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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Aux origines de la mangamania

Aux origines de la mangamania

La mangamania gagne le monde depuis une décennie, faisant des ravages dans des pays où elle bat son plein depuis quelques années, comme l’Espagne ou l’Italie.

Installée dans le mouvement, premier consommateur de mangas après le Japon, La France n’a pas résisté au flot, prise sûrement dans un grand élan nostalgique lié à la multidiffusion de séries animées japonaises. La mangamania commence même à gagner, après de durs et longs combats, ses lettres de noblesse chez nous surtout depuis que les mots manga et mangamania doivent figurer dans les dictionnaires (même avec des définitions érronées).

Souvent réduits dans la presse - y compris dans ces très sérieux Monde et Monde Diplomatique - et dans nombre d’esprits bien-pensants de politiciens, psychologues et parents à l’équation "médiocrité + laideur agressive des dessins + débilité + sexe + violence", les bandes dessinées japonaises n’ont guère eu une image très reluisante, en dépit de l’engouement qu’elles ont déchaîné indirectement dès l’enfance chez les jeunes téléphages, nostalgiques des Goldorak, Dragon Ball, SailorMoon et autres Albator. Il s’est, bien sûr, dit tout et n’importe quoi à leur sujet, essentiellement par méconnaissance, généralisation hâtive et peur de l’étranger. C’est à peine si, de si de là, on n’affublait pas les amateurs des étiquettes les plus inquiétantes de « psychopathes », « obsédés sexuels », voire « pédophiles » pour les amateurs de BD de cul, « individu violent », « frustré » ou au QI déficient, et veuillez être assuré que je n’invente rien, les témoignages de personnes qui ont aimé les mangas dès leur apparition, ont, un jour ou l’autre, connu ce genred’attaques d’une mesquinerie inouïe - !

Il n’est pas question ici de prétendre que dans la gigantesque production « manga », tout est bon et tout est bien pour inverser les a priori que l’on connaît ; pas davantage question de réhabiliter sans se poser de question au nom d’un esprit dit ouvert et respectueux ou de juger de la valeur d’un produit culturel d’après nos propres goûts et « référents » puisque chacun est libre de « prendre son pied » comme il le souhaite, fusse dans des loisirs « très populaires » de qualité médiocre. J’avoue pourtant que ce sont ces doses à la limite calomnieuses de prétextes fallacieux ponctués de pseudo-jugements de valeurs qui m’ont conduite par les étranges hasards et paradoxes de la vie à chercher à mieux découvrir, apprendre et tenter de comprendre ce que recouvre la terminologie « manga », non par amour pour la BD - médium auquel je n’accroche pas -, mais par pure curiosité « intellectuelle », dirais-je (et dieu sait que notre bas monde en manque cruellement).

Jugé par beaucoup comme un simple phénomène de mode puis devenu au cours de la dernière décennie un phénomène culturel et social, le manga révèle, en effet, un formidable engagement passionnel digne du plus grand intérêt, dans les couches générationnelles de 15 à 35 ans, celles-là même qui ont baigné dans un univers télévisuel où les dessins animés japonais tenaient la part belle et ont souvent largement et durablement façonné ou du moins influencé leurs goûts. Selon Dominique Veret, gérant de la célèbre maison d’édition, Tonkam, qui fut, par ailleurs, l’une des premières à proposer des manga en français, " le phénomène manga peut par analogie se comparer au phénomène rock des années 60 " puisque comme le rock et la pop music dans les pays anglo-saxons, les manga ont consigné l’imaginaire de la vie des marginaux sous sa forme radicale et s’est déversé dans leurs milliards de pages le flot des expressions les plus extrêmes, les plus individualistes et les moins soumises au contrôle que l’on a pu voir dans les médias japonais depuis la guerre. En France, les passionnés de manga, au départ comme le furent avant eux les amateurs de comics américains, tendent de plus en plus à constituer une véritable « sous-culture »avec ses pratiques, ses comportements, ses engagements et ses réflexions, ce qui justifie mon intérêt pour un tel sujet. Mais qu’est-ce au juste qu’un manga ?

Association de deux kanji « man » (« au gré de l’idée, au fil du pinceau ») et « ga » (« esquisse rapide »), manga signifie littéralement « image dérisoire ». Le Japon est un pays où la culture de l’image tient une place essentielle à tous les niveaux de la vie quotidienne, à ce point que s’est développée une incroyable industrie qui produit des millions de bandes dessinées chaque semaine et génère plusieurs milliards de dollars de chiffre d’affaire par an entre 7 et 10). Premier produit culturel populaire du Japon, le manga alimente fortement l’inspiration de la plupart des acteurs de divertissement,en particulier dans les domaines de la télévision, des dessins animés, jeux vidéo, cinéma et bandes dessinées.

En fait, au Japon, manga est compris au sens strict de bande dessinée qu’elle qu’en soit l’origine et non comme une création bédéphile rattachée au seul sol nippon. Hormis les mangashi (1), énormes magazines du type bottin téléphonique qui réunissent jusqu’à 20 séries de mangakâ (2) différents pour un prix modique de 250 à 500 yens (10-20F / 2 à 4€ contre 5 à 15 chez nous) et les formats de luxe qui consacrent une oeuvre à succès, les manga se présentent couramment en format de poche de 200 pages environ, sur du mauvais papier et en noir et blanc. Du moins, est-ce sous cet aspect qu’ils nous sont aujourd’hui les plus communs.

En France, ainsi qu’en témoigne un fréquent amalgame des types de productions dans les esprits et propos mêmes des fans, manga est plus volontiers un terme générique et polysémique qui englobe abusivement supports papiers et supports audiovisuels en provenance exclusive du Japon, voire les multiples produits dits « goodies » qui dérivent de cette industrie (rami et tradingcards à collectionner, cellulos, art-books d’esquisses, peluches, porte-clés, poupées...). Pour rester fidèle à la définition japonaise et éviter toute confusion, j’emploierai désormais le mot manga pour parler des bandes dessinées et celui d’animés ou animations pour les séries télévisées, vidéos, longs et moyens-métrages. De même, le japonais ne marquant pas les pluriels, je ne mettrais pas de « s » pour signaler le pluriel et choisirais le masculin par acception générale puisque la langue nippone ne comporte pas de genre !

Une histoire pluriséculaire ancrée dans la tradition artistique

Le manga moderne est avant tout le résultat d’une histoire pluriséculaire et d’une succession de « révolutions » des arts visuels. C’est en effet grâce aux apports chinois du VI-VIIIème siècles, en techniques de fabrication du papier et de l’encre et d’instruments de dessins comme le pinceau que le Japon a commencé à développer un véritable art graphique. Il serait trop long ici d’en préciser tous les jalons, mais je signalerai que le manga doit l’essentiel de ses influences à l’art de l’E-Makimono (3)., du Chô-jûgiga (4), de l’Ukiyo-e (5), de l’Hokusaï (6), des Kozazôshi (7), Kibyôshi. (8) et Kamishibai (9).

