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Avant-premières et hommages du 32ème Festival du Cinéma Américain de Deauville

 Si Deauville a institué une compétition en 1995, Deauville ce furent d’abord et surtout les avant-premières et hommages prestigieux...Cette année n’a pas dérogé à la règle.

 Si dehors il faisait un soleil singulièrement et imperturbablement radieux, à l’intérieur des salles obscures deauvillaises régnait un froid glacial, oui, un froid à vous glacer le sang. On aime pourtant aussi que le cinéma nous emmène dans un ailleurs rêvé, nous transporte, et s’égarer avec lui dans des méandres imaginaires. Cette année le cinéma était dramatiquement là, dans un présent désespéré et sans espoir, passé de l’adolescence tourmentée les autres années à une enfance chaotique, comme si même le temps de l’innocence devait disparaître à peine éclos. Cinq ans, cinq ans déjà et l’empreinte du 11 septembre est plus prégnante que jamais dans la cinématographie medium_ad6bis.jpgaméricaine. Comme un symbole, une des premières projections et émotions de cette 32ème édition fut d’ailleurs celle du World Trade Center d’Oliver Stone . La clef est là peut-être. Les illusions ne peuvent durer plus d’une journée. Il faut revenir à la réalité. Le monde a basculé, le cinéma avec lui. La légèreté n’est plus de mise. En 14 ans, jamais la sélection n’avait été aussi sombre.

C’est « The illusionist » de Neil Burger qui a fait l’ouverture de cette 32ème édition.

Le sujet : Vienne, début du XXème siècle. Eisenheim est un brillant et mystérieux magicien qui essaye de résoudre la même énigme depuis sa plus tendre enfance. Son habileté à hypnotiser les foules et son attirance pour la fiancée du prince - la Duchesse von Teschen - menacent ce dernier et éveillent les soupçons de l’inspecteur en chef Uhl.

Dommage que ce film, ce conte, entre lumière incandescente et noirceur ensorcelante, soit aussi manichéen et même simpliste, à tel point que l’attention du spectateur (la mienne en tout cas) se disperse bien vite d’autant plus à la vision de ce chef de la police totalement aveugle, voire stupide, dont il est censé épouser le point de vue. S’il avait été un peu (non, beaucoup) moins didactique le scénario aurait pu être intéressant. La preuve que la lanterne magique ne l’est plus toujours même lorsque c’est la magie qu’elle immortalise. A noter néanmoins : la prestation convaincante d’Edward Norton qui a lui-même réalisé les numéros de magie présentés dans le film. Dommage qu’il n’ait pas su hypnotiser le spectateur deauvillais comme ceux des spectacles de son personnage, Eisenheim.

Vint ensuite la projection tant attendue de World Trade Center d’Oliver Stone.

Un certain jour de septembre 2001, un certain 11, déjà, je revenais tout juste du Festival du Cinéma Américain de Deauville, l’après-midi même, lorsque j’assistai à ces images terrifiantes, improbables, défiant la raison, l’habituel, et l’humanité. Je ne savais plus trop si c’était réel ou bien si je confondais la fiction et la réalité après ces dix jours, toujours surréalistes, dont on revient dans une sorte de délicieux brouillard onirique. Ce n’était pas un rêve cette fois , c’était un cauchemar, un cauchemar bel et bien réel, même s’il paraissait plus irréel encore que toutes ces images issues de l’imagination débridée des cinéastes américains, un cauchemar que même eux n’avaient osé imaginer. Pas encore, du moins. Cinq ans, il a fallu cinq ans pour que le cinéma s’empare de cette irréelle réalité... Et cinq ans plus tard c’est encore au Festival du Cinéma Américain de Deauville que j’y assiste. Cette fois, c’est bien une fiction, une fiction inspirée de la réalité...Cinq ans, quand même finalement.

Pitch : medium_0sto2bis.2.jpg

11 septembre 2001 : une chaleur étouffante règne dès le lever du jour dans les rues de New York. Will Jimeno (Michael Pena), du Port Authority Police Department, se demande s’il ne va pas prendre un jour de congé. Il choisit finalement de se rendre au travail et rejoint le sergent John McLoughlin (Nicolas Cage), alors que celui-ci et ses collègues commencent leur tournée quotidienne dans les rues de Manhattan... Voilà ce que je vous écrivais en Mai dernier à l’issue de la projection des vingt premières minutes au Festival de Cannes, en avant-première mondiale :

