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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Ava Gardner, la flamboyante

Ava Gardner, la flamboyante

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VIDEO 


Elle n'avait ni le charme d'Audrey Hepburn, ni la délicate élégance de Grace Kelly, ni le talent d'Elisabeth Taylor, ni la vulnérabilité de Marilyn Monroe, elle était seulement, et sans doute pour son malheur, d'une beauté stupéfiante et a probablement été la plus belle femme qui soit, d'une splendeur qui l'apparentait aux déesses de l'Olympe et à leur sombre destin, une somptueuse panthère noire faite pour rugir. D'autant qu'elle ne se contentait pas d'être parfaite, elle possédait le regard, la gestuelle, la sensualité qui faisaient que les autres femmes pâlissaient toutes face à elle et que les hommes ont été probablement effrayés par le magnétisme sensuel qu'elle dégageait et par le désir qu'elle ne cessait d'inspirer. Trois mariages et un grand nombre de liaisons et d'aventures la laisseront seule et désespérée, d'autant qu'elle-même ne s'aimait pas et portait au plus profond du coeur un désarroi inguérissable. Née le 14 décembre 1922 dans une famille d'exploitants agricoles ( plantations de tabac ), elle est la dernière de 7 enfants et ne pourra pas faire d'études, seulement apprendre la sténo-dactylo afin de devenir secrétaire et souffrira toute sa vie de ne pas être cultivée. Si celle-ci était à refaire - écrivait-elle dans ses mémoires - ce serait l'instruction que je placerai en priorité. Le mari de sa soeur aînée, photographe professionnel, va être très tôt subjugué par sa beauté. Alors qu'elle n'a que 17 ans, il la choisit pour modèle et prend des dizaines de photos qu'il s'empresse de placer dans sa vitrine et qu'un employé de la MGM, qui passait par là, remarquera. Si bien que la jeune Ava est convoquée pour des bouts d'essai et qu'elle signe un contrat de 7 ans avec la firme pour 50 dollars par semaine. Mais ses débuts ne seront guère brillants, d'abord parce qu'elle n'a pas la vocation de comédienne, qu'on l'affuble de petits rôles peu exaltants et qu'elle ne parvient pas à se débarrasser d'un redoutable accent du terroir. Son nom n'apparaîtra dans un générique qu'en 1944 dans Trois hommes en blanc


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C'est à cette époque qu'elle croise dans les couloirs de la MGM un acteur en vogue et très populaire, à défaut d'être grand et beau : Mickey Rooney. Il lui fait une cour assidue et elle finit par l'épouser le 10 janvier 1942. Mais la cour est une chose, la vie maritale une autre et il semble bien que Mickey n'ait aucune idée de ce que doit être un mari attentif et fidèle. Ils divorceront un an plus tard pour "cruauté mentale". Restée sans argent, l'impétueuse, le coeur chaviré, balade pour 100 dollars la semaine son regard de braise et son corps de déesse dans 17 mélos qui ne feront rien pour l'imposer comme actrice au firmament hollywoodien. John Huston lui fait la cour à son tour et tente de l'hypnotiser, mais la belle n'entend pas se laisser asservir en un lieu où tout est illusion et mensonge. Howard Hugues, producteur outrancier et paranoïaque, prendra la relève sans plus de succès mais la poursuivra durant vingt ans de son assiduité, la faisant suivre et mettre sur écoutes, en proie à une tyrannie sans bornes. Après un mariage éclair avec Artie Shaw qu'elle aimera mais qui la méprisera, ce qui la blesse affreusement, elle rencontre Frank Sinatra. Envoûté par sa beauté et bien que marié à Nancy, il va conquérir le coeur de la rebelle en lui chantant des mélodies de sa voix de crooner, mais là encore leur passion ne sera pas un long fleuve tranquille. Ces deux-là sont jaloux et leur chambre va très vite devenir un ring où ils ne cessent de s'affronter et de se réconcilier et où les injures et les coups pleuvent, au point que Sinatra feindra le suicide et qu'Ava ira se consoler dans les bras de Mario Cabré, un acteur sans scrupule qui profitera de l'aubaine et entourera leur brève liaison d'une publicité flatteuse pour lui seul. Entre temps, Sinatra a divorcé de Nancy ; il est à nouveau un homme disponible qu'Ava, qui n'a pas encore guéri de lui, accepte d'épouser pour le meilleur et pour le pire... Leur lune de miel ou de fiel se passera dans l'île de Cuba, alors sous l'autorité très permissive de Baptista, casino et lupanar tout ensemble où les "people américains" de l'époque aimaient à faire la fête.

 

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Le film Mogambo en 1953 ( après Pandora en 1951 ) qu'Ava tourne avec Grace Kelly et Clark Gable rehausse sa côte au box office au point que l'Académie des Oscars nomine enfin l'actrice. Impressionné par sa présence à l'écran, Joseph Mankiewicz va lui cococter un rôle à sa mesure. Ce sera La comtesse aux pieds nus , où elle peut enfin donner la mesure de son tempérament dans une Espagne ardente, la chaleur de ses nuits, et qu'elle séduit, dans la foulée, un mythe vivant : le torero Luis Miguel Dominguin. Mais ce dernier, poursuivi par les vindictes de Howard Hugues, préférera épouser la plus reposante et ravissante actrice italienne Lucia Bosè. Il semble bien que les hommes, qui ont croisé sa route, aient tous été paniqués par le désir qu'elle ne cessait de susciter. Désir, mais point amour, passion mais point tendresse. La torride et sensuelle Ava sera certes désirée mais pas aimée et de cela elle mourra à petit feu. Les années passent. L'actrice s'est réfugiée en Angleterre, à Londres, après que Madrid lui ait réclamé un arriéré astronomique d'impôts. Elle semble y mener une vie assez sage, s'étant éloignée du feu des projecteurs et de leurs fatales désillusions pour l'ombre plus propre à l'apaisement. Elle meurt d'une pneumonie le 25 janvier 1990. Elle n'a que 67 ans mais a tout vécu trop vite et trop intensément, âme subversive et tourmentée, rongée par le doute et le scepticisme. Ses films les plus marquants seront Pandora ( 1951), Les neiges du Kilimandjaro ( 1952), Mogambo (1953), La comtesse aux pieds nus (1954), La croisée des destins ( 1956) et La nuit de l'iguane (1964).