Devenue au XXème siècle un support autonome à grand tirage, l’expression du manga, composé d’un grand nombre de vignettes et de pages, s’est incontestablement nourrie et continue à faire cohabiter pacifiquement les moules culturels européens et américains. Néanmoins, les Japonais ont su procéder de leur génie propre pour intégrer à la forme importée que constituait la bande dessinée occidentale, leur besoin d’exploiter les diverses possibilités offertes par le récit et de rendre dans toute sa subtilité le déroulement temporel, au travers de l’entrelacement des dessins et du texte.

C’est dans les années 30 que commence la Saga du manga tel qu’on le connaît aujourd’hui dans sa construction, même si les Japonais utilisèrent ce support à des fins essentiellement propagandistes, ce que beaucoup d’historiques omettent de rappeler ! Ainsi, certaines créations soutiennent-elles habilement le nationalisme et le militarisme du gouvernement à l’instar de Norakuro dessiné par Tagawa Suihô qui raconte l’histoire d’un chien errant, enrôlé dans l’armée impériale sous les ordres d’un bouldogue ou encore le succès Bôken Dankichi de Shimada Keizô qui évoque les aventures d’un petit garçon japonais flanqué d’une souris sur une île des mers du Sud qu’il pacifie en régnant sur les indigènes comme sur la faune locale et repoussant les pirates ! Tous les manga ne sont pas publiés dans ce sens-là, mais force est de constater qu’ils paraissent parmi les plus grands succès, tandis qu’une poignée d’auteurs Japonais dont le dessinateur prolétarien Jun Iwamatsu pourchassé pour ses opinions politiques s’exile aux Etats-Unis et y publie en absorbant quelques techniques américaines des BD satiriques où il fustige le militarisme au travers d’une caricature du maréchal en chef d’Etat Major Hikedi Toho (Don Quichotte de L’Orient) !

Un creuset culturel : la rencontre avec l’Occident

Si le manga contemporain trouve ses racines esthétiques dans la culture populaire d’avant-guerre, il doit l’essentiel de ses développements et de sa structure, à l’ action de pionniers qui ont mis au point le « story-manga », le « manga-narratif » et l’ont fréquemment lié aux expériences de la contre-culture japonaise. Il se veut donc surtout l’héritier de la révolution technique opérée durant l’occupation américaine par le « dieu du manga  » Tezuka Osamu qui s’est inspiré des productions de Disney jusque dans l’animation et les graphismes (le style kawaï et la néoténie : grands yeux ronds, petit nez, bouche fuyante) et des innovations cinématographiques américaines dont il était un fervent admirateur, pour tirer parti des compositions audacieuses, des découpages en vignettes donnant à voir des perspectives inédites, un déploiement rapide du récit et la syntaxe la plus cohérente et théâtrale. Non content d’avoir lancé la diffusion massive de ce type de productions dans les akahon - les livres « à couverture rouge » - d’Osaka puis les revues tokyoïtes dîtes e-monogatari, c’est à lui que revient le mérite d’avoir ouvert le champ aux histoires très longues et complexes par la rénovation des modes d’expression du manga. Son ascendant est à ce point notable que l’on peut sans conteste affirmer qu’il a ancré le manga dans l’industrie du papier et qu’il influence toujours 95% des mangakâ. Je n’oublierai pas de mentionner également quelques tournants majeurs dans l’évolution du manga : l’émergence en force des revues hebdomadaires. au cours des années 60, qui ont fait passer le manga de « chose vulgaire » à un médium clé de l’édition spécialisée, ainsi que l’apparition de divers genres remplissant l’ambition de toucher tous les lectorats, puis plus récemment la généralisation de l’infographie.

Une omniprésence dans le quotidien : l’art de la culture populaire

Entre campagnes de dénigrement et de promotion, politiques gouvernementales de catégorisations et réglementations, on ignore souvent que les manga ont vécu des relations difficiles avec la société japonaise, notamment dans les années 80, puis que leur popularité a été mise à mal par l’expansion rapide, dans les années 90, des jeux-vidéo, des ordinateurs et de l’internet. Toutefois, il est évident qu’ils ont accédé, en un demi-siècle, au rang de culture nationale « populaire » et qu’ils représentent à la fois un phénomène quantitatif et un fait sociologique brut, irrécusable, dont l’impact ne peut que nous interpeller. Au panthéon des geisha et des samouraï, des estampes et des robots, de la cérémonie du thé et de l’Ikebana , du Zen et du Haïku, du Kabuki , du Nô et du Sumo, de l’Hanami, du Mont Fuji et des « fourmis » (merci Edith pour ton esprit aiguisé, le manga fait partie des lieux communs qui confectionnent la géographie mentale de ce « pays de la plus grande différence ».

On hallucinerait presque de voir la prégnance de ces bandes dessinées dans tout le paysage japonais et partout peut-on repérer dans le métro, le train, les restaurants bon marché, les « manga Kissa » , espèces de cafés où l’on peut louer des manga tout en se dessoifant (100Y les 15 min), à la devanture des librairies ou des kiosques de gare, des Japonais de tous âges qui s’arrachent et dévorent ces images de papier. Sans mystère à la fois premier marché du monde par les parutions, les tirages et la diversité, le Japon se veut le seul pays où les amateurs de bandes dessinées sont [quasiment] aussi nombreux que les téléspectateurs et où la B.D en terme de familiarité et d’influence sur les mentalités, doit être tenue pour le média le plus important ". Il faut évidemment préciser que les Japonais sont les plus gros lecteurs du monde et que les manga représentent presque la moitié de leurs lectures, puisqu’ils absorbent quelques 500 pages de manga par semaine et lisent en moyenne une page en 4 secondes, soit un manga de 200 pages en moins d’un quart d’heure. Cela tient, certes, à la relative simplicité des intrigues dont je traiterais sûrement dans un prochain avis si la place me manque pour évoquer les grandes caractéristiques du manga, mais surtout à ce règne quasi tyrannique de l’image, à cette prédilection des Japonais pour la dimension visuelle qui évoque et suggère.

Champion de l’exportation dans les domaines technologique et industriel, le Japon paraît moins intéressé par l’hégémonie culturelle. La conquête du marché occidental est donc un fait récent qui s’est orchestré à partir des Etats-Unis, dès le milieu des années 80. Après l’Amérique, l’Angleterre, l’Italie et l’Espagne et en l’espace d’une décennie, les manga ont également percé les frontières françaises, déclenchant un véritable tsunami (raz-de-marée) auprès des générations « Goldorak » et « Dragon Ball » qui s’étaient nourries depuis l’enfance de dessins animés nippons. Certains, observant la déferlante de ces bandes dessinées ont pu parler de " mangamania " et la réduire hâtivement à un phénomène de mode et de masse, aussi subit que passager. Pourtant, bien que psychologues, parents et presses diverses n’aient pas manqué de s’interroger, puis de s’alarmer à coup de caricatures, au vue de l’influence sur « nos » chères têtes blondes de ces animés fréquemment violents ou teintés d’érotisme, tout était alors déjà réuni pour que le manga-papier trouve un public durable d’amateurs. Disons le sans tarder, la France est le deuxième consommateur de manga au monde, après le Japon bien sûr ! Mais comment donc expliquer une telle boulimie de dessins et comment la mangamania s’est-elle imposée chez nous ?