« Les images d’Oliver Stone nous paraissent presque plus réelles que celles d’alors parce que nous savons que c’est possible, que ce fut réel, que nous avons encore tous en tête les images des avions s’encastrant dans les tours maintes fois diffusées. Apparemment Oliver Stone a choisi de ne pas les montrer mais de suivre des policiers partis sauvés des personnes enfermées dans les tours. Il nous montre d’abord les rues paisibles de New York, l’ombre et le bruit d’un moteur d’avion, la menace qui plane, puis les policiers personnifiés qui se dirigent vers le World Trade Center, sans vraiment s’étonner comme si ce n’était que medium_world_1_bis.2.jpgdu cinéma, comme s’il croyait qu’une fois le générique de fin passé, tout rentrerait dans l’ordre les deux tours surplomberaient à nouveau Manhattan, banalisant la réalité en simple cauchemar évanoui, une fois le mauvais rêve terminé. Lorsque les policiers arrivent sur les lieux l’atmosphère est apocalyptique. Oliver Stone a choisi de filmer comme il filmerait un champ de bataille. La caméra vacille comme le monde a vacillé dans l’improbable. Des cris assourdissants, de la fumée aveuglante, des hommes ensanglantés, des visages affolés. J’imagine déjà la suite : la musique grandiloquente, le patriotisme glorifié, le sauvetage héroïque, les gros plans sur les larmes, les visages bouleversés et reconnaissants, et la leçon de morale avec la bannière étoilée flottant fièrement à la fin. J’imagine aussi ceux qui dans quelques années verront ces images sans avoir vu les autres, les réelles, se disant que ce n’était que du cinéma, ou ne sachant plus très bien. La lumière de la salle Debussy se rallume, les spectateurs hésitent, ne savent pas s’ils doivent applaudir, puis se résolvent à de très timides applaudissements. J’étouffe. Ce n’est finalement pas que du cinéma. Comme la moitié de la salle je sors sans revoir Platoon. Dehors, Cannes est toujours aussi frénétique, lumineuse, paisible malgré tout. Dehors, à peine sur les marches (bleues celles-là) de la salle Debussy les festivaliers évoquent déjà la prochaine soirée à laquelle il faut absolument être qu’ils relateront avec un air dédaigneux et blasé, le prochain dîner forcément moins bien que le prochain, le festivalier en étant un consommateur insatiable, jamais rassasié, jamais content(é). »

Alors ? Ai-je changé d’avis en voyant le film dans son entièreté ? Pas vraiment. Lorsque, avant la projection, la présentatrice annonce Oliver Stone elle réclame une standing ovation (d’ailleurs il faudra qu’on m’explique l’intérêt d’une standing ovation lorsqu’elle manque autant de spontanéité, lorsqu’elle est ainsi commandée). Elèves bien disciplinés et tout de même reconnaissants du cinéaste en question dont c’est la première venue sur les Planches, nous nous levons. Puis, elle annonce les deux rescapés, ceux qu’Oliver Stone définit lui-même que de vrais héros qui lui ont inspiré les deux rôles principaux (ceux de John et Jimeno, les deux policiers prisonniers des décombres, de l’enfer) tout juste le public esquisse-t-il quelques applaudissements et pas de standing ovation bien sûr, ces choses-là ne se font qu’en service commandé. La fiction a déjà pris le pas sur la réalité.

Pour témoigner était-ce nécessaire de fictionnaliser, de montrer que ces hommes sont de bons père de famille, aimant, aimés et donc survivants, surhumains, héros, bref du cinéma ? Le témoignage de Maria Bello en conférence de presse qui, dans le film, interprète l’épouse de John , sur la manière dont elle a vécu ce 11 septembre, ont plus de poids, de résonance, que ce film d’une heure trente. Etait-ce vraiment une manière de témoigner ou de justifier ce que Oliver Stone appelle une vengeance, à savoir la guerre en Irak ? Ainsi, dans le film, un ancien marine ( inspiré d’un personnage réel lui aussi) vient à New York pour aider à retrouver des survivants dans les décombres, puis une voix off nous explique que, par la suite, il est parti deux fois en Irak comme si c’était là la conséquence logique, normale. Pour se venger nous dit Oliver Stone. C’est pour se venger que les marines sont partis en Irak. Drôle de vision de la démocratie. Alors en conférence de presse Oliver Stone, clame haut et fort ne pas avoir voulu réaliser un film politique ou polémiste, que ceux qui n’ont pas aimé le film sont des idéologues. Est-ce être idéologue que d’avoir de simples idées, un simple avis ? S’il n’a pas voulu faire un film politique et, comme il le dit, si selon lui, c’est en Afghanistan et non en Irak que les Etats-Unis auraient dû intervenir, pourquoi n’a-t-il pas supprimé cette simple phrase, cette justification vengeresse ? Expliquer ne veut pas dire cautionner, certes. Mettons donc de côté cet aspect. 

