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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Avant que j’oublie » : un film entre Sigmund et Lucian Freud (...)

« Avant que j’oublie » : un film entre Sigmund et Lucian Freud !

Avant que j’oublie, je voulais vous dire que j’ai trouvé très singulier le dernier Nolot. Voilà un film marginal, travaillé par l’amour tarifé, le quotidien, le vieillissement, la maladie et la mort. Souvent, à la tévé, quand on entend des acteurs bankable nous parler de « prise de risque », on a envie de se marrer tellement ça sent l’embourgeoisement qui s’encanaille. Avec Nolot, la prise de risque n’est pas bidon, il y a du courage pour faire un tel film d’autofiction, d’autoportrait, lorgnant vers l’autocarnage, et qui se situe volontairement dans les marges. En salle, j’ai entendu quelques claquements de fauteuils (ils sont partis quand on voit Nolot se baisser docilement pour sucer un jeune gigolo) - visiblement, et pourquoi pas, la frontalité sexuelle n’est pas du goût de tous les spectateurs. Nolot ne se fait aucun cadeau dans ce film hors limites, tendu et maso (des michetons y assouvissent « ses » fantasmes de soumission).

Le synopsis est simple : un ancien gigolo, Pierre, 58 balais, homo, malade et en manque d’inspiration pour ses écrits (roman, journal, essai, qui sait ?...), rompt sa solitude plus ou moins forcée par des rencontres avec des amis, des séances de psys et des plans cul avec de jeunes gigolos, appelés « maîtresses », qui font ça pour la thune. Ce qui m’a frappé dans ce film, derrière l’humour noir de la politesse du désespoir, c’est la crudité et la trivialité de l’ensemble, sans pour autant tomber dans la vulgarité ou une certaine complaisance dont une certaine télé se régale. D’ailleurs, Avant que j’oublie, d’une grande élégance cinématographique (notamment dans les lumières, les travellings et la force des mots), ne fait pas TV. Malgré un travestissement final qui apparente Nolot à un curieux mix entre Nana Mouskouri, Ingrid Caven et Maggie Cheung (!), on n’a pas de (cage aux) folles style Gay Pride ou Pédale douce. Oui, pour tout ce qui est des gros poncifs inhérents au genre (le film de pédés), Nolot a levé le pied, faisant bouger les lignes du formatage XXL. Son Pierre oscille en permanence entre le désenchantement et le panache, le tragique et le dérisoire, l’indécence et la drôlerie. En même temps, si l’on ne voit pas cet entre-deux permanent (entre Lucian et Sigmund Freud en quelque sorte !), alors on risque vite de trouver que ce film lorgne du côté de l’atermoiement ou d’une certaine complaisance, ce qui serait dommage selon moi. Il faut y voir davantage un exercice s’apparentant à un journal intime, à une mise à nu.

Au début, quand on voit Nolot nu en train de faire du café ou dans la première scène de baise avec le jeune gigolo, on voit ses seins et son bide qui pendent. Pas en situation physique valorisante, donc. Dans une lumière crépusculaire faite de clairs-obscurs à la Caravage, on voit un corps nu vieillissant, dans sa vérité nue, sans artifice. On pense alors à des corps (à corps) picturaux mis à nu chez Bacon ou chez Lucian Freud, ou encore cela nous rappelle les photos ultra-réalistes d’un John Coplans qui se photographie scrupuleusement, dans le détail, puis expose chaque repli de son corps occupé à vieillir. C’est vieux, c’est repoussant et c’est tout. Eh bien, voilà un film couillu parce qu’il montre deux ou trois choses qu’on n’a pas l’habitude de voir et d’entendre. Chez Breillat ou chez Chéreau, il y a certes des actes et des dialogues de cul assez crus entre hommes et femmes, mais qui ne gênent pas tant que ça, c’est « normal », c’est... hétéro.

Avec Nolot, et c’est pourquoi c’est un cinéma de la marge, il s’agit d’un film homosexuel où l’on entend un homme se faire traiter de chienne et à qui un mec dit « ferme ta gueule, suce-moi  ». Sans hypocrisie, Jacques Nolot incarne cet homme qui aime les hommes sans forcément se coller l’étiquette d’ « homosexuel » sur le front, à ranger d’office dans une catégorie qui fiche et qui fige. Voilà bien un film qui n’hésite pas à faire du hors-piste, à quitter les sentiers battus de l’hypocrisie d’une société bouffie par les conventions et le fric à gogo(s), passant son temps à se vendre, mais sans se l’avouer. Au fond, Pierre, gigolo parvenu maladroit qui s’assume comme tel et qui pratique façon Houellebecq le corps comme marchandise que l’on monnaye, est une pute qui accepte de se faire entuber en beauté. Il joue pour tout perdre, n’ayant rien à vendre. C’est un écorché vif qui choisit volontairement de rester sur le trottoir, voire de descendre dans une pissotière ou à la cave (cf. le noir final), loin des liasses de billets qu’il laisse traîner partout et d’une famille qui s’empresse de le spolier d’une fortune espérée. L’argent, l’héritage, la frustration, l’outrage de la vieillesse, le corps en débâcle, la trithérapie, l’exclusion sociale, il décide de boucler son roman de vie en bazardant toute cette « monnaie de singe » dans un final grandiose (plan-séquence lyrique et puissant) où Nolot, habité, hanté, crève littéralement l’écran (de nos rêves). Il devient femme fatale, ombre parmi les ombres, s’évaporant dans la nuit noire. Rideau ! The show must go on dans l’onirisme ou dans la mort.

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« Avant que j'oublie » : un film entre Sigmund et Lucian Freud !

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2 réactions à cet article    


  • La mouche du coche La mouche du coche 22 octobre 2007 13:13

    On a l’impression que vous découvrez aujourd’hui l’homosexualité. Bon ce film vous aura au moins servi à ça. smiley


    • Vincent Delaury Vincent Delaury 22 octobre 2007 20:35

      BZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZzzzzzzz......................... .............

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