De l’entrée confidentielle et élitiste au phénomène médiatique Dragon Balle l’entrée confidentielle et élitiste au phénomène médiatique Dragon Ball

Outre " l’honorable revue de bandes dessinées exotiques ", le Cri qui tue, publiée chez Atoss Takemoto entre 1979 et 1981, puis quelques albums aux Humanoïdes Associés, la première intrusion des manga sur le territoire s’est faite au tournant des années 90, sous la forme de comic-books en traduction américaine, puisque l’industrie outre-atlantique avait parfaitement assimilé ce produit. Rendez-vous manqué. C’est en fait dans les années 1993-96 que les volumes de Dragon Ball, servis par un battage médiatique et les diffusions au Club Dorothée de la série éponyme, ont enflammé des milliers de vocations. Les manga, demeurés le privilège d’une minorité essentiellement parisienne, dépassaient dès lors le cadre de la capitale pour envahir nos contrées et gagner, comme au Japon, tous les milieux.

Dans Dans le même temps, la mangamania révèle un enjeu économique décisif, alors que l’album traditionnel cartonné en couleurs, est devenu un support coûteux et trop élitaire qui a perdu son étiquette populaire. Lancée par l’éditeur grenoblois Glénat qui avait flairé le succès potentiel de ces B.D exotiques et ludiques en traduisant Akira en 1991, la mangamania a creusé la voie à une poignée d’éditeurs, bien décidés à exploiter le précieux filon. Glénat, Tonkam, Manga Player, Kana, J’ai Lu, Casterman, Dargaud sont aujourd’hui prioritairement concernés et se sont engagés, surtout à partir de 1994, dans les traductions françaises qui ont ainsi ouvert le manga au plus large public.

Par ailleurs, un tel mouvement ne s’encombre jamais de demi-mesures. Humainement, il n’alla pas sans antagonismes, tant l’image de Dragon Ball, à la suite de son illustre prédécesseur Goldorak, put discréditer l’image générale de la production japonaise, déjà fortement entachée par les préjugés. En effet, s’il a donné naissance à des phénomènes de sociabilité « positifs » comme les salons (cf mon avis Dis moi qui tu idoles...), des associations de promotion culturelle et d’échanges avec le Japon et des fanzines (magazines artisanaux de dessins inspirés ou d’articles), il suscita néanmoins crispations et choc générationnel entre ce jeune public qui s’est approprié le manga et les animés comme des modèles et le public des aînés plus habitué à la culture livresque classique. Au sein même du milieu des fans, la contestation de la " génération Goldorak « à l’égard de la » Dragon Ball mania " s’éleva puissamment. Il apparut un fossé entre les « vieux » fans des années 70 et 80, désireux, après la diffusion des premiers manga en V.O. et titres français, de découvrir le versant caché de l’iceberg « manga » et ceux qu’ils accoutrèrent du méprisant surnom de « Gagaballiens », à savoir ces jeunes garçons, uniquement mordus des combats de Son Gokû et compagnie et parfois venus au manga par les jeux vidéos de « baston ».

Un phénomène en devenir

A l’heure où j’écris (2000) bien que tout bilan ne puisse être qu’éminemment provisoire et approximatif, l’euphorie soulevée par le manga semble bien être retombée à en juger au tassement de l’offre et de la demande. L’époque du tout et n’importe quoi, massivement importé dans un but lucratif pour répondre aux attentes du nouveau public « manga », a cédé le pas à une passion plus réfléchie, dans le sens où les choix de lecture sont davantage le résultat d’un engagement personnel des fans, que d’un mimétisme. De phénomène de mode, le manga est devenu micro-culture. Les manga ont su jouer de leur cocktail de diversité narrative, de graphismes exotiques, de construction dynamique et de suspens par la conception de séries à rallonge pour s’imposer en France comme des Bandes dessinées au même titre que nos productions autochtones. Les professionnels ne manquent pas de l’observer : la mode est passée et l’on peut maintenant parler de véritable culture avec ses navets et ses chefs d’oeuvre. Croyez bien qu’il y en a pour tous ceux ayant un minimum de fibre artistique !2000

Quelques références :

Pour ceux qui me demanderont quelques références dans les domaines les plus divers, je citerais par réputation ou goût personnel de non fan :

- le Senseï Tezuka (Bouddha, l’Histoire des 3 Adolf, Astro le petit Robot) ;

- le très complexe Shirow Masamune (Ghost in The Shell, Apple Seed, Dominion),

- les incontournables Otomo (Akira, Mother Sarah) et Kishiro (Gunnm) pour la SF

- Samura (L’habitant de l’infini) et Watsuki (Kenshin le Vagabond) pour le genre Djidaimono westerns japonais mêlant histoire et aventures ;

- Sakagushi et son Ikkyu, Sempaï Shirato sur un fond de Légende de Kamuï, Terashima et Fujiwara avec Raïka pour l’histoire.

Je n’oublierais pas au passage l’humour jaune terriblement déridant de Takahashi (Ranma 1/2) et de Toryama qui saupoudre le tout d’une action à 1000 à l’heure (Dragon Ball, Le Docteur Slump)

- l’association Ikegami-Koike pour ses thrillers et Mai Psychic Girl , Crying Freeman ou Sanctuary ; histoires de mafia et de yakuza

- Coq de combat  : la rédemption d’un mineur bien sous tous rapports devenu meurtrier de ses parents après un coup de folie... Les sports de combat vont le guider sur la voie de la maturité et du respect.

- Hojo le papa de Nicky Larson et des Cat’s Eyes, (City Hunter, Family Compo, Sous un rayon de soleil) ;

- Asatte Dance de Naoki Yamamoto, excellent gekiga (drame réservé aux adultes)

- Katsura pour les fleurs bleues partisans des amours imbriqués (I’S, Video Girl Aï et Len, Wingman) mais je trouve malgré son énorme popularité qu’il tourne en rond dans ses histoires et que son graphisme est contestable ;

- Clamp (Tokyo Babylon, X, RG Veda, Capt Captor Sakura, Trefle), Hiwatari pour Please Save my Earth en guise de shôjo (en général pour les filles) à l’eau de rose ;

- Bronze d’Ozaki et Angel Santuary pour les yaoï (amours entre Homosexuels - sans équivalent au monde)

- Adachi pour les histoires du quotidien qui m’ont fait tant aimer le Japon quand j’avais 13 ans (Short Program, Touch, Slow Step).