Pour le reste, eh bien en effet, les gros plans sur les larmes, la musique grandiloquente, et le reste. La bannière étoilée ne flotte pas mais c’est tout comme.

 Est-ce vraiment un témoignage, un hommage ? Oliver Stone nous parle avec fierté des soixante millions de dollars engrangés par le film aux Etats-Unis, en trois semaines souligne-t-il, il nous parle de ses critiques, les meilleures depuis Platoon selon lui. Bref, il ne s’est pas trompé, le succès du film en est la preuve conclut-il. Des dollars, (tiens, pas des spectateurs), des critiques, bref du cinéma, un blockbuster. Mais, avant tout, un « message d’humanité » paraît-il... Alors, s’il le dit...

medium_af7bis.2.jpgLe deuxième évènement fut l’avant-première, également très attendue, de l’adaptation par Brian de Palma du pavé de James Ellroy : Le Dahlia noir. Dans les années 40 à Los Angeles, les inspecteurs Lee Blanchard (Aaron Eckhart) et Bleichert (Josh Hartnett) s’attaquent à une histoire de meurtre particulièrement difficile. Une starlette a en effet été retrouvée affreusement mutilée. Si la conférence de presse a été passionnante avec un James Ellroy déjanté, aboyant (si, si) , déclarant que « l’argent est un cadeau qui ne se refuse jamais » aux questions sur les raisons de son acceptation à cette adaptation, avec un Brian de Palma expliquant les difficultés à monter le financement après ses échecs de Femme fatale et Mission to Mars mais aussi en raison de la difficulté d’adapter un roman aussi complexe, mon attente pour le film était d’autant plus forte et fut d’autant plus déçue. Certes, pas de doutes, Brian de Palma, est un vrai cinéaste avec son univers et ses propres codes, certes on retrouve cette virtuosité stylistique qui le caractérise et ses admirables plans séquences. Ainsi, dès le début il parvient à nous immerger dans une atmosphère, celle des films noirs du cinéma américain on retrouve de nombreuses caractéristiques et notamment les femmes fatales incarnées par Scarlett Johansson et, ce qui est plus nouveau pour elle et néanmoins là encore une réussite : Hilary Swank. Si l’intérêt du spectateur ne décroît pas en medium_ad7bis.jpgraison de la qualité de l’interprétation, de cette atmosphère dangereusement ensorcelante délibérément surannée, en revanche on se perd dans ces histoires labyrinthiques qui révèlent les ambivalences de chacun. Mais d’ailleurs est-ce vraiment important ? De Palma aura réussi à nous emmener ailleurs, à une autre époque en tout cas, dans son univers glamour et non moins violent. Comme il l’a expliqué en conférence de presse, De Palma a lu livre en 1992. A l’époque, le « matériau » lui « semblait trop important » mais il a « vu LA Confidential » et s’est « dit qu’on pouvait adapter Ellroy », lequel Ellroy estime que le « récit est bien centré autour de personnages compliqués ». Dommage que les spectateurs ne soient pas du même avis. L’intrigue est pourtant basée sur l’histoire vraie du meurtre d’Elizabeth Short, jeune actrice ayant quitté Hollywood à la fin des années 40 pour le Massachusetts. Elle disparut mystérieusement au début du mois de janvier 1947. Quinze jours après, son corps atrocement mutilé a été retrouvé abandonné dans le Sud de Los Angeles. Son meurtrier n’a jamais été retrouvé ou identifié. De plus, la propre mère de l’auteur, Jean Hilliker, avait été mystérieusement retrouvée étranglée quelques mois auparavant. Basée sur des faits réels, la violence du film n’en est alors que plus dérangeante et certainement pas étrangère à la fascination qu’elle a suscitée chez certains spectateurs...