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7 réactions à cet article    


  • Taverne Taverne 13 août 2012 10:59

    Coïncidence : j’ai justement regardé hier la vidéo de la comtesse aux pieds nus (variation sur le thème de Cendrillon). Le film a des points communs avec l’histoire d’Ava Gardner. « Maria » est découverte par un riche producteur qui charge son impresario - Humphrey Bogart - de lui faire signer un contrat pour un film. Indomptable, la jeune femme croit enfin trouver le prince charmant mais elle sera assassinée par le comte qu’elle a épousé.


    • rosemar rosemar 13 août 2012 12:20

      Une magnifique et somptueuse actrice :elle mérite bien des hommages....merci pour celui-là !



      • rosemar rosemar 13 août 2012 22:40

        Ava Gardner a joué le rôle de Pandora :tout un symbole .Pandore ,celle qui a reçu tous les dons ,image même de la femme fatale ! C’est bien le reflet de sa vie ,de son destin ....


        Bonne soirée

      • easy easy 13 août 2012 12:59


        La beauté est de toutes manières une injustice de fait, même entre grenouilles.
        Tant qu’elle n’est pas hystérisée (hyper considérée par l’effet larsen que provoque la foule) son injustice n’opère que très localement et ne touche que 5 ou 10 bestioles. Une girafe laide peut donc tenter sa chance en s’écartant de la plus belle de quelques kilomètres. Au bilan, il y a peu d’hystérisation, peu de conséquences.

        Chez l’homme, dès qu’il a commencé à faire des portraits ressemblants, ce qui est incroyablement récent et très méditerranéen (Les hommes des cavernes dessinaient très bien les bestioles mais stylisaient les sapiens, comme s’ils avaient pressenti le risque de perversion d’une canonisation de l’esthétique humaine) les hystérisations ont été très fortes.

        On s’est agglutiné à cent, à mille, à million autour d’une beauté.
         (Louis XIV avait beaucoup contrarié la Cour en épousant une laideur)
        De nos jours la naissance d’une beauté condamne des milliards d’autres. Soit à lui ressembler si pas trop d’écart, soit à s’enterrer ou enterrer le fait en jouant la carte de l’ignorance, en pratiquant un certain déni. Et cette défense-réponse peut aller jusqu’à mener une contre culture de l’esthétique. « Je ne suis p’tet pas un canon mais je pense, moi »

        Ici, Harmelle, vous évoquez certes la beauté d’une concurrente mais morte et vous soulignez son destin peu enviable. Vous cernez donc la vie d’Ava, vous en faites ce que vous voulez. Son destin, sa beauté sont entre vos mains et passent sous votre contrôle. 



        Heureusement, l’hystérisation à milliards n’est pas parfaite ou complète. Il y a bien des cloisonnements endogamiques et ethniques donc culturels qui la freinent. Et puis une beauté ne dure pas trop longtemps. Mais on va bel et bien vers de plus en plus d’hyper hystérisation autour de la beauté d’une personne donc vers de plus en plus grandes et irréductibles injustices au sens d’invivabilités.
        La situation née de l’hyper hystérisation que favorise la médiatisation est de plus en plus invivable pour tous, y compris par les canons.


        Il y en a une de beauté qui a su, bien mieux que Sissi, éviter son enfermement : Cléo de Mérode. Il y avait même des sacs à mains décorés de deux photos d’elle. Mais elle a su rester en retrait des effets qu’elle produisait.
        Peut-être Grace Kelly devait-elle à la pression de ses parents d’avoir pu vivre heureuse.
        Il y a BB qui a également su, avec une étonnante force, se dégager toute seule des effets de l’hyper hystérie.


        Sinon, oui, juste après la beauté physique, comme premiers éléments de perception, vient la voix. (Le passage du muet au parlant a cassé bien des hystérisations)
        Alors qu’un corps, une fois lavé de ses terres originelles, une fois cosmétisé et paré internationalement, peut effacer en grande partie son origine (donc sa marque endogamique), l’accent, la voix, reste très marquée de son terroir et ne peut pas facilement s’universaliser.


        • rocla (haddock) rocla (haddock) 13 août 2012 19:09

          Gardner ava surtout un caractère entier . 


          Les turlupins qu’ elle a rencontré dans sa vie croyaient tous que l’ amour 
          s’ achète .

          Howard  Franck et Mickey  croyaient qu’ une femme c ’est  Disneyworld  avec 
          grand Huit  et autres manèges alors qu’ ils lui ont joué le train fantôme toujours 
          en grève . 



          • lemouton lemouton 13 août 2012 19:12

            Ado.. j’en étais arrivé à photographier l’écran du téléviseur familiale, si un film où jouait Ava, passait au cinéma de minuit..

            Mais n’oublions pas aussi Lauren Bacall... smiley


            • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 13 août 2012 21:06

              Manque une photo au naturel pour juger !

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