Que dire enfin des inclassables et excellentissimes :

- Nakazawa (Gen d’Hiroshima, mourir pour le Japon),

- Taniguchi mon préféré (L’homme qui marche, le journal de mon père)..

- Tanaka (Gon)
Qui porte à leur paroxysme l’art du manga et du Ma ?!

Ce sont les inclassables qui ont ma préférence, puisqu’ils convaincraient les plus réfractaires.

Si nombre de « Gagaballiens » ont souvent mûri et parfois tourné la page, la pléiade de manga aujourd’hui disponibles explique que les amateurs de manga aient décidé de découvrir d’autres oeuvres, moins " commerciales « , à l’instar des irréductibles de la génération » Goldorak " qui satisfont leur fringale des quelques dizaines de titres français et centaines de manga en japonais. Et la bataille que se livrent les éditeurs pour investir dans les meilleures bandes dessinées et dénicher la perle rare n’en est que plus rude : les manga représentent environ 20% des catalogues des éditeurs précités comme Glénat et génèrent plus de 60 millions de francs de chiffre d’affaire annuel pour une soixantaine de titres par an, dont une dizaine de nouveautés.

J’espère que cet avis aura su vous apporter quelques informations sur les manga ou estomper certains de vos préjugés et peut-être vous donner envie de tenter à votre tour une immersion.

Définitions :

(1) Mangashi :

Le nombre de ces revues de pré publications, souvent hebdomadaires, est aujourd’hui estimé à 300. Elles sont le premier support de diffusion des manga, proposés alors sous forme de chapitres de 8 à 15 pages et imprimés sur du papier exécrable. Elles ciblent fortement leur public, contiennent de multiples publicités et servent par un système de sondage et de cartes-référendum à mesurer la popularité des séries, avant qu’elles ne soient publiées en format de poche ou carrément éliminées en cas de méventes. Ces magazines ne représentent que 10% de l’ensemble des publications hebdomadaires et mensuelles, mais leur tirage étant considérable, leur chiffre d’affaire atteint 730 millions de Yens, soit 360 millions de Francs. A noter qu’un amateur avisé achète en moyenne un mangashi par jour ! Les plus connues sont le Shônen Jump, Shônen Champion, Shônen Sunday, Me Jump, Business Jump, Morrning ou Kolo Kolo. Moins d’une douzaine d’hebdomadaires, dont les plus forts tirages de magazines au Japon, quelques bimensuels et des centaines de mensuels, envahissent par piles livrées quotidiennement les kiosques de gare, librairies de quartier et magasins de proximité. Ce sont trois maisons d’édition de taille équivalente : la Shûeisha, la Shôgakukan et la Kôdansha qui se partagent les 2/3 du marché, tandis qu’au second rang, une soixantaine de « petits » souvent spécialisés se partagent les miettes.

(2) Mangakâ :

Auteur et dessinateur de manga. Les mangakâ professionnels font partie d’un monde très fermé ; on en compte environ 3000. Mais les postulants dans ce secteur sont au moins évalués à 10 000 (in L’univers des manga) et peut-être même plusieurs dizaines de milliers. Certains, les plus talentueux, peuvent espérer devenir assistants en studio et permettent aux mangakâ, soumis à des rythmes frénétiques de production, de répondre aux demandes massives. Ils sont recrutés selon deux modes : les écoles privées spécialisées comme Chiyoda Koka, Geijutsu Senmon Gakko ou Gekiga-sonjuku ou dans les comickets, les foires aux fanzines. A noter que la mentalité de consommation qui règne en maître au Japon a généralement des conséquences étranges sur le travail des mangakâ : celui-ci n’est pas libre de faire ce qu’il veut, car les maisons d’édition sont très strictes sur les manga qu’elles publient et qu’elles ne publient que ce que le public, très influencé par les modes et les phénomènes de mode, attend.

(3) E-makimono :

Dessins peints du IXème au XIVème s. sur de longs rouleaux de papier, disposés en séquences qui relatent des contes, des récits de guerriers et des scènes de la vie quotidienne. Ils sont souvent si longs qu’ils ne peuvent se définir en une fois aux yeux des spectateurs. L’E-makimono est un mode d’expression d’origine chinoise qui permet de découvrir les illustrations et les signes écrits à mesure qu’on déroule la bande de papier. Ces rouleaux ont servi à développer des histoires d’un dynamisme étonnant et se prêtent à la réalisation d’effets visuels de grande qualité en rendant sur un support de taille limitée le contraste entre les vues panoramiques et les vues en travelling latéral que l’on retrouve souvent dans le dessin animé. Pareils à un manga, non répartis en vignettes successives, ils font ressortir dans toute sa complexité le facteur « temps » et expriment le déroulement de la longue durée en le matérialisant par des traînées de brouillard. Ils cachent toujours un avant et un après pour ne révéler qu’un présent, indice de la relation au temps chez les japonais. En effet, la société japonaise semble coupée du temps ; elle est forte de l’instant présent.

(4) Choju-Giga :

Littéralement « Rouleau des animaux » ou « Images d’oiseaux et d’animaux gambadant ». A la base, oeuvre satirique née de la main du moine Toba, elle présente des animaux de toutes sortes regroupés dans des postures et des attitudes humaines, à la manière des fabulistes.

(5) Ukyoe :

Estampes en une seule illustration de la période d’Edo du XVII au XIXème siècles. Ce terme bouddhique renvoie à la nature éphémère de la vie. Jusqu’au XVIII ème siècle, il avait un sens plus austère et se traduisait par « image du monde dérisoire ou du monde de misère ». A partir d’Edo, l’éphémère était associé au plaisir et à l’érotisme. L’Ukiyo-e devient l’ « image du monde flottant » et comme le manga, elle s’adressait au plus grand nombre.

(6) Hokusaï :

Peintre, dessinateur et graveur, consacré comme le plus grand paysagiste suite à la composition entre 1814 et 1875 de 16 volumes de dessins et croquis imprimés en noir, rehaussés de gris et de rose. Il forgea d’ailleurs le terme « manga ». Livres comiques en vogue du XVème au XIXème siècles.

(7) : Kozazôshi :

Livres d’inspiration populaire et comique « à couverture jaune » publiés à l’époque d’Edo (1868) . Leur développement témoigne d’un double phénomène caractéristique de cette période : d’une part, la mise au point de l’imprimerie qui permet une large diffusion des livres parmi le peuple et d’autre part, simultanément la découverte des mises en page dans lesquelles illustrations et textes, gravés à la main sur des planches de bois, sont encore plus mélangés que dans les E-makimono. Celle nouvelle culture, soutenue par les artisans et les commerçants, a ancré chez la grande masse des Japonais une expérience maintes fois répétée : celle d’élaborer et de lire des récits mus en valeur par cet entrecroisement du texte et de l’image. Le processus de modernisation amorcé avec la Restauration Meiji permettra d’ailleurs grâce aux techniques d’imprimerie les plus récentes, de véhiculer cette tradition d’art visuel par le biais des journaux.