medium_af6bis.jpgToute autre atmosphère avec une autre avant-première, ah oui pardon, première, attendue de cette 32ème édition, celle d’Un crime avec Emmanuelle Béart dans le troisième long métrage du français Manuel Pradal, une histoire coécrite par Manuel Pradal et Tonino Benacquista. Un homme a perdu le goût de la vie depuis l’assassinat de sa femme. Sa voisine, Alice (Emmanuelle Béart) est persuadée qu’elle le rendrait heureux. Alors elle décide de fabriquer un coupable pour qu’il se venge et tourne la page. Mais le coupable idéal n’existe pas...Le crime parfait non plus. Si l’atmosphère est toute autre, ce film a lui aussi bel et bien une vraie « gueule d’atmosphère. » C’est là aussi son principal intérêt, le scénario n’étant malheureusement pas à la hauteur de son ingénieux pitch, en raison de rebondissements difficilement crédibles (comment Harvey Keitel, le coupable « fabriqué » par Alice revient-il miraculeusement indemne d’une scène que je vous laisse découvrir ?). Car oui, Un crime demeure un film à découvrir. Avant tout pour le face à face magistral entre Emmanuelle Béart (encore différente, impressionnante de fragilité mais aussi de détermination) et Harvey Keitel (impressionnant, encore). Ces deux personnages sont bien construits et en cela Un crime est plus et avant tout un film de personnages. L’histoire n’a alors plus vraiment d’importance. L’intérêt réside dans ce face à face saisissant et dans cette atmosphère, certes pas nouvelle, des rues sombres et menaçantes, des bars enfumés et énigmatiques de New York. On retrouve la métaphore de la présidente de cette 32ème édition dans son dernier film, Selon Charlie, celle du boomerang. Eh, oui, là aussi, le passé leur revient en pleine figure ! Dommage que Benacquista n’ait pas fait preuve de la même imagination que pour Sur mes lèvres dont il était également scénariste pour ce film que son réalisateur défini comme un conte, c’est pourquoi on accepte de fermer les yeux sur ses invraisemblances et ses ellipses et de se laisser embarquer dans ce New York fantomatique et mystérieux avec cette femme que la passion rend capable de l’impossible.

medium_af9bis.jpgC’est aussi une femme impressionnante qui mène une autre avant-première particulièrement attendue, Meryl Streep, tyrannique Miranda Priestly dans Le diable s’habille en Prada de David medium_ad12bis.jpgFrankel, satire de la mode aux couleurs acidulées. Cela faisait longtemps que le CID n’avait connu une telle effervescence, une ovation si spontanée pour celle qui a été nommée une quinzaine de fois aux Oscars, qui figure au générique de nombreux chefs d’œuvre du cinéma américain ( cliquez ici pour lire ma critique du dernier d’entre eux.) Le film de David Frankel n’en est pas un mais il révèle néanmoins une nouvelle facette de son immense talent dans un rôle que l’on devine jubilatoire, celui de Miranda Priestly donc reine du royaume de la mode à New York, dont elle laisse entrevoir les fêlures derrière sa personnalité apparemment uniquement tyrannique. Son magazine, Runway fait et défait en effet les tendances au gré de ses pages et de ses avis souverains. A priori Andy Sachs (Anne Hathaway), jeune et brillante diplômée, n’avait pas le profil pour intégrer ce milieu ultra fermé. Et pourtant, elle va devenir l’assistante de Miranda... On devine aisément la suite. On la suit néanmoins avec plaisir, surtout lorsque Miranda Priestly apparaît guettant un sourire de sa part qui surviendra peut-être, climax tant attendu. Très différente de son personnage, Meryl Streep est apparue facétieuse et particulièrement charismatique lors de la conférence de presse. Que dire de plus si ce n’est que ce film se regarde comme on feuillette un magazine féminin : aussitôt lu, aussitôt oublié mais le temps de sa lecture nous aura fait oublier la réalité. Et on n’en demandait pas davantage. Le Diable s’habille en Prada est une adaptation du roman éponyme écrit par Lauren Weisberger. Véritable best-seller narré à la première personne, il a été traduit dans 27 langues ! Le film sortira en France le 20 septembre.

