le duo Marc et André, Georges Brassens en 1951 qui, mort de trac, abandonne après deux semaines. Six mois plus tard, il réussit son essai chez Patachou. C'est Alexandre Lagoya qui accordait la guitare de Brassens. Claude Nougaro pouse les portes du Lapin agile en 1955. Son père, chanteur d'opéra, fréquentait le cabaret et lui avait conseillé de venir y déclamer sa poésie. Nougaro mettra trois ans avant de se décider à interpréter ses chansons qu'il écrivait pour d'autres.

Pour conclure comme nous avons commencé, donnons la parole à Claude Nougaro au Lapin Agile qui chante "Le plus vieux des vagabonds".


 


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5 réactions à cet article    


  • escartefigue 26 juillet 2013 09:51

    Vraiment un très joli article de Taverne . 


    Bravo mec .

    • alinea Alinea 26 juillet 2013 17:45

      « ... je suis triste, je suis triste
      j’irai au Lapin Agile me ressouvenir de ma jeunesse perdue et boire des petits verres
      Et je rentrerai seul. »

       ????
      ’ Blaise Cendrars)


      • norbert gabriel norbert gabriel 26 juillet 2013 18:26

        et gloire à Boronali, le peintre à la queue créative !! N’y voyez pas de propos graveleux, Boronali étant Aliboron, en verlan 1900... smiley


        • Fergus Fergus 27 juillet 2013 00:57

          Bonsoir, Norbert.

          Une histoire très amusante que j’ai racontée de manière plus détaillée dans « Lolo, roi du pinceau  ».


        • Fergus Fergus 27 juillet 2013 01:00

          Salut, Taverne.

          Beaucoup d’artistes ont marqué l’histoire de ce cabaret légendaire. Et beaucoup d’anecdotes également. A noter que Bruant avait pour habitude d’invectiver son public. On l’entend d’ailleurs dans l’enregistrement de l’une de ses chansons où il traite les spectateurs de « tas de cochons ».

          Bonne nuit.

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