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25 réactions à cet article    


  • Cris Wilkinson Cris Wilkinson 29 janvier 2007 11:50

    C’est long comme article.

    Mais bon, c’est gentil de dire comme c’est bien les mangas, mais vous ne dites pas que la production qui sort en France est en fait un choix, des rares albums de qualité qui sont sortit au Japon. Car il est produit un nombre monstrueux de mangas au Japon chaque mois et dans le lot il y a énormément de connerie. Mais l’avantage de cette production de masse, c’est que l’on arrive à avoir des très bonne chose, à contrario de la bd franco-belge, qui n’éditant que très peu, filtre d’avantage les productions.

    Sinon je regrette que vous n’ayez pas cité Cobra ! Le célèbre dessin animé des années 80, de qui par son succès et par une vague de nostalgie à lancer la vente du manga éponyme en France lors de sa sortie. En passant, c’est une des rares bonnes adaptions de manga en France, les suivantes étant souvent une mauvaise photocopie de l’original traduit par un étudiant en langue étrangère payer à coup de lance-pierre.


    • Fuchinran Fuchinran 29 janvier 2007 11:54

      Comme je l’ai dit plusieurs fois et je ne compte pas le répéter, j’ai prévu divers articles pour approcher ce phénomène complexe. Cet article est une vulgarisation pour un site comme agoravox, il n’est ni pour des passionnés qui aiment une référence en particulier et seront frustrés, ni pour les gens qui n’aiment pas les manga en particulier. Quand j’ai commencé mes travaux, il y a un an, je me suis fondée, comme tout scientifique, sur les références des 250 passionnés rencontrés et désolée pour vous, mais Cobra n’était pas plus pertinent que d’autres, surtout qu’il n’était pas aux sources de la mangamania sauf pour vous.

      Maintenant, j’accepte le principe de ce site, sanctionner un avis parce qu’on est frustré par un détail ou parce qu’on croit en savoir plus, en n’étant pourtant pas du tout constructif dans sa critique. Dommage, mais c’est la loi du net... Votre commentaire et la note associées sont un cassage gratuit, d’autant que vous n’ignorez pas que ce qui est expliqué dans cet article est tout à fait juste...


    • Fuchinran Fuchinran 29 janvier 2007 11:58

      "Mais bon, c’est gentil de dire comme c’est bien les mangas, mais vous ne dites pas que la production qui sort en France est en fait un choix, des rares albums de qualité qui sont sortit au Japon. Car il est produit un nombre monstrueux de mangas au Japon chaque mois et dans le lot il y a énormément de connerie. Mais l’avantage de cette production de masse, c’est que l’on arrive à avoir des très bonne chose, à contrario de la bd franco-belge, qui n’éditant que très peu, filtre d’avantage les productions.

      Sinon je regrette que vous n’ayez pas cité Cobra ! Le célèbre dessin animé des années 80, de qui par son succès et par une vague de nostalgie à lancer la vente du manga éponyme en France lors de sa sortie. En passant, c’est une des rares bonnes adaptions de manga en France, les suivantes étant souvent une mauvaise photocopie de l’original traduit par un étudiant en langue étrangère payer à coup de lance-pierre."

      <--- Il suffisait d’avoir lu l’article pour le savoir ! Je l’ai bien précisé et d’ailleurs, vous ne pouvez même pas l’affirmer de la sorte, car cet article est contextualisé et aujourd’hui, les sorties sont beaucoup plus recherchées avec des spécialistes qu’il y a dix ans, quand la réflexion sur la question a commencé.

      De plus, le principe même d’une passion contre-culturelle n’est pas de devenir professionnel et d’être bien payé pour son travail, d’autant qu’on sait la difficulté d’adapter le style manga (contenu des bulles avec une grande oralité et un langage paraverbal) dans une langue qui n’est pas synthétique. Les passionnés de manga forment des groupes de traduction qui misent avant tout sur le plaisir d’être les premiers à adapter une oeuvre, même si ce n’est pas dans la légalité. L’important est vraiment ailleurs. IL ne faut pas tout mélanger ! Ce n’est pas le propos ! Rien ne vous empêche d’en faire un article à votre tour !


    • Petit 29 janvier 2007 12:23

      Une décennie, hum hum. 3 même.


    • Fuchinran Fuchinran 29 janvier 2007 12:28

      En France, les fans ont commencé à découvrir les manga dans la région parisienne vers le début des années 90 et pour les plus élitistes à la fin des années 90... en ce qui concerne les fans de BD ou de la culture japonaise. Le phénomène ne se limitant pas à Paris, même s’il est parti de là et c’est centralisé à nouveau là-bas pour les festivals, il s’est répandu très lentement et la province n’a pas découvert les manga avant 95... Et encore, c’est une date approximative, car les manga était très rares et limités à quelques boutiques en France. Aujourd’hui, on en trouve partout, mais le fait est que nous sommes dans une démocratisation intensive depuis que les éditeurs généraux ont décidé de s’attaquer au marché... L’article n’a pas été réédité, car je n’y ai même pas pensé. Il est de 2000. De toute façon, ça ne change pas grand chose, puisque je ne parle pas que du marché français.


    • Fuchinran Fuchinran 29 janvier 2007 12:35

      « Quand j’ai commencé mes travaux, il y a un an, je me suis fondée, comme tout scientifique, sur les références des 250 passionnés rencontrés et désolée pour vous, mais Cobra n’était pas plus pertinent que d’autres, surtout qu’il n’était pas aux sources de la mangamania sauf pour vous. »

      Il y a dix ans, je voulais dire, puisque mon premier intérêt s’est porté sur les lecteurs et les passionnés de manga en France, avant d’envisager une ouverture sur les passionnés japonais qui n’ont pas grand chose à voir dans leurs pratiques.


    • (---.---.162.15) 30 janvier 2007 07:27

      S’il vous plaît, ne parlez pas de respect quand, en premier lieu, on ne respecte pas les lecteurs. Les éditeurs japonais de comics sont autrement plus respecteux de leurs lecteurs que les éditeurs français de mangas.

      Am.


    • morigan morigan 31 janvier 2007 21:37

      J’ai l’impression qu’ils ont pas apprécier ton commentaire pourtant très constructif...Je lis occasionnellement des mangas , Je suis Bédéphiles et je déconsidérais beaucoup les mangas...

      C’est un copain qui ma fait lire des mangas, et en échange je lui est fait lire des BD, comme les métabarons, sillages, aldébaran, golden city, travis, requiem chevalier vampire, technopère, Vae victis, murena, Buck Danis , la complainte des landes perdus, Universale War One, Feu d’askel... En échange j’ai découvert de bonne chose dans le manga, comme Naruto, hunter x hunter et plein d’autre...j’ai appris à lire à la japonaise, à m’habituer au graphisme, a l’humour, au scan...