medium_afc11_2_bis.jpgAux antipodes de ce film : The Fountain de Darren Aronofsky qui nous emmène dans la quête éternelle d’un homme pour sauver la femme qu’il aime, au 16ème, 21ème et 26ème siècle. The fountain est de ces films qui vous agace ou vous ensorcelle. Qui ne vous laisse pas indifférent. Et c’est déjà énorme. Peut-être d’ailleurs, si je n’avais vu tous ces films en compétition dramatiquement semblables et dramatiquement là, j’aurais fait partie de la première catégorie, agacée par cet imbroglio scénaristique. Oui mais voilà dix jours de films glauques sont passés par là et je me suis laissée envoûter, ensorcelée, hypnotisée par ce film fascinant au sens premier du terme d’une mélancolie sombre et lumineuse. The Fountain vous hypnotise littéralement et vous embarque dans sa folie, son utopie, sa beauté formelle indicible, sa quête vaine et d’autant plus magistrale , celle de la fontaine de jouvence, de la vie et surtout de l’amour éternels. On le regarde comme on admirerait un tableau somptueux, onirique et cauchemardesque à la fois, jusqu’à épuisement, jusqu’à satiété, avec l’envie de se fondre dans son univers, d’en percer le mystère, les yeux écarquillés, accrochée à son fauteuil, en espérant que le voyage et l’immersion dureront encore et encore, que l’amour absolu de Tommy et Izzi nous entraînera dans son tourbillon fantastique. Si le spectateur oublie le temps qui passe, Tommy aussi et à vouloir trouver sans cesse un moyen d’être avec sa femme pour l’éternité il passe à côté du présent et du temps qu’il pourrait véritablement passer à côté d’elle. C’est aussi peut-être une belle métaphore de la création : à courir après l’immortalité, l’artiste en oublie le présent. A refuser d’accepter la mort, il en oublie la vie. Une fresque intemporelle et utopique à regarder sans modération. Pour s’y fondre dans un délicieux et tortueux oubli.

medium_af8bis.jpgA l’inverse, un autre film présenté en avant-première, dans le cadre des Docs de l’oncle Sam, cette fois, est une lutte contre l’oubli, contre une dangereuse ignorance et occultation, celle d’une Vérité qui dérange de Davis Guggenheim. A travers la présentation des données scientifiques argumentées sur le réchauffement climatique se dévoile le parcours personnel de Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis, et son long combat en vue de réduire l’effet de serre. Longuement applaudi, Al Gore arrive avec sa plaisanterie favorite qui figure en ouverture du documentaire : « je suis l’ex-futur président des Etats-Unis ». Evidemment on ne peut s’empêcher d’établir la comparaison avec son vainqueur, vous savez le gnome au sourire d’imperturbable ahuri et au QI d’huître (quoique je n’ai jamais eu le privilège de converser avec une huître, c’est donc leur faire insulte, surtout qu’elles sont un peu malmenées en ce moment donc toutes mes excuses aux éventuelles huîtres qui me liraient). Evidemment, on ne peut non plus s’empêcher de trouver dommage qu’il n’ait mis sa révolte et ses connaissances au service de l’administration Clinton lorsqu’il en était le vice-président. Je l’avoue, j’ignorais l’engagement d’Al Gore pour l’écologie qui sillonne apparemment les Etats-Unis et le reste du monde depuis un certain temps pour alerter l’opinion. Au regard des programmes politiques de nos présidentiables qui méprisent dangereusement cette question au premier rang desquels les partis dits écologistes, on ne peut que se dire qu’il lui reste encore fort à faire. Une vérité qui dérange est un documentaire aussi effrayant qu’instructif. Effrayant parce qu’il nous reste dix ans, dix ans pour éviter une catastrophe écologique irréversible déjà fortement amorcée, dix ans pour que Katrina ne devienne pas un phénomène récurrent et effroyablement banal. Dix ans et pas une seconde à perdre pour agir, surtout. En filigrane, apparaît aussi le parcours d’un homme, ses blessures (l’accident de son fils, d’où sa décision d’agir pour la planète, sortez les violons), et en filigrane une critique du gouvernement Bush qui aurait « mieux dû investir pour éviter Katrina plutôt que mettre en place une politique antiterroriste absurde. » D’ailleurs Ground zero et Manhattan risquent d’être ensevelis sous les eaux, une bonne partie de l’Europe aussi, sans compter que... Bon d’accord, j’arrête là. J’arrête là mais je continue tout de même pour me joindre à l’un des membres du jury, à savoir Antoine de Caunes, qui est intervenu lors de la cérémonie de clôture pour inciter toutes les écoles à diffuser ce documentaire et une chaîne publique à le relayer estimant que « ce documentaire parle avec clarté et simplicité de l’apocalypse qui nous attend si on ne tente pas d’inverser la vapeur », qualifiant ironiquement de « film Gore pour tous les publics ». A voir absolument ! Nécessairement. Sortie en France : le 11 octobre.