      Mais sa reste une industrie, avec des millions de mangas produient, qui sortent tous les jours , toute les semaines, tous les deux mois pour les mangakas privilégiés, je reconnais qu’il y a de bonne choses, mais le dessin n’est pas super, et parfois les histoires sont un peu simpliste... Quand je compare au BD, je parle pas des vieux trucs que les grands mères offrent à leur petit enfant (tu les repère direct, elle cherchent désespérément les vielles BD à travers les rayons) des années 20 comme Tintin , Boule et Bill ,ou les BD pour les enfants de 8 ans comme agent 212, spirou , et tant d’autres, mais de la BD moderne, en moyenne 1 tome met 1 an 2 an à sortir..le cycle d’Ohio à mis 6 ans...le graphisme est bien me soigner parfois il y a pas mal de chose expérimentale...on trouve des scénarios puissant avec de la profondeur (Bilal, Tardi, UW1), ça c’est de l’art... Et le manga détruit un peu la BD...parce qu’il fidélise plus par son timing de production...il est moins cher (12.50euro la BD) (mais 5 euro le manga c’est cher pour ce que c’est), mais c’est un bon produit pour se détendre, et l’univers est souvent sympa...

      L’art reste à la BD, et le succès reste au manga smiley et tout le monde reconnait que le manga reste industriel.

      Faudra que je face un article moi aussi..pour contre balancer le manga...


    • (---.---.162.15) 29 janvier 2007 12:27

      Votre article est intéressant, mais il omet un point fondamental qui écarte une grande partie du lectorat français.

      C’est à la fin des années 70, avec « Le Cri qui tue », que les mangas ont commencé à être traduits en français. Ils l’étaient pour ce qu’ils étaient, des bandes dessinées japonaises.

      La plupart des mangas qui paraissent maintenant sous ce nom en traduction française ne sont plus des bandes dessinées au sens habituel de lecture qui est le nôtre.

      Les éditeurs ont cédé à des puristes qui voulaient que le sens de lecture des cases soit conforme à l’original, de droite à gauche, dans le sens inverse du sens des mots (ce qui n’est pas le cas au Japon, bien sûr). Les pages se lisent de la dernière à la première. De plus, il est important, économiquement parlant, qu’il n’y ait pas besoin de retourner le sens des cases, les coûts de traduction s’en trouvent sensiblement diminués.

      Tout cela est d’une telle absurdité que les japonais eux-mêmes riraient si on leur présentait des comics des USA dans un sens occidental, inverse de leur lecture habituelle.

      En France, ça a pourtant marché, car les éditeurs ont remarqué que le jeune lectorat était beaucoup moins marqué par l’habitude du sens de lecture et était capable de changer selon qu’il lisait des BD dans le sens occidental ou des mangas dans l’autre sens.

      Tant pis si le lectorat plus âgé décrochait, cela permettait de développer une certaine culture communautaire, un snobisme de la soi-disant pureté originale des mangas.

      Et ça a fonctionné. Une véritable communauté de lecteurs de « mangas purs » s’est développée, avec comme critère essentiel qu’on ne peut pas aimer les mangas si on ne veut pas se plier au sens de lecture inversé. Devant un tel argument, les éditeurs qui résistaient ont fini par céder.

      La France semble être une exception. Si bien que, pour un lecteur connaissant à peu près l’anglais, il est plus facile de lire une BD japonaise traduite aux USA (sens occidental) que la même traduite en français (sens japonais). Il est toutefois à craindre que l’exemple français ne soit repris ailleurs, puisqu’il est économiquement très rentable.

      Alors, c’est bien beau de faire des articles comme celui-ci, mais ça a beaucoup moins d’intérêt que le même article qui aurait été publié il y a 15 ans. Parce qu’il y a 15 ans, un lecteur curieux pouvait acheté son premier manga et juger facilement et objectivement de son intérêt. La lecture était encore européenne et ne dérangeait pas.

      Le même lecteur, maintenant, se rend compte qu’il lit la fin de l’action avant le début, ou la fin du gag avant le début. Ou il s’en rend mal compte et ne comprend pas bien ce qui se passe. Et il laisse tomber.

      Certains lui diront qu’il faut insister pour s’habituer à perdre ses réflexes de sens de lecture. Un gamin de 12 ans y arrivera, un adulte de 30 ans n’y arrivera pas, sauf exceptions bien sûr.

      Tout cela n’aide pas les échanges inter-culturels. Il y a 15 ans, on espérait que les BD occidentales et japonaises s’enrichiraient l’une l’autre, des échanges avaient même commencé. Au contraire, chacune est restée dans son coin, le communautarisme s’est installé.

      Il est dommage d’ainsi diviser les lecteurs, car la qualité des bandes dessinées japonaises mérite que chacun puisse les lire. Ce n’est pas possible quand on ne sait pas respecter le lecteur.

      Am.


      • Fuchinran Fuchinran 29 janvier 2007 12:30

        Mon article n’omet pas ce que vous dîtes pour la simple raison qu’il n’est pas fait pour parler du lectorat qui fait l’objet de deux autres articles encore en cours de validation depuis 4 ou 5 jours. Je n’y peux rien si le rythme des validations de l’équipe d’Agoravox ne suit pas le mien. De toute façon, les articles restent déjà disponibles sur www.forumdesforums.com. Je ne manque pas de respect à ce qui a occupé 4 ans d’études dans ma vie.


      • Fuchinran Fuchinran 29 janvier 2007 12:34

        « Alors, c’est bien beau de faire des articles comme celui-ci, mais ça a beaucoup moins d’intérêt que le même article qui aurait été publié il y a 15 ans. Parce qu’il y a 15 ans, un lecteur curieux pouvait acheté son premier manga et juger facilement et objectivement de son intérêt. La lecture était encore européenne et ne dérangeait pas. »

        Cet article a été écrit en 97, remanié en 2000 et n’a pour autant pas perdu son actualité... Il y a 15 ans, il n’y avait pas forcément plus d’objectivité. J’ai commencé à travailler en 95, officieusement sur la question et j’ai rencontré de nombreux lecteurs pour pouvoir faire mes hypothèses. Les différences sont très importantes et je ne vois pas l’intérêt de les résumer de manière simpliste en un article, d’où le fait que j’ai proposé une série et qu’il est plutôt dommage de juger chaque article sans lire celui qui le précède et celui qui le suit, même si hélas, le rythme de validation des articles crée des critiques qui me semblent assez injustes.


      • Fuchinran Fuchinran 29 janvier 2007 12:38

        "Tout cela n’aide pas les échanges inter-culturels. Il y a 15 ans, on espérait que les BD occidentales et japonaises s’enrichiraient l’une l’autre, des échanges avaient même commencé. Au contraire, chacune est restée dans son coin, le communautarisme s’est installé.

        Il est dommage d’ainsi diviser les lecteurs, car la qualité des bandes dessinées japonaises mérite que chacun puisse les lire. Ce n’est pas possible quand on ne sait pas respecter le lecteur."