medium_afc5bis.jpgAvec Bobby, présenté en avant-première mondiale en version non définitive, Emilio Estevez nous fait revenir quelques années en arrière, pour nous relater un autre drame. 6 juin 1968 : Les vies de plusieurs personnes s’entremêlent le jour où le Sénateur Robert F. Kennedy, est assassiné dans les couloirs de l’hôtel Ambassador de Los Angeles. Un jour d’espoirs déchus. Un jour où tout bascule dans l’improbable. Du 6 juin au 11 septembre, il n’y a qu’un pas qu’Emilio Estevez a évidemment franchi. La qualité des portraits de ce film choral -oui, encore un !- du cuisinier de l’hôtel Ambassador à son directeur, l’étonnante distribution (de Sharon Stone en esthéticienne à Demi Moore en chanteuse alcoolique qui n’hésitent pas à se moquer d’elles-mêmes, en passant par Anthony Hopkins, Helent Hunt, Christian Slater etc : ils sont 21 au total !), le judicieux mélange des images d’archives et de la fiction en font un film à ne pas manquer. En arrière-fond la guerre du Vietnam et toute une époque qui défile en une journée déterminante. Un film sur le passé qui nous parle aussi du présent, notamment à travers un discours de Robert Kennedy en voix off, au dénouement, discours édifiant et terriblement actuel.

L’avant-dernier film incontournable de cette 32ème édition, présenté en avant-première mondiale, incontournable medium_ad24bis.jpgcomme l’est souvent, le film qui obtient le prix Michel d’Ornano, prix dévolu les années précédentes à : Le bleu des villes de Stéphane Brizé, Filles perdues, cheveux gras de Claude Duty, Brodeuses de Eléonore Faucher et surtout La petite Jérusalem de Karin Albou (pour voir ma critique, cliquez ici). Cette année ce prix qui récompense, le meilleur traitement de scénario de long métrage d’un jeune scénariste français, est revenu à La faute à Fidel de Julie Gavras. Film écrit par Julie Gavras avec Arnaud Cathrine d’après le roman « Tutta Colpa di Fidel » de Domitilla Calamai, produit par la veuve de Pialat, Sylvie Pialat. Anna a neuf ans. Pour elle, la vie est simple, faite d’ordres et d’habitudes. Une vie qui se déroule confortablement entre Paris et Bordeaux. Sur une période d’un an, entre 1970 et 1971, Anna voit sa vie bouleversée par l’engagement politique de ses parents. Le film commence par un mariage, dans un cadre bourgeois, autour d’une table d’enfants sagement assis, bien droits, bien coiffés, respectueux des convenances, séparés les uns des autres par un silence assourdissant. Il s’achève dans une cour d’école. Les enfants portent des vêtements colorés, dansent en rond et se tiennent la main. Une année sépare ces deux scènes, une année de bouleversements pour cette petite fille qui assiste, incrédule puis furieuse puis révoltée puis complice aux bouleversements de son existence. Des espoirs, une révolte aussi, naissent pour ses parents, le monde change pour eux, le monde s’écroule pour elle. A travers son regard à la fois clairvoyant et d’une touchante naïveté pour qui tout ça c’est « la faute à Fidel », défile toute une époque : le franquisme, l’émancipation féminine, la prise de pouvoir par Allende au Chili etc. Un film qui évolue peu à peu vers la lumière portée par une musique elle aussi très lumineuse. Une cinéaste très prometteuse. Un film émouvant, intelligent, drôle aussi, aux dialogues incisifs et jamais « enfantins ». A voir absolument ! Sortie le 29 novembre.

medium_ad23bis.2.jpgEnfin, pour achever ce bilan des avant-premières, sur une note d’espoir, Come early morning de Joey Lauren Adams. La vie privée de Lucy (Ashley Judd) se résume à écumer les bars de nuit et à se réveiller chaque matin au bras d’un inconnu. Alors qu’elle décide de reprendre contact avec son père, elle fait la rencontre de Cal. Où est l’espoir me demanderez-vous en lecteurs attentifs et tatillons ? Si la comédienne Joey Lauren Adams a finalement renoncé à interpréter le rôle principal notamment face aux difficultés pour trouver un financement, celui d’Ashley Judd étant plus porteur, elle n’a pas renoncé à le réaliser, et elle a bien fait. Dommage que ce film n’ait pas figuré en compétition car, s’il présente la plupart des caractéristiques des films en compétition résumées plus haut, il nous emmène cependant de l’ombre vers la lumière, vers cet « early morning », un soleil régénérant plein d’espoir. Le portrait de cette jeune femme paumée, prisonnière des blessures de son enfance est mis en parallèle avec le portrait d’une Amérique profonde, l’une et l’autre filmée avec beaucoup de sensibilité par Joey Lauren Adams. Tout cela rythmé par une musique country qui nous entraîne avec elle jusqu’à ce soleil levant. De ces instants immortalisés qui vous font dire que demain est un autre jour. Pourquoi pas un jour merveilleux...et le premier du reste de votre vie.