        Le problème n’est pas de savoir si l’on divise les lecteurs, dans un premier temps. De toute façon, il n’existe pas un type de lecteur, ni un public, ne serait-ce que pour la production manga. C’est assez complexe et je crois qu’il ne faut pas trop hâtivement conclure avec regret qu’il y a eu repli. Les manga sont une contre-culture jeune qui s’instaure depuis quelques années comme culture populaire, si ce n’est qu’il y a eu en une décennie une succession de pratiques qui ont compliqué l’appropriation du support.


      • Fuchinran Fuchinran 29 janvier 2007 13:24

        « En France, ça a pourtant marché, car les éditeurs ont remarqué que le jeune lectorat était beaucoup moins marqué par l’habitude du sens de lecture et était capable de changer selon qu’il lisait des BD dans le sens occidental ou des mangas dans l’autre sens. »

        C’est évident, sur mon site, une personne qui a la cinquantaine faisait la remarque et expliquait en partie le fait qu’elle ait du mal par cette obligation de lire dans le sens inverse qui la dérange et lui pose problème. Maintenant, il est aussi vrai que pour les fans ou les lecteurs qui ont fait partie de la « tendance manga », le sens de lecture joue un rôle décisif dans le plaisir et le sentiment d’exotisme attaché à la lecture. C’est pourquoi les éditeurs généraux ont accepté aussi de respecter ce sens et de respecter ainsi l’oeuvre, car il y avait un sacré gâchis avec les inversions à l’occidentale. IL est aussi à noter que les premières oeuvres en manga ont été proposées par des maisons d’édition très spécialisées en bd franco-belges. Il leur semblait probablement que leur public, exigeant et déjà plus âgé, serait plus réceptif si les manga étaient proposés dans des formats proches de ce qu’ils connaissaient. Seul Tonkam - conduit par des spécialistes du Japon et des amateurs éclairés - a respecté d’emblée la logique japonaise.


      • Internaute (---.---.4.250) 29 janvier 2007 14:44

        Vous parlez beaucoup des bandes dessinées et peu des vidéos. Ce sont pourtant les seuls mangas que regardent mes enfants. C’est vrai que le dessin est simpliste quoi que lorqu’on voit la quantité de BDs projetées à la télé où seul bouge le maxilaire inférieur des personnages, je ne vois pas pourquoi on critiquerait les mangas, même les plus simplistes. Je crois surtout que le chow-bizz hollywoodien voit d’un trés mauvais oeil une concurrence sur laquelle il n’a aucune prise et utilise ses rouages et ses consistoires pour essayer de nous faire croire qu’ils ne valent rien.

        Au delà du dessin, mes enfants apprécient les histoires. Les mangas ont un scénario bien construit qui soulève l’intérêt de l’auditeur. On y trouve aussi un fond d’épopée trés occidental qui fait vibrer des cordes interdites par la bien-pensance obligatoire. Autrement dit, le manga est un moment de liberté où l’on s’évade de la chappe de plomb ambiante. Il n’y a de propagande cachée comme dans la plupart des productions que nous inflige la télé - égalitarisme, dénigrement de soi, métissage obligatoire etc.

        Quand à la soit-disante sexualité, est-ce que ceux qui en parlent ont déjà regardé un film à la télé ? Le foyer de la pornographie mondiale est à Hollywood, surement pas au Japon.


        • L’exilé (---.---.49.81) 29 janvier 2007 15:05

          Quel article !... Merci à l’auteur !

          Le sujet est passionant et majistralement traité par quelqu’un qui visiblement connait le sujet à la perfection.

          Prochaine fois que je viendrai faire un tour en France il faudra qu’on se prenne un verre, j’ai des questions à te poser ! smiley

          Accessoirement j’aurais souhaité rajouter quelques suggessions de titres qui valent le coup d’être découverts :
          - Berserk (probablement le meilleur manga qui m’ait été donné de lire. Voir là pour plus de détails : http://fr.wikipedia.org/wiki/Berserk_%28manga%29 ),
          - Gunnm ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Gunnm ),
          - Gunnm Last order ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Gunnm_Last_Order ),
          - Gunnsmith Cats ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Gunsmith_cats ),
          - Anne Freaks (raconte l’histoire d’un groupe de jeunes meurtriers dans leur quête de vengeance),
          - Goth (attention : Ambiance et oeuvre TRES noire !)
          - Les oeuvres shojo de Wataru Yoshizumi (Random Walk, Marmelade Boy, Mint na bokura, Ultra Maniac, kimi shika iranai)
          - Girls saurus (Un manga ecchi qui m’a vraiment fait explosé de rire smiley ),
          - Anata to Scandal (dans le genre Yuri),
          - Telepathic wanderers...

          Bonne lecture à tous.


          • Manuel Atreide Manuel Atreide 29 janvier 2007 17:27

            Très chère Fuchinran ....

            merci vraiment pour cet excellent papier, une vraie bible, un pur rève de geek.

            Juste une petite précision, mais franchement je chipote. Vous auriez pu parler de deux mangas D.A., apparus dans les années 70 en France ; Le roi Leo (l’original dont Disnay a fait un remake, une première) et Prince(sse) Saphir. Ils ont eu aussi une grande importance dans la découverte des enfants de l’epoque d’une autre esthétique que les D.A. US, notamment Hanna Barbera.

            Mais je m’egare.

            Manuel « impresionné » Atréide


            • Fuchinran Fuchinran 29 janvier 2007 17:42

              Vous avez raison, ce sont les références de quelques fans que j’avais rencontrés il y a dix ans. Ils étaient alors trentenaires, d’où le fait qu’ils avaient connu ces dessins animés et les avaient énormément appréciés pour leur fond, plus que pour leurs qualités graphiques. Je ne l’ai pas fait, simplement parce qu’à l’époque où j’ai écrit cet article, il était surtout question de retracer les grandes lignes selon les témoignages recueillis auprès des fans et lecteurs. Aujourd’hui, si je l’avais repris, j’aurais effectué des modifications, bien que j’ai trop peu de temps pour réviser certains points.


            • Epikt (---.---.184.206) 29 janvier 2007 19:55

              Coucou

              tout cela me semble une bonne introduction, même si publier maintenant un article écrit en 2000 sans le remanier profondément (le réécrire même) me parrait un peu maladroit compte tenu du veritable boom de l’édition de manga depuis quelques années :
              - explosion des titres traduit et dans un certaine mesure (moindre) du CA
              - diversification de l’offre, en particulier auprès d’un lectorat plus « adulte »
              - prolifération des nouveaux éditeurs, qu’ils soient spécialisés, généralistes ou plus surprenant éditeurs de « BD d’auteur » ou même éditeurs de littérature.
              - ouverture des éditeurs aux autres pays d’Asie (principalement Corée pour l’instant, mais aussi Chine)

              Chipotons aussi un peu :

              - (vraiment du chipotage, mais cela illustre ce que je dis plus haut) Dominique Verret n’est plus président de Tonkam, il est maintenant en charge de Ataka (label manga de Delcourt)

              - pas d’accord sur « la relative simplicité des intrigues », au contraire. Mais comme vous allez développer plus tard je vous sauterai dessus à l’occasion

              - pas d’accord non plus sur « a cédé le pas à une passion plus réfléchie » : les mangamaniacs, qu’il soient ado narutard ou trentenaire goldorakistes, ont pour la plupart une vision extrêmement superficielle de leur « passion », principalement focalisée sur une esthétique.