Pour le reste des avant-premières, il y eut notamment :

medium_af10bis.jpg- Le mafieux en colère de Sydney Lumet dans le prévisible et insipide Jugez-moi coupable de Sydney Lumet. (Giacomo « Jackie Dee » DiNorscio- Vin Diesel- est un membre de la famille Lucchese. Déjà incarcéré pour trente ans, il se voit offrir une réduction de peine s’il témoigne contre ses amis les plus proches. Dégoûté par la bureaucratie du système pénal et refusant de trahir sa « famille », Jackie décide d’aller au procès à la fois en tant qu’inculpé et en tant qu’avocat.) Sydney Lumet aurait mieux fait de s’en tenir à son chef d’oeuvre Douze hommes en colère, et ne pas remettre les pieds et sa caméra dans une salle d’audience. Parait-il que Vin Diesel y change de registre, il ne faut pas exagérer non plus, il ne joue pas vraiment Roméo !

- En guise de clôture, une héroïne dépressive dans Ma super ex de Ivan Reitman. Alors même si les supers héroïnes dépriment...¨ ! (Entre Matt et Jenny-Uma Thurman- tout allait pour le mieux jusqu’à ce qu’il décide de la quitter pour une autre. Mais Jenny est aussi G-Girl, la super héroïne. Particulièrement jalouse, elle est bien décidée à utiliser tous ses pouvoirs pour se venger.) Et dire que le festival avait commencé par une illusion sur un air de jazz, en voilà une de perdue en tout cas. Un film consternant de niaiserie. En général je trouve toujours des excuses et je n’aime pas la critique gratuite mais là, non vraiment... SVP, que nous reviennent les films de Woody Allen, souvent présentés en clôture !!

Les hommages : sous le signe de Sundance...

Deux hommages ont principalement marqué le festival cette année : le premier rendu au Sundance Institute (voir mon article sur le Sundance Institute, en cliquant ici) avec l’absence remarquée de Robert Redford, fondateur du festival de Sundance par lequel sont passés la plupart des films en compétition présentés à Deauville.

Le second en l’honneur du réalisateur qui, justement, a souvent immortalisé ce dernier, et qui, justement, fait partie medium_ad20bis.jpgdes sept fondateurs du Sundance Institute : Sydney Pollack. Comédien, producteur, mais surtout réalisateur de chefs d’œuvre du cinéma américain, certes classiques, mais brillamment écrits et dirigés : Out of Africa, Les trois jours du Condor, On achève bien les chevaux, Nos plus belles années, Propriété interdite, La firme et quelques autres ! Je m’attendais à la foule des grands jours, à des applaudissements effrénés, à un enthousiasme débordant, à un CID plein à craquer... Que nenni ! Dans une salle qui peut presque en contenir dix fois plus, on ne devait pas en compter plus de 300 spectateurs sidérés d’être si peu nombreux. Etait-ce dû à l’heure ? (L’hommage eut lieu en plein après-midi) A l’absence de grands comédiens venus lui rendre hommage comme c’est souvent le cas à Deauville dans ces circonstances ? (Peut-être aurait-il fallu demander à Meryl Streep plutôt qu’à Serge Toubiana, pourtant prolifique sur le sujet mais certainement moins prompt à attirer les foules). Au choix du film projeté, un documentaire, et non une des fresques romanesques qui ont fait la renommée de Sydney Pollack ? En le voyant j’imaginais Meryl Streep murmurer d’une voix mélodieusement suave « j’avais une ferme en Afrique » et nous embarquer avec elle dans sa medium_out_1_bis.3.jpgpassion dévorante pour l’Afrique et pour Denys Finch Hatton, je revoyais les paysages à couper le souffle, les sublimes silences et regards échangés entre ces deux personnages magnifiquement libres, mélancoliques et passionnés, je revoyais et j’entendais la musique de Mozart emplissant la nuit africaine et exacerbant sa beauté à couper le souffle. Malgré l’assistance clairsemée, et bien que venant à Deauville pour la six ou septième fois (lui-même ne savait plus), Sydney Pollack était très ému de l’hommage que le festival lui rendait. C’est certainement Serge Toubiana qui a le mieux défini le cinéma de Pollack, ce que j’aime tant dans son cinéma aussi : la mélancolie c’est-à-dire cette capacité à filmer ce qui est « derrière les apparences, dans l’ombre, dans la pénombre, derrière le caractère factice de la vie. » Lors de la conférence de presse, (là aussi curieusement déserte) Sydney Pollack est aussi revenu sur cette mélancolie en évoquant la personnalité de Robert Redford qu’il a si souvent fait tourner. Pour lui Robert Redford est en effet une « parfaite métaphore de l’Amérique, une apparence parfaite derrière laquelle on devine une âme sombre ».