              *****

              Sinon, pour répondre au lecteur qui déplorait le sens de lecture oriental, qui selon lui constitue un obstacle à la lecture. Je dis « certes, certes », mais minime selon moi. Prenons le problème par l’autre bout : un lecteur « agé » de BD franco-belge lit-il plus de manga dans le sens occidental qu’oriental ? Non.

              Le principal « obstacle » est pour moi un mode de narration différent :

              - la BD occidentale (BD US comprise) est une BD portée par le discours, dans laquelle le dessin s’épanoui comme entité à part entière (puisque non porteur de narration) et offrant un role important à l’ellipse => narration illustrée

              - le manga au contraire est porté par le dessin, secondé par un texte souvent redondant (il me semble qu’en Europe on a tendance à « surlire » les manga - au passage, je suis intéressé par vos sources concernant le temps de lecture d’une page). Ainsi le dessin est sauf exception très basique et l’ellipse réduite. => narration graphique

              En gros, le sens de lecture peut être un obstacle « à priori », mais le principal obstacle est ailleurs. Cela dit, un lecteur avec un temps soit peu d’éducation graphique et d’ouverture ne sera pas géné : je me fais d’avantage de soucis pour les jeunes lecteurs qui ne lisent que des manga et qui risquent de souffrir du problème inverse.

              A ce sujet, une bonne initiative des éditions Casterman qui va plaire à notre ami (même si elle dépasse la simple adaptation de sens de lecture), qui en mars prochain sortent le manga « Pink » de Kyoko Okazaki en deux versions : sens de lecture original en collection Sakka et sens de lecture occidental en collection Ecritures.


              • Fuchinran Fuchinran 30 janvier 2007 09:50

                « tout cela me semble une bonne introduction, même si publier maintenant un article écrit en 2000 sans le remanier profondément (le réécrire même) me parrait un peu maladroit compte tenu du veritable boom de l’édition de manga depuis quelques années : »

                Ca ne l’est pas, parce que précisément, le boom ne fait pas partie des débuts de la passion en France ou même de l’historique au Japon, quoiqu’estiment certains, probablement experts ici, comme l’un des lecteurs qui parle de tant d’erreurs sans argumenter !

                Disons que le phénomène a débuté ainsi et depuis il a évolué vers une démocratisation de la culture populaire des manga depuis 7 ans que j’exposerais par ailleurs...


              • Fuchinran Fuchinran 30 janvier 2007 12:52

                « pas d’accord sur »la relative simplicité des intrigues« , au contraire. Mais comme vous allez développer plus tard je vous sauterai dessus à l’occasion »

                Je vais en effet le développer, mais je note dès à présent que relatif a un sens important qui signifie bien que cette norme courante n’est pas systématique, de la même manière qu’on ne peut pas estimer que la simplicité soit simpliste. Il en va de même pour les codes d’universalité des émotions qui sont utilisés par d’autres supports de manière différente mais avec les mêmes objectifs. Je pense notamment aux nombreux points de raccord entre les collections Arlequin et la plupart des shojo (du point de vue des ressort, pas des figures féminines évidemment ; les manga correspondent davantage aux romans classiques « féminins » qu’aux Arlequin).


              • Fuchinran Fuchinran 30 janvier 2007 12:55

                « pas d’accord non plus sur »a cédé le pas à une passion plus réfléchie«  : les mangamaniacs, qu’il soient ado narutard ou trentenaire goldorakistes, ont pour la plupart une vision extrêmement superficielle de leur »passion« , principalement focalisée sur une esthétique. »

                Pas forcément et cela se confirme par l’échantillon assez élaboré de lecteurs que j’ai observés et dont j’ai recueilli longuement les expériences par des modes divers. Tout n’est pas dans l’esthétique, ni dans le seul fond, ou l’origine. Bien sûr, il y a divers degrés de passions, j’ai d’ailleurs insisté dans mes travaux sur mon intérêt pour les passionnés et non pour les simples lecteurs amateurs, mais cela mérite de longs développements... que j’essaierai d’aborder si Agoravox m’en donne l’occasion !


              • roumi (---.---.74.206) 29 janvier 2007 22:26

                votre article est très fouillé .

                encore une fois continuez .

                c’est tellement plein de surprises ?

                roumi


                • faxtronic (---.---.127.45) 30 janvier 2007 11:18

                  Cela fait une decennie que j’ai arreté la mangamania. Cela fait au moins deux ou trois decennies que la mangamania sevit, sauf qu’il y a 15 ans, les mangas-livres etait plus rares, mais tout aussi apprecies. Maintenant j’apprecie moins, je veillit, j’ai 32 ans.

                  Connaissant bien le japon, y allant regulierement et connaisant la langue depuis 12 ans, je suis aussi d’accord pour dire qu’il y a un tas de merde mangas sur le marche japonais, et le filtre d’importation est bien foutue.

                  Je trouve que l’offre mangas est tellement plethorique, que c’est hyper dur de trouver la perle rare. C’est une bonne chose car chacun y trouve son compte, mais il faut un certain courage pour affronter la jungle.

                  Enfin bon, moi j’aime bien Taniguchi, a cause des dessins que je trouve magnifique et des scenarios si simple et si pleins de sens.


                  • Fuchinran Fuchinran 30 janvier 2007 12:49

                    « Je trouve que l’offre mangas est tellement plethorique, que c’est hyper dur de trouver la perle rare. C’est une bonne chose car chacun y trouve son compte, mais il faut un certain courage pour affronter la jungle. »

                    C’est un point de vue que je partage. Cette démocratisation a un revers, d’autant qu’elle a tendance à entraîner un renforcement des normes. Autrefois, quelques éditeurs seulement s’intéressaient aux manga et leurs cibles étaient plutôt faciles à cerner. On se doutait qu’un manga édité chez Casterman serait de bonne voire très bonne qualité, alors que les éditeurs de « superproductions » étaient orientés sur le très très grand public et les manga très médiatiques. Aujourd’hui, c’est plus compliqué, même si cela permet de donner un meilleur relai aux sites de spécialistes qui ont fleuri un peu partout avec leur lot de références et leur travail d’équipe qui ne se limite plus aux fanzines locaux, bien plus couteux et moins diffusables !


                  • (---.---.53.216) 1er février 2007 14:42

                    Juste pour compléter avec deux oeuvres qui selon moi sont trés impressionantes :

                    XXth Century Boy et Monster de Naoki Urasawa

                    A qualifier de trihller ?

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