medium_alz1bis.jpgUn autre évènement, un hommage un peu en marge du festival a néanmoins attiré la foule : la venue de Claude Lelouch et l’inauguration de la place portant son nom.

 

13 septembre 1965, Claude Lelouch, déprimé après l’échec de son précèdent film se rend à Deauville, seul. Il est très tôt et le brouillard épais laisse juste entrevoir une femme à la silhouette magnifique et un enfant sur la plage, dans le soleil levant. Image picturale...et pourquoi pas cinématographique ? C’est ce que Claude Lelouch se dit en parcourant les quelques mètres qui le séparent du visage de cette femme, quelques mètres pendant lesquels il esquisse les premières lignes de ce qui sera Un homme et une femme, la sublime, intemporelle et universelle histoire de deux solitudes blessées que la lancinante mélancolie de Deauville, filmée en hiver, magnifie. Deauville , 5 septembre 2006. 40 ans après, une palme d’or, un oscar et 47 récompenses et même une suite (Un homme et une femme, vingt ans après) plus tard, sous un soleil de plomb, parmi une foule impressionnante, devant un nombre tout aussi impressionnant de photographes, une plaque immortalise le cinéaste, en présence de l’inoubliable Anne Gautier (Anouk Aimée) de Pierre Barouh et Francis Lai, faisant mentir à nouveau le clairvoyant critique (pléonasme ?) qui, il y a 40 ans, écrivait « Claude Lelouch, retenez bien ce nom, vous n’en entendrez plus jamais parler ! ».


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  • (---.---.47.54) 18 septembre 2006 17:41

    Long métrage - Hors-compétition Le Diable s’habille en Prada (David Frankel)

    Meryl Streep, puisque donc ce que cette dame concerne, quelques-unes de mes filles ont quand même eu, s’ils n’avaient plus travaillé pour Prada et cetera et êtaient apparu comme avant sur les premiers pages des revues féminines ou à la tv ou à Hollywood, alors, ils ont eu de telles images et aussi Meryl Streep comme papiers peints aux parois.

    Long métrage - Hors-compétition La Flûte enchantée (Kenneth Branagh) « et j’entendais la musique de Mozart emplissant la nuit africaine et exacerbant sa beauté à couper le souffle »(« Avant-premières et hommages du 32ème Festival du Cinéma Américain de Deauville » par Sandra.M, Agoravox France, lundi 18 septembre 2006 ).D’avoir été le meilleur Mozart-pianist jusqu’ici me suffit.Je ne placerai pas ca mais prochainement mes JSBach-pièces pour piano cembalo et orgue au réseau. Vu au Mostra de Venise (Italie) Mozart : Chant, amour et fantaisie(www.elwatan.com) The Magic Flute (La flûte enchantée), opéra de Mozart, filmée par Kenneth Branagh, a totalement envoûté la Mostra de Venise.Kenneth Branagh a préféré situer son film sur le théâtre des opérations militaires de la Première Guerre mondiale


    • (---.---.115.196) 28 septembre 2006 00:00

      L’ art dégénérée depuis Mozart et Bach est la raison pourquoi moi je joue les morceaux persiques( Les Sarabandes Classiques ***_L’Alhambra_*** ):Les racines matriarchales mozartiènnes et l’arpège traversé d’un soi-disant traitPour une raison d’une conférence « islamique » à Berlin organisé et orchestré par le xenophobe Wolfgang Schäuble(Europe_’B’ et _l’UE_de_ souche =_’A’(*)) et Körting(Berlin-sénateur et alios) une présentation d’Opera « Idomeneno » a été écoulée et éliminé en avant et en forfait de ce qui aurait pu jouer et se produire.Si cela continue et nous continuons sur la même manière on doit éliminer du plan d’Opera « ’kidnapper’ du Serail »(Mozart).

      (*) Remarque_clin_d-oeil:la géométrie variable avec deux vitesses

      http://agoravox.fr/smileys/clin_d-oeil